Phoebe Bridgers
Lost Weekend
- Dead Oceans
- 2026
- 52 minutes
Ça fait six ans depuis l’excellent Punisher. Phoebe Bridgers n’a pas chômé entre les deux pour autant. D’abord en tournant avec son album une fois que la pandémie permettait le voyage, puis en lançant le premier album de Boygenius avec Julien Baker et Lucy Dacus, qui a lui aussi tourné à travers la planète. Puis, après tout ça, Bridgers a décidé de prendre un temps loin des réseaux sociaux et des événements grand public. Elle émerge maintenant de tout ça avec un album personnel qui traite du deuil de son père, de ses échecs et de ses réussites en amour.
I’m supposed to be married, but I called it off
I’ve been known to throw a tantrum
When things are not the way I imagine them
I am restoring the natural order
Learning the same lesson over and over again
— Lost Weekend
Sur la chanson-titre de ce nouvel album, Bridgers fait allusion à son mariage qui n’a pas été consommé sans détour. Fait intéressant, la pièce est coupée en deux. Une première partie est entendue dans la première moitié de l’album alors que la seconde version arrive à la toute fin de l’album.
Now I can’t see any stars in the sky
When a dream comes true, a fantasy dies
But we’re gonna be alright, me and you
You love me, and I won’t еver let you forget, not yеt
— Lost Weekend (reprise)
Les deux pièces se répondent dans leurs paroles. On peut dire que tout ceci fait partie d’un fil conducteur qui est entamé par Bridgers avec The Outside, la première pièce de l’album où elle chante avec une bonne dose de vocoder dans la voix. À travers l’album, c’est un peu le thème des cycles pendant une vie. Comme si plusieurs fins et départs s’alternent à travers les années. La pièce met aussi de l’avant une instrumentation différente qui annonce que Lost Weekend ne sera pas calqué sur les derniers albums de Bridgers.
Si Bridgers a visiblement approfondi sa qualité de créatrice de chanson sur cet album, elle n’oublie pas de livrer des succès. Elle le fait avec l’excellente Lost Boys, qui frappe avec un refrain convaincant et son « yeah » empreint d’un plaisir contagieux. C’est vrai aussi sur Bobby, qui est une pièce typique de Bridgers où elle se lance dans une histoire d’amour sans filets sur fond d’instrumentation enlevante. Une instrumentation qui est bonifiée par la présence de deux figures imposantes à la guitare : Justin Broadrick de Godflesh et Mike Kinsella d’American Football. Liberty Tree offre aussi de bons moments avec son folk entraînant. La douce The Governor’s Waltz est aussi un des moments phares de l’album. I Can’t Wait est aussi plutôt réussi en fin d’albums.
Entre les pièces percutantes, Phoebe Bridgers mise sur des pièces où les atmosphères sont importantes. À mi-chemin entre la musique électronique et le folk, des pièces comme Panorama offrent des moments pour souffler entre les pièces chargées émotivement de Bridgers. Même si le côté joueuse de Bridgers est encore présent, elle mise tout de même beaucoup plus sur son côté sérieux sur Lost Weekend.
C’est tout à fait réussi pour Phoebe Bridgers, qui offre son meilleur album en carrière. Certainement celui le plus travaillé musicalement. On y retrouve des textures magnifiques et surprenantes. C’est un grower qui nécessite quelques écoutes avant d’entièrement tomber dedans. Une belle œuvre de l’Américaine.