Flavie Léger-Roy
Boutures
- Indépendant
- 2026
- 35 minutes
Même si le nom de Flavie Léger-Roy vous est inconnu, en entendant la partition qu’elle chante sur Corps fou, il vous faudra moins de trois minutes pour réaliser que vous avez affaire à une artiste qui n’en est pas à ses premières armes dans le monde de la composition. C’est un véritable tourbillon mélodique, aussi imprévisible qu’envoûtant, et, sans hésiter, vous plongerez avec elle. La chanson qui suit, Grand vacarme, confirmera vos intuitions. Commençant sur un doux picking de guitare acoustique agrémenté de subtils effluves de violoncelle, elle culmine pas à pas vers une finale des plus envoûtantes.
En lisant la bio de l’artiste, vous constaterez qu’elle est effectivement une autrice-compositrice-interprète aguerrie. Dans le métier depuis plus de 20 ans, elle enseigne l’écriture de chansons à l’UQAM, et fait partie du groupe country-folk Les Bouches Bées, ainsi que du trio rock PRINCESSES. Elle avait déjà trois albums solos à son actif, dont Ce chapeau est trop grand pour moi qui lui a valu une nomination au Prix de musique folk canadienne.
Dans son quatrième opus, Flavie Léger-Roy rend hommage à sa grand-mère et nous raconte des histoires émouvantes traitant du terroir et de l’histoire du Québec. Les références à la musique traditionnelle sont omniprésentes à travers l’œuvre, et l’habillage musical évoque lui aussi nos racines. Pour mener à bien son projet, l’artiste s’est entourée d’une équipe de circonstance composée notamment de Blanche Baillargeon à la contrebasse, Dâvi Simard au violon, et Cédric Dind-Lavoie au piano.
Ce groupe talentueux parvient à proposer une trame sonore qui évolue au gré des textes, rendant la narration d’autant plus efficace. On s’en rend particulièrement compte dans Les armes, une captivante histoire de résistance du peuple francophone face à l’oppresseur anglais. Les dernières lignes vous donneront le frisson, et ce, quelles que soient vos allégeances politiques :
Et quand tout ça sera pris dans la gorge de l’histoire
Nous aurons un drapeau, nous aurons notre histoire
Et même s’il ne faudra jamais croire à la paix
Notre descendance chantera en français
— Les armes
Parmi les autres moments forts, soulignons l’entraînante L’Anse-à-la-Cabane, dans laquelle le lieu en question sert de refuge à la conscription. Tout aussi dynamique, Le nécessaire et rien de plus rompt avec les autres pièces de l’album en proposant des paroles moins ancestrales et teintées d’un humour qui rappelle davantage le projet PRINCESSES.
Finalement, deux chansons prennent la forme d’adieux empreints de sensibilité et de résilience. Dans Marguerite, l’arrière-grand-mère de l’artiste s’adresse à sa fille d’un an, peu avant d’être emportée par la tuberculose. Puis, dans Parmi les lilas, c’est Flavie Léger-Roy elle-même qui parle à sa grand-mère, alors dans son lit d’hôpital. Dans Boutures, un album dont le thème principal est la famille, on retrouve une plume authentique admirablement bien servie par des constructions mélodiques aussi inventives que réconfortantes.