Villagers - Darling Arithmetic - Le Canal Auditif

Villagers – Darling Arithmetic

VillagersEn 2013, Villagers avait fait paraître l’excellent {Awayland} qu’on avait affectionné au plus haut point. Sur ce disque, le doué Conor O’Brien y allait de ses habituelles ritournelles à fleur de peau, mais l’enrobage était assez foisonnant et somptueux. Cette semaine, le songwriter est de retour avec un Darling Arithmetic en mode confidentiel qui laisse en plan les orchestrations du précédent effort.

Et vous savez quoi? Ça demeure aussi significatif. Pourquoi? Parce que Conor O’Brien est un sapré bon compositeur, un parolier d’exception et un mélodiste hors pair. Donc, on constate à l’écoute de ce troisième album de Villagers que peu importe les arrangements prodigués aux chansons, le travail du compositeur est plus que convaincant. C’est presque trop facile tant ça coule de source. On appelle ça du talent.

Ce Darling Arithmetic est le disque d’un seul homme. En effet, O’Brien a enregistré cet album chez lui en Irlande avec l’aide de quelques collaborateurs, mais sans plus. Et ça s’entend. Tout est bien soupesé. Les mots, les notes, les mélodies sont judicieusement juxtaposés et ça demeure parfaitement maîtrisé, laissant filtrer au bon moment le fameux frisson que toute bonne chanson folk a furieusement besoin. On pense à la superbe Hot Scary Summer ponctuée d’un lent crescendo qui atteint son climax en fin de parcours et qui laisse O’Brien seul à la guitare avec quelques oiseaux en fond sonore.

Voilà le disque d’un auteur-compositeur-interprète qui a une confiance totale en ses aptitudes et qui, un peu comme le Carrie & Lowell de Sufjan Stevens, touche l’auditeur avec une économie de moyen. Là s’arrête le comparatif, car Darling Arithmetic est quand même plus orchestré que la récente création de Stevens. Néanmoins, O’Brien a clairement épuré son art.

Intimiste cette production? Oui, mais pas nécessairement claustrophobe et inabordable… plutôt émouvant. L’aspect littéraire est encore une fois plus qu’à la hauteur. On fait référence à l’introductive Courage sur laquelle O’Brien nous gratifie de ces simples lignes, mais ô combien authentiques: «It took a little time to get where I wanted/It took a little time to get free/It took a little time to be honest/It took a little time to be me». Pour certains, c’est le travail d’une vie…

Cette conception sonore est purement conçue pour être écoutée par une journée maussade. Ça ne vous remontera pas le moral, mais ça fera sortir le méchant! Parmi les moments cathartiques de ce Darling Arithmetic, Villagers nous propose (en plus de la prenante Courage et de la frémissante Hot Scary Summer), une Little Bigot, caractérisée par un piano bondissant et une paresseuse montée en puissance qui demeure toujours en retenue. De plus, O’Brien nous offre une pianistique No One To Blame évoquant une fin de soirée esseulée un peu mélancolique ainsi qu’une So Naïve dépouillée et prenante.

Sans être le grand disque de Villagers (ça ne saurait tarder), O’Brien fait la preuve par mille qu’il est là pour durer. Avec des bouts de ficelle, solitaire, avec pour unique arme son talent, l’auteur-compositeur-interprète dublinois accomplit de petits miracles. Un créateur folk qui joue dans la cour des grands.

Ma note : 7,5/10

Villagers
Darling Arithmetic
Domino Recordings Ltd
36 minutes

http://www.wearevillagers.com

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