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Frank Ocean – Blond

Frank Ocean BlondOn a attendu très longtemps la suite de l’excellent Channel Orange de Frank Ocean. Ce dernier s’est positionné comme l’héritier de D’Angelo avec un R&B et une musique soul émouvante, intelligente et novatrice. Ocean a rejoint le groupe des artistes qui ne donne plus d’avertissements avant de lancer un nouvel opus. Deux coups de semonce ont annoncé la venue de Blond: un changement total sur le site Web additionné d’un vidéo où l’on voit l’Américain faire de la peinture en aérosol bonifié par la bande sonore qui accompagne Endless. On vous parlera de ce dernier dans une autre critique, mais sachez qu’il a permis à Ocean de se libérer de ses obligations envers Universal et Def Jam. Blond est donc une sortie entièrement indépendante. Comme on dit, quand la grosse machine n’est pas capable de te respecter, bien DIY.

La barre était haute suite à l’excellent Channel Orange. Comment se positionne Blond par rapport à ce géant? Eh bien, Frank Ocean est tout sauf un idiot et il le prouve avec une verve bien sentie et surtout avec un album qui approche la musique différemment. Oubliez les chansons à grand déploiement. On est ici dans un album intime qui donne souvent l’impression qu’il enregistre le tout chez lui avec quelques amis. Certaines chansons font simplement appel à un piano (ou une guitare) et la voix d’Ocean. Une voix qui a pris du galon depuis Channel Orange. Du haut de ses 28 ans, l’Américain semble beaucoup plus confiant. Cela donne de très beaux moments vocaux comme sur la sobre et magnifique Solo qui compte sur un orgue et la seule voix d’Ocean. La mélodie est convaincante, la poésie bien tricotée et l’ensemble délicieux pour les oreilles.

Certains journalistes avaient mis en lumière qu’Ocean ne s’était pas beaucoup exprimé dans la vague du mouvement «Black Lives Matter». Déjà, plusieurs musiciens ont composé des œuvres intimement rattachés à cette problématique sociale. Le To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar et Black Messiah de D’Angelo en sont de bons exemples. Ocean ouvre Blond avec l’excellent Nikes qui aborde le sujet. Son angle est inventif insérant l’histoire de Trayvon Martin à l’intérieur d’un discours sur le matérialisme de la société.

Si on trouve que ç’a pris un bon bout de temps avant que Blond se révèle, Ocean ressentait aussi la pression comme il l’a écrit dans ses notes: «I HAD THE TIME OF MY LIFE MAKING ALL OF THIS. THANK YOU ALL. ESPECIALLY THOSE OF YOU WHO NEVER LET ME FORGET I HAD TO FINISH. WHICH IS BASICALLY EVERY ONE OF YA’LL. HAHA. LOVE YOU.»

Parlons plus de musique, car après tout, c’est ce qui nous intéresse ici. Ivy est une pièce qui mérite votre attention. La voix d’Ocean se couche sur une guitare qui sonne vaguement comme un effet de pédale de Mac DeMarco. On peut remercier Jamie XX d’avoir apporté cette couleur à Ocean. Son bon ami Tyler The Creator vient aussi faire son tour pour prêter main-forte au songwriter. On le retrouve sur l’entraînante Skyline To et sur la mélodieuse Pink+White. On retrouve aussi le musicien français Sebastian qui raconte une histoire de fille qui l’a laissé parce qu’il n’a pas voulu l’accepter sur Facebook. André 3000 (Outkast) vient aussi faire son tour sur la suite Solo. Son rap est rapide, mélodieux et démontre une agilité articulatoire qui n’a tout simplement pas de bon sens.

Frank Ocean cite même Elliot Smith sur la mélancolique Siegfried. Il lui emprunte ces magnifiques vers: «This is not my life /It’s just a fond farewell to a friend». Parmi les productions les plus charnues de l’album, la mélodieuse Nights fait très belle figure. En fait, il n’y a tout simplement pas de faiblesses sur l’album tout comme Channel Orange. Blond est vraiment un digne successeur. On parlera encore longtemps d’Ocean qui apporte une nouvelle voix au R&B et à la soul.

Ma note: 9/10

Frank Ocean
Blond
Boys Don’t Cry
60 minutes

http://boysdontcry.co/

Frank Ocean – Endless

Frank Ocean EndlessAvant de nous présenter l’excellent Blond, c’est d’abord Endless que Frank Ocean a fait paraître le vendredi 19 août dernier. Non seulement Endless est un disque qui inclut du visuel, mais en plus de ça, il lui a permis de se délivrer de son contrat d’album avec Def Jam/Universal. La relation tumultueuse entre l’artiste et sa maison de disque a mené Ocean à prendre le même chemin que Radiohead, celui de l’indépendance.

Endless n’est pas une œuvre complète et sculptée comme Blond. Endless peut faire penser au Untitled Unmastered de Kendrick Lamar. On y retrouve une collection de chansons qui sont pour la plupart des essais qui n’ont jamais mené à une chanson. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y trouve pas d’intéressants petits bijoux. Notamment parce qu’on y retrouve des collaborateurs réputés tels que James Blake, Alex G, Arca, Jonny Greenwood (Radiohead) et Sebastian.

On se retrouve devant des pièces plus courtes qui comptent sur des productions moins léchées. Les atmosphères éthérées sont très présentes. Wither, In Here Somewhere et plusieurs autres chansons en sont de bonnes représentations. Sur la deuxième, les voix s’entassent et se superposent sans jamais devenir déplaisantes. James Blake prête sa voix sur l’onirique Florida et sur l’intime et ravissante Deathwish (ASR).

Il ne faut pas aborder Endless comme un album qu’on écoute comme ça, légèrement. C’est un album intimement lié au visuel créé pour l’occasion. Cela ne veut pas dire que certaines pièces ne se démarquent pas individuellement, mais on est devant une œuvre beaucoup plus conceptuelle et moins polie. Dans les pièces plus achevées, on retrouve la simple et mélodieuse Slide On Me ainsi que sur l’intime et touchante reprise de At Your Best (You Are Love) des Isley Brothers.

Pour le fan de Frank Ocean, Endless devient une belle porte d’entrée sur le processus créatif de l’Américain. C’est aussi une œuvre conceptuelle intéressante dans son ensemble. Ce n’est pas le genre d’album qui fera partie de la discographie émérite de par sa nature, mais ça reste un détour qui vaut la peine.

Ma note: 7,5/10

Frank Ocean
Endless
Dej Jam / Universal Music
44 minutes

http://boysdontcry.co/