Critique : USA Nails – Shame Spiral - Le Canal Auditif

Critique : USA Nails – Shame Spiral

Il y a quelques semaines déjà, j’étais confortablement effoiré dans un divan de cuirette, d’un brun douteux, appartenant à cette chère Brute du Rock. Dans une de ces soirées bien arrosées, dont elle seule détient le secret, cette vieille ordure aime toujours que l’on plonge ensemble dans une grosse flaque de punk, de métal et de rock, aux sonorités bien crasseuses.

C’est donc dans un état éthylique/narcotique assez avancé que la Brute m’a garroché dans l’univers d’un groupe punk britannique bruyant à souhait : USA Nails. Ce soir-là, on a donc épluché de long en large l’excellent No Pressure, deuxième album du quatuor paru en 2015. La Brute en a fait par ailleurs un excellent compte-rendu dans le cadre de sa chronique. Et ce fut le choc, la révélation. C’est donc avec un enthousiasme juvénile que j’attendais impatiemment de prêter l’oreille à ce Shame Spiral (nouvel album de la formation). C’est paru la semaine dernière sur une étiquette de disques française totalement anonyme : Bigoût Records.

Sombre, primitive, insoumise, d’une lourdeur colossale, cette nouvelle création, enregistrée « live » en studio, est une totale réussite. Si sur No Pressure, la mixture de post-punk, de no wave et de noise rock présentée m’avait renversé, eh bien, cette fois-ci, c’est cette pesanteur inexplicable qui me décroche la mâchoire à chacune des écoutes. Dès les premières auditions, vous serez confrontés à un mur de son sans précédent et, si vous acceptez d’être brassé sans ménagement, vous découvrirez des guitares crasseuses certes, mais étonnamment subtiles. Oui, vous avez bien lu ! Chaque feedback est maîtrisé à la perfection, les sonorités extirpées sont d’une totale originalité et toute cette lave décapante est appuyée par une section rythmique béton. Un train qui ne déraille jamais !

Et USA Nails ne niaise pas avec la puck. Les salopards nous proposent 10 chansons pour un total de 25 minutes. Côté texte, les Nails donnent toujours dans le sarcasme, ridiculisant sans vergogne de grands pans de la culture populaire de masse dans tout ce qu’elle a de plus hypocrite et médiocre : les rêves de célébrité facile, la téléréalité, le prix exorbitant des maisons londoniennes, etc. Tout ce magnifique chaos contrôlé se conclut en apothéose avec une reprise d’une chanson de la formation allemande Grauzone (premier groupe du chanteur suisse Stephan Eicher) : Eisbaer. Un excellent remake. Aucune chanson ne fait office de remplissage. C’est vraiment, mais vraiment tout bon.

Lors de cette soirée de haute voltige intellectuelle (ouf !), la Brute et moi étions d’accord sur un point : USA Nails représente, pour nous, l’avenir du punk. Rien de moins. Eh bien, ce Shame Spiral confirme de nouveau les convictions émises lors de cette mémorable veillée. Si vous aimez des groupes comme Future Of The Left, Pissed Jeans, Blacklisters et le bon vieux Sonic Youth, il n’y a aucun doute dans mon esprit que vous allez adhérer à 100% à l’offre sonore de USA Nails. Un grand groupe punk en devenir, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 8,5/10

USA Nails
Shame Spiral
Bigoût Records
30 minutes

https://usanails.bandcamp.com/


 

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