Rock Archives - Page 204 sur 205 - Le Canal Auditif

Stephen Malkmus & The Jicks – Mirror Traffic

Le « slacker » en chef est de retour avec ses Jicks et livre un Mirror Traffic avec Beck aux commandes. Une collection de quinze chansons pour l’ancien leader de Pavement : les guitares sont toujours chambranlantes, les structures aussi bizarres invariablement ponctuées de soudaines cassures et la voix pleine de lassitude; parfois à côté de la « track ». Bref, ce disque aurait pu tout aussi bien être enregistré en 1996.

Beck est à la réalisation, mais son empreinte se fait très discrète… et c’est dommage. Le coup d’envoi est donné par Tigers, No One Is (As I Are Be) et Senator. C’est dans ces trois chansons que Beck fait sentir sa présence; quelques relents de Sea Change sur No One Is (As I Are Be) et un refrain sur Tigers aux inflexions vocales évoquant le dernier Modern Guilt. Par la suite la référence indie rock américaine prend les choses en main avec assurance mais sans surprise. C’est cette absence d’étonnement qui laisse l’auditeur sur son appétit.

Le disque renferme malgré tout son lot de très bonnes chansons. Je pense à SenatorMalkmus nous lance avec son ironie habituelle : « What the senator wants is a blow job ! », la très « Wedding Present » Stick Figures In Love ou encore à Spazz et son riff à la Velvet. Ça se termine avec Gorgeous Georgie et avec une impression de déjà-vu pas nécessairement agaçante; mais une prise de risque plus accentuée aurait été le bienvenu… surtout avec M. Hansen derrière la console. Les extatiques de Pavement ne seront pas déçus mais les autres resteront indifférents. En concert, le vendredi 23 septembre prochain au Théâtre Corona à 20h00 dans le cadre de Pop Montréal.

Ma note : 2,5/5

Stephen Malkmus & The Jicks
Mirror Traffic
Matador Records
50 minutes

stephenmalkmus.com

The Last Assassins – The Last Assassins

Né de façon impromptue à l’été 2010 lors de la création de la trame sonore du film Karaoke Dream, The Last Assassins, projet piloté par Jean Leloup (Leclerc, The Wolf etc…), Mathieu Leclerc et Virginia Tangvald, ont offert leur premier bouquet de chansons la semaine dernière sous l’étiquette Dare To Care Records… et le bouquet se fane rapidement après quelques écoutes.

Ça débute avec un délire typiquement John The Wolf titré avec justesse Welcome. Riff sale, son crade, ambiance de lendemain de veille et un « Shut the fuck up! » répété ad nauseam par sa majesté, le Roi Pompon! Échevelé et malheureusement ennuyeux. The Wheel, Bad Crystal, Winter, Dead Birds s’enchaînent linéairement sans les divagations de Leloup. Vient ensuite Rodeo Girl : seule pièce qui se démarque par son rythme. Et parlons-en du rythme! Les pièces s’enlignent les unes à la suite des autres pratiquement à la même vitesse, sans surprise et chanté d’une voix paresseuse par Virginia Tangvald (émule de Kim Gordon de Sonic Youth ou d’Emmanuelle Seigner) et récité par Mathieu Leclerc. L’album sonne comme du Hendrix sous tranquillisant.

Ce n’est pas médiocre. C’est simplement monocorde et traînant. Une impression de paresse se dégage du disque. C’est bien exécuté par de très bons musiciens, mais il aurait fallu une direction musicale plus assumée et une réalisation plus costaude. The Last Assassins évoque un « jam band de slackers » sur un lendemain de veille. Pour une petite sieste en fin de journée, c’est parfait!

Ma note : 2/5

The Last Assassins
The Last Assassins
Dare To Care Records
42 minutes

thelastassassins.com

Peter Murphy – Ninth

Le « Godfather Of Goth » est de retour sept ans après Unshattered. Pas que le monstre sacré du rock gothique se l’est coulé douce: parution en 2008 de Go Away White avec ses «amis» de Bauhaus et une collaboration avec Trent Reznor de Nine Inch Nails. Donc, Peter Murphy nous revient avec l’album Ninth.

L’album s’amorce férocement avec Velocity Bird; chanson qui rappelle un Iggy Pop à son meilleur; suivi de Seesaw Song au refrain captivant. Le disque conserve son rhytme de croisière pendant Peace To Each et la sublime I Spit Roses. Never Fall Out se veut une interprétation modérée de Murphy; ce qui, avouons-le, ne constitue pas la principale qualité du chanteur. S’ensuit une chanson légèrement plus faible en Memory Go. Arrive ensuite les frissons avec l’épique The Prince & Old Shine Lady.

De la pesante Uneven & Brittle, en passant par Slowdown, puis les voix harmonisés de Secret Silk Society, l’album se termine en apothéose avec la majestueuse Crème De La Crème. On presse sur la fonction pause. On se dit qu’on vient d’écouter un excellent disque de rock accessible et puissant, chanté de superbe façon par Peter Murphy.

Malgré la préciosité, l’intensité parfois feinte et l’attitude un peu surfaite de Peter Murphy, l’homme a réussi à assembler onze chansons post rock gothique de très haut niveau. Ça rocke, ça déménage, c’est prenant et c’est surtout d’une efficacité redoutable. De plus, la réalisation est impeccable. Les fans de Bauhaus, Iggy Pop et David Bowie seront comblés.

Ma note : 3/5

Peter Murphy
Ninth
Nettwerk Records
46 minutes

petermurphy.info

Red Hot Chlli Peppers – I’m With You

Cinq années ont passé depuis Stadium Arcadium. Puis, il y a eu le départ de l’épine dorsale des Red Hot Chili Peppers, le guitariste John Frusciante remplacé par Josh Klinghoffer… et ça s’entend sur la dernière offrande du groupe, titrée I’m With You. Ouf! Par où commencer? Ça débute de façon mitigée par Monarchy Of Roses où certains éléments électroniques côtoient un refrain rock vitaminé assez racoleur. Par la suite, Factory Of Faith : ligne de basse à l’avant-plan, éléments électros presque « dance », guitare rythmique funky et puis après?

Et puis après, s’enchaîne une suite imbuvable de chansons mièvres et sans reliefs, chantées sans âme par Anthony Kiedis . Aucune énergie, aucune impétuosité et surtout une seule chanson valable (Brendan’s Death Song) pour près de soixante minutes de musique. Je ne vous ferai pas la nomenclature de tous ces titres faiblards qui sont présents sur I’m With You; la liste serait trop longue.

La réalisation « radio rock FM » de Rick Rubin, aussi peu inspiré que le groupe, est sans nuances et subtilités; participant activement lui aussi, à ce non disque. C’est désolant, car les RHCP ont déjà réussi à tirer leur épingle du jeu avec Blood Sex Sugar Magik et Californication. Force est d’admettre que le chant du cygne approche pour la formation de Los Angeles.

Ma note : 1/5

Red Hot Chili Peppers
I’m With You
Warner Brothers
60 min

redhotchilipeppers.com

The War On Drugs – Slave Ambient

En mars dernier, Kurt Vile faisait paraitre Smoke Ring For My Halo; l’un des meilleurs disques de 2011. Son frère de son, Adam Granduciel, leader de la formation The War On Drugs (quel excellent nom de groupe n’est-ce pas?), faisait de même la semaine dernière en mettant au monde Slave Ambient. À la première écoute, il est évident que nous sommes en terrain connu : mêmes inflexions vocales décontractées que Vile, riffs répétitifs et hypnotiques et surtout, un climat musical aux vertus narcotiques. Curieusement cette similitude ne constitue pas une entrave majeure à l’appréciation de cette galette. Par contre, certains auditeurs plus exigeants pourraient être agacés par la ressemblance.

Si vous avez adoré Smoke Ring For My Halo, vous aimerez assurément Slave Ambient. Le disque ne contient aucune chanson mémorable mais il existe un fil conducteur (pensez aux vertus narcotiques), qui nous permet de demeurer accro du début à la fin. Come To The City, Baby Missiles (très Arcade Fire/Springsteen) et Black Water Falls sont des chansons bien foutues sans être transcendantes. The War On Drugs est un curieux mélange de Dylan, Springsteen, Stephen Malkmus et My Bloody Valentine. Slave Ambient est idéal pour un « road trip » hallucinogène. Hypnotisant!

Ma note : 3/5

The War On Drugs
Slave Ambient
Secretely Canadian
43 minutes

thewarondrugs.net