Rock Archives - Page 2 sur 181 - Le Canal Auditif

Critique : Hollerado – Born Yesterday

Au printemps 2013, j’avais fait la critique de l’album titré White Paint de la formation originaire d’Ottawa nommée Hollerado. Pas un disque mémorable, tant s’en faut. Beaucoup trop de compromis afin de plaire aux radios rock FM A Mare Usque Ad Mare. Par la suite, le quatuor a proposé 111 Songs; un projet où un fan pouvait envoyer ses coordonnées au groupe avec une ou deux histoires personnelles à raconter. Hollerado a ainsi créé 111 chansons qui s’inspiraient directement des confessions de leurs fervents admirateurs.

4 ans après White Paint, les Canadiens sont de retour avec un nouvel album que je qualifierais de proverbial retour aux sources. Sans être la révolution, on y entend un groupe totalement dynamisé. Ce Born Yesterday, malgré les références aveuglantes à Weezer (voire Brick Wall) et quelques incursions dans l’électro-rock à la Duran Duran (voire Grief Money) fait le travail.

Un bon album de cols bleus qui satisfera l’amateur de rock canadien. En char, les fenêtres baissées, avec une bonne boîte de Timbits sur la banquette arrière et un café un lait un sucre, ça se prend bien. Et pour apprécier votre « ride » de prolétaire, je vous invite à monter le son, lorsque s’entamera I Got You. Impossible de résister.

Cela dit, mon propos pourra sembler méprisant aux âmes qui n’en ont que pour la feuille d’érable, mais je suis sincère. Très peu de groupes détiennent cette capacité de créer du bon pop-rock radiophonique et, avec ce Born Yesterday, Hollerado s’élève au-dessus de la mêlée. La réalisation est léchée, comme il se doit, mais n’amenuise en rien l’explosivité des chansons. Chacun des refrains, sans aucune exception, est accrocheur et le groupe brasse juste assez la cage pour demeurer captivant, et ce, sans s’aliéner le mélomane à temps partiel qui a envie de fuir la réalité… les fenêtres baissées avec une boîte de Timbits !

En plus des chansons mentionnées précédemment dans le texte, Hollerado tire bien son épingle du jeu avec Éloise qui évoque le rock de Tom Petty & The Heartbreakers. If It Is Love est juste assez « fromagé » pour rassembler la multitude, sans perdre ce je-ne-sais-quoi de crédible. J’insiste sur le « je-ne-sais-quoi de crédible »…

De manière objective, Hollerado a conçu un album qui plaira à ses admirateurs et qui respecte parfaitement les codes du pop-rock mercantile. Bon. Est-ce que je prêterai l’oreille régulièrement à ce Born Yesterday ? Pas vraiment. J’ai des choses plus productives à faire que de me mettre à triper ma vie sur Hollerado. Donc, aucun danger que vous me rencontriez dans un Tim Horton près de chez vous.

Ma note: 6/10

Hollerado
Born Yesterday
Royal Mountain Records
37 minutes

http://www.hollerado.com/

Critique : White Reaper – The World’s Best American Band

Quand un groupe rock a le culot de titrer son album The World’s Best American Band, il se doit de livrer la marchandise… même si j’ai très bien saisi la pointe de sarcasme qui se cache là-dessous. Basé à Louisville, Kentucky, la formation menée par Tony Esposito – pas l’ancien goaler des Blackhawks de Chicago – propose une sorte de garage rock fédérateur comportant quelques moments plus « punk ». En vérité, White Reaper est tout simplement un quatuor pop-rock qui fait semblant de grafigner…

En 2015, la bande avait lancé White Reaper Does It Again qui voyait la formation arpenter les sentiers déjà balisés par de vieilles moppes comme les Who, les Clash, les Stones et les Replacements. Il se fait bien pire comme ascendants. Tout réside bien sûr dans le rendu général et sur ce premier effort officiel, on pouvait affirmer que White Reaper avait bien enfilé ses bottes de travail. Qu’en est-il alors de ce The World’s Best American Band ?

Ce disque débute bien mal avec une foule en délire qui accueille le groupe qui, lui, y va de sa racoleuse chanson titre parfaitement « arena rock ». Après une Judy French qui sonne comme du sous-Replacements, c’est l’inutile Eagle Beach qui sévit et qui sonne comme du sous-Strokes. Ç’a en dit très long, n’est-ce pas ? Aucune hargne, un riff de culottes courtes, une mélodie quelconque, cette chanson, c’est du rock à l’état de mort-vivant.

Par la suite, de Little Silver Cross jusqu’à Party Next Door, nos faux rockeurs se prennent pour un Bruce Springsteen gonflé à l’hélium (déjà que The Boss en format rock, c’est assez pompeux, merci). Parmi les navets à ajouter à cette exhaustive liste, Tell Me, qui évoque les pires moments du hard rock à spandex des années 80, est une pure perte de temps auditive.

En contrepartie, quand Esposito et ses acolytes y mettent toute la gomme, on découvre un groupe capable d’une certaine fougue. Le refrain explosif dans Daisies et la très New York Dolls, intitulée Another Day, font la preuve par mille que si White Reaper laissait en plan leurs ambitions mercantiles afin de brasser la baraque pour vrai, on pourrait être agréablement surpris.

The World’s Best American Band est l’exemple probant de ce qui tue le pop-rock depuis de nombreuses années. White Reaper, c’est du rock tout aussi doux que du vrai coton, aussi bien-dire que c’est de l’anti-rock ! C’est ce que ça donne lorsque la priorité est mise sur la possibilité d’élargir son auditoire plutôt que sur une interprétation juvénile et un son rentre-dedans. Un autre groupe victime de sa vision à court terme.

Bref, comme vous pouvez le constater, j’ai une plus grande affection pour l’ensemble de la carrière de Tony Esposito, le gardien de but, que pour le travail de songwriter de Tony Esposito, le meneur de White Reaper. Si vous avez envie d’écouter du rock passé à la moulinette du marketing, grand bien vous fasse. Ça me fera plaisir de vous laisser en compagnie de White Reaper

Ma note: 4,5/10

White Reaper
The World’s Best American Band
Polyvinyl
31 minutes

https://whitereaperusa.com/

Critique : CO/NTRY – Cell Phone 1

CO/NTRY est le duo Beaver Sheppard et David Whitten. La formation est active sur la scène montréalaise depuis plus de 4 ans et lance le vendredi 14 avril 2017, son deuxième album intitulé Cell Phone 1. Le son du groupe demande parfois un peu d’adaptation ou d’accoutumance. Ils mélangent les influences New Wave, Dark Wave, Goth Wave (en fait n’importe quelle musique avec un Wave), l’électro-pop et le post-punk. Ça semble un étrange mélange? En effet, CO/NTRY ne sont pas comme les autres.

Et pourtant, leur différence est précisément ce qui fait de Cell Phone 1, un album jouissif. Les chansons ne se ressemblent pas, sans jurer entre elles non plus. C’est mélodieux malgré les détours étranges qu’ils prennent et les interprétations de Sheppard souvent marginales. Malgré tous les sparages de ce dernier, le duo trouve toujours le moyen de nous attraper l’oreille et nous garder captifs à répétition.

Cash Out est un bon exemple. La voix de Sheppard est aigüe, quasi caricaturalement aigüe, mais le riff de basse est intoxicant à souhait, le rythme entrainant et les synthés luminescents. Gold Standard est une autre pièce avec une proposition champ gauche qui nous rattrape avec un riff de guitare efficace. So Get a Baby ressemble à de la pop des années 80 qui aurait été passée à travers un filtre Mike Patton. On dirait INXS, mais en vraiment plus audacieux.

Certaines pièces sont, au contraire, très faciles à apprivoiser. L’exemple le plus probant est la mélodieuse et douce Beyond Belief. Évidemment, Sheppard livre toujours une performance vocale qui ose aller dans des zones d’ombres délicieuses. Par contre, la trame, elle, reste collée dans les neurones avec son air de clavier intoxicant. Living in a Body est un autre exemple de chanson qui fait rapidement son chemin. Est-ce en raison de ses cuivres? Car oui, CO/NTRY s’est muni d’un saxophone pour cette chanson. Ils le font exprès et poussent aussi loin que possible le pastiche des styles convenus des années 80. Par contre, leurs compositions n’ont rien d’usuel. Tout cela en fait de petits bijoux auditifs.

C’est un deuxième album totalement réussi pour CO/NTRY, quoiqu’un peu court. On aurait volontiers pris une ou deux chansons de plus. Cell Phone 1 vaut le détour en avril. Ces deux artistes locaux possèdent une approche unique qui semble parfois un peu bizarre au premier abord. Et elle l’est. Et c’est ce qui est magnifique.

Ma note: 7,5/10

CO/NTRY
Cell Phone 1
Fantômes Records
31 minutes

http://countryband.ca/

Critique : Guided by Voices – August by Cake

Robert Pollard, dit le vétéran créateur rock atteint d’hyperactivité folle, nous balance un album par année (ou deux ou trois) que ce soit en mode solo, sous l’appellation Ricked Wicky ou encore avec les mythiques Guided by Voices. Et 2017 est une année bien spéciale pour le père Pollard. En effet, cet August by Cake, produit avec ses acolytes de Guided by Voices, constitue son 100e album en carrière. Dans le privé, je vous aurais lâché un ta… bien senti, mais puisque LCA est un média respectable et respecté, je vais m’abstenir. N’empêche que 100 productions en carrière, c’est une performance de cinglé !

Au cours des 25 ou 30 dernières années, le doyen nous a toujours proposé une armada de chansons ponctuées de vers d’oreilles souvent conçus à partir d’une simple phrase absurde. En même temps, Pollard est aussi le maître de l’auto-sabotage en ajoutant régulièrement des effets de studio bizarres à ses pièces ou en mettant fin à une chanson de manière abrupte. Bref, on aime ou on déteste le bonhomme. Comme vous pouvez vous en douter, je suis preneur.

Pollard est un artiste totalement libre adoptant une démarche artistique sans compromis. Les règles marketisées de la sacro-sainte industrie de disque (avec tout ce qui pullule de blaireaux et de m’as-tu-vu) sont toujours pulvérisées. La majorité de ses chansons dépassent rarement la barre des deux minutes et même si mélodiquement parlant, le musicien n’a pas de leçon à recevoir de personne, il s’amuse toujours à casser le rythme et à déjouer l’auditeur.

Évidemment, le but de l’exercice c’est de pousser à bout tous ceux qui hésitent à le suivre les yeux fermés. Ainsi, ç’a le mérite d’être clair. Sans endosser pleinement la démarche, je respecte au plus haut point ce genre de créateurs qui se fout des convenances… au risque de s’auto-détruire.

Alors ce 100e album ? C’est bon ? Ben oui. C’est bon comme d’autres se plairont assurément à taper sur cet August by Cake qui constitue un simple survol de tout ce que GBV a pu créer au cours de sa carrière. Dans les deux cas, personne n’a tort et personne n’a raison.

Au menu ? 32 chansons contenant au-delà de 70 minutes de musique. Encore une fois, très peu de « longues chansons » s’y trouvent. Garage rock, folk frémissant, influences sudistes, influences psychédéliques et krautrock se côtoient en toute cohérence. On est bel et bien dans la grande famille du rock alternatif lo-fi typiquement états-unien.

Encore une fois, le vieux bouc nous refait le coup de la ballade folk prenante avec What Begins On New Year’s Day et Whole Tomatoes. On pense à J Mascis en écoutant Overload. On délire en mode krautrock dissonant avec Chew The Sand. On se dit que Pollard est un maître mélodiste en écoutant Dr. Feelgood Falls Off The Ocean. On a la larme à l’œil à l’écoute de The Laughing Closet et on aime les cuivres dans 5 Degrees on the Inside. Il y a aussi d’innombrables moments qu’on pourrait qualifier de remplissages, mais avec Pollard, c’est la norme. On accepte, car lorsqu’il atteint la cible, il la fracasse de plein fouet.

August by Cake est une belle porte d’entrée pour le jeune mélomane qui voudrait en apprendre un peu plus sur le travail de GBV et pour ce qui est des fans finis, personne ne se sauvera en courant en écoutant cette 100e création. Mes respects, M. Pollard. Peu de musiciens ont accompli ça : 100 disques. Wow !

Ma note: 7/10

Guided by Voices
August by Cake
GBV inc.
76 minutes

http://www.robertpollard.net/

Critique : Future Islands – The Far Field

The Far Field marque le grand retour du crooner rockeur de génie Samuel T. Herring et sa bande de Baltimore, maintenant en formule trio. Leur dernier album, Singles, avait été remarqué par la critique, se méritant d’ailleurs au passage le titre de simple de l’année en 2014 pour leur chanson Seasons (Waiting For You) dans Pitchfork. La barre était donc placée assez haute pour ce nouvel opus.

Au final, The Far Field relève le défi avec brio. Dans une esthétique toujours plus pop et avec un côté rétro plein de Casio plus marqué, le groupe a réussi à trouver un son encore très actuel et efficace. Notons au passage la présence de Debbie Harry, aka Blondie, dans la très lumineuse chanson Shadows, ce qui peut vous donner une idée un peu plus concrète des ambiances traitées. On se retrouve avec assez peu de temps morts, dans un esprit toujours assez dansant, sans être édulcoré non plus. Le meilleur des deux mondes, quoi! Mais je pense que la meilleure partie du mix reste quand même dans bien des cas le savoureux kick de basse utilisé pendant les 45 quelques minutes de l’album. C’est honnêtement du bonbon pour les oreilles.

Porté par des nouveaux classiques indés comme Ran, premier simple magistral et incroyablement accrocheur de l’album, on peut affirmer que la sortie est à la hauteur des attentes. Si, pour certains, Singles n’avait pas encore complètement consacré ses créateurs comme des probantes têtes d’affiche de l’indie-pop, je crois réellement que leur plus récente parution réussira à les classer dans la même catégorie que les Father John Misty et autres War on Drugs de ce monde. Oui, c’est bon à ce point-là comme album!

Je soulignerais peut-être en guise de conclusion que Future Islands reste avant tout un groupe à voir absolument en live. Herring est une véritable bête de scène, avec des capacités vocales particulièrement impressionnantes, n’ayant pas peur de crier autant que de susurrer de façon sulfureuse ses paroles aux fans. Et à voir l’énergie dégagée sur Far Field, je crois réellement que leur nouvelle tournée est un incontournable. Aucun spectacle n’est prévu à Montréal pour le moment toutefois.

Ma note: 8/10

Future Islands
The Far Field
4AD
45 minutes

http://www.future-islands.com/