Rock Archives - Page 2 sur 188 - Le Canal Auditif

Critique : Lindsey Buckingham/Christine McVie – Lindsey Buckingham/Christine McVie

Fleetwood Mac nous a donné certains des albums pop les plus réussis des années 70, dont le classique Rumours et le ténébreux Tusk. L’idée d’un album réunissant deux des membres de la période la plus glorieuse du groupe s’annonçait donc intrigante. Or, Lindsey Buckingham et Christine McVie livrent ici un disque fade, au point où l’on se demande bien pourquoi ils se sont embarqués dans cette galère.

Sur papier, ce nouvel album ressemble étrangement à du Fleetwood Mac. En effet, non seulement le batteur Mick Fleetwood et le bassiste John McVie y apparaissent-ils comme musiciens invités, mais certaines des chansons étaient destinées à un éventuel retour sur disque du groupe légendaire, qui ne s’est finalement jamais matérialisé, en bonne partie en raison des réticences de la chanteuse Stevie Nicks.

Les problèmes maritaux ayant marqué la carrière de Fleetwood Mac ont déjà été très documentés. Ainsi, c’est en 1975 que le guitariste Lindsey Buckingham s’est joint au groupe, insistant à l’époque pour que sa compagne Stevie Nicks fasse elle aussi partie de l’aventure. Or, leur relation battait déjà de l’aide et les deux se sont finalement séparés quelques mois plus tard, en même temps que le bassiste John McVie et sa femme Christine divorçaient. Ajoutez à cela le fait que Mick Fleetwood a également entretenu une relation avec Nicks, et vous avez tous les ingrédients d’un épisode de Top modèles, ce qui a servi de matière première au génial Rumours, comme quoi les pires épreuves peuvent aussi se révéler des sources d’inspiration…

Mais on s’égare ici. L’idée, c’est que Buckingham et McVie se connaissent depuis des décennies et ont vécu bien des hauts et des bas ensembles. En annonçant la sortie de leur album en duo il y a quelques mois, la chanteuse s’est demandé pourquoi ils ne l’avaient pas fait plus tôt, tellement cette collaboration lui semblait naturelle. Sauf qu’on se demande, au contraire, à quoi a pu servir pareil exercice.

Le problème n’en est pas un de composition, mais plutôt d’enrobage sonore. En effet, Buckingham et McVie ont signé certains des titres les plus aboutis du répertoire de Fleetwood Mac (Over My Head, Don’t Stop, Go Your Own Way, Not That Funny, etc.), et on ne perd pas si facilement un tel talent pour les hymnes pop mais raffinés. On reconnaît d’ailleurs leur signature dans le refrain rassembleur de la chanson Red Sun ou dans la nostalgie de Carnival Begin, seul titre qui renvoie au côté un peu plus sombre qui a toujours caractérisé la musique de Fleetwood Mac

Mais l’album est bourré d’effets bon marché qui donnent l’impression d’un disque qu’on retrouverait en vente au comptoir d’une pharmacie. Oui, Mick Fleetwood et John McVie ont contribué à certaines pistes, mais ce qu’on retient surtout, ce sont les lignes de basse ou de batterie programmées au synthétiseur. Même les voix (celle de Christine McVie est encore très puissante) sont saturées d’écho ou de réverbération, et le tout sonne très générique. Et je ne vous parle pas de ces percussions (maracas, tapements de mains) qui prolifèrent sur la plupart des morceaux…

Pour moi, l’album se résume un peu à sa pochette, sur laquelle on voit une Christine McVie toute souriante et un Lindsey Buckingham qui semble s’emmerder solide. On se demande même s’ils ont été photographiés ensemble ou s’il s’agit d’un montage, tellement on n’y sent aucune complicité. Bref, pour retrouver la magie de Fleetwood Mac, mieux vaut se retaper Rumours ou Tusk, ou pourquoi pas le méconnu Future Games, sorti avant que la formation ne devienne un phénomène…

Ma note: 4/10

Lindsey Buckingham/Christine McVie
Lindsey Buckingham/Christine McVie
Atlantic Records
39 minutes

https://www.buckinghammcvie.com/#/

Critique : Girlpool – Powerplant

Mieux vaut tard que jamais! Si le dicton s’applique à pas mal de situations, il est d’autant plus vrai lorsqu’on le met relatif à la situation suivante : écouter Powerplant de Girlpool. J’avais en effet réservé sa critique pour le Canal, mais une mystérieuse et inexplicable infection à l’oreille m’aura empêché de lui donner une bonne écoute avant aujourd’hui, situation à laquelle je suis bien heureux de pouvoir remédier avec vous en ce moment.

Parce que Girlpool a de quoi capter l’intérêt. Le duo américain, formé de Cleo Tucker et Harmony Tividad, avait fait un passage fort remarqué avec la sortie de Before the World Was Big, leur premier album lancé en juin 2015. Transportées vers la gloire, notamment par un fort engouement de la critique avec en tête d’affiche le prestigieux Pitchfork, les filles se sont depuis retrouvées à passer de Wichita Records à la reconnue boîte américaine Anti en plus d’intégrer au groupe, dans la dernière année, un batteur.

La décision ajoute un peu de puissance à l’ensemble et vient surtout souligner le côté un peu grunge que peuvent avoir certaines des compositions de l’ex-duo. Exit l’esprit folk-punk qu’on leur trouvait par le passé et bienvenue à la dichotomie fort intéressante qui marque Powerplant, soit une étrange vulnérabilité côtoyant une énergie rock marquée. Si l’on veut se prêter au jeu des comparaisons, je vous dirais que Girlpool embarque un peu dans le même créneau que l’autre band alt-rock féminin de l’heure, et j’ai nommé les fantastiques Chastity Belt. À la différence du quatuor de Walla Walla, ville au nom fort appréciable de l’état de Washington, qui offre une musique pleine de spleen, d’autonomisation féministe et de paroles bien caustiques, le désormais trio de Los Angeles conserve plutôt des textes introspectifs et ne cherche pas à marquer l’esprit par des riffs, mais bien par sa poésie naïve que l’on reconnaît maintenant sans peine.

D’un point de vue plus directement musical, ne nous mentons pas, l’album reste relativement simpliste. Rien de tape-à-l’œil ici; que des compositions servant principalement à accompagner des harmonies de voix bien pensées. Comme je le disais plus tôt, si la batterie sert bien la musique, elle reste avant tout accessoire et s’oublie rapidement dans les diverses avenues musicales que le groupe a choisi d’emprunter. Avec des offres plus grunge (Static Somewhere), plus swingée (Corner Stone) ou des ballades plus lentes (Fast Dust), on reste toujours dans un même univers, mais avec des offres qui promettent de combler tout le monde.

Sans être l’album de confirmation pour un groupe qui avait déjà connu une belle réception chez le public et la presse par le passé, je crois que Powerplant marque tout de même une belle évolution et vient avec une déclaration claire : Girlpool est maintenant un groupe à surveiller à tout prix pour tout amateur de rock alternatif. Dans la lignée des Frankie Cosmos, Courtney Bartnett et autres Chastity Belt, Girlpool s’impose avec un son propre et caractéristique de leur talent.

Ma note: 7,5/10

Girlpool
Powerplant
Anti
29 minutes

http://www.girlpoolmusic.com/

Critique : Phoenix – Ti Amo

Phoenix a décidé d’offrir un album rempli de soleil pour les belles journées de l’été qui sont de retour avec le solstice d’été qui approche à grands pas. Avec son dernier album, Bankrupt! le groupe avait fait la démonstration qu’il n’était pas un feu de paille. Le succès monstre de Wolfgang Amadeus Phoenix mettait la barre haute, ce qui n’a pas empêché la formation française de conquérir encore plus de cœurs avec leurs rythmes contagieux et leur mélange de style musical populaire.

Ti Amo continue dans la même veine et débarque avec une bonne dose de soleil. Le groupe a affirmé s’être inspiré de l’Italie et de ses journées ensoleillées qui semblent durer éternellement ainsi que les discothèques romaines. Malgré la légèreté de ses thèmes : l’amour, le désir et les journées d’insouciances, Ti Amo n’a pas été composé à la va-vite. Phoenix a commencé le processus de création en 2014. Le perfectionnisme que cela trahit s’entend un peu partout sur la galette qui malgré son approche pop et facile d’écoute recèle une foule de variations et de petits bijoux sonores.

La pièce-titre de l’album est une excellente représentante de ce qui se trame sur ce nouvel opus. On y entend des bongos (au grand plaisir de certains fans du dernier d’Arcade Fire), des guitares soft-rock efficaces et une mélodie intoxicante. Thomas Mars passe de l’anglais, au français, à l’espagnol en passant par l’italien pour nous chanter son amour. C’est le genre de chansons qui donnent l’impression d’être dans une discothèque à ciel ouvert sur la plage par une chaude journée de juillet, là où tout est possible et où la frivolité l’emporte sur le bon jugement.

Les claviers prennent beaucoup de place sur Ti Amo et J-Boy, premier simple à être paru, évoque les années 80. Fleur de Lys est tout aussi éloquente sur l’influence que la pop de la décennie de Michael Jackson a eue sur le groupe. Role Model propose une autre facette plus intime et moins joyeuse de Phoenix qui fonctionne tout aussi bien. Si cet album possède un défaut, c’est le choix de l’enchaînement des chansons qui n’est pas toujours très conséquent. On se promène allègrement entre la fête et les moments qui suggèrent l’introspection.

Dans l’ensemble, Phoenix réussit avec Ti Amo à créer une trame qui colle magnifiquement aux journées chaudes à nos portes. C’est un album qui fera danser bien des mélomanes et festivaliers cet été. Ti Amo nous transporte immédiatement sur une plage ensoleillée avec ses claviers chauds et enveloppants. Ça donne envie de se faire un petit mojito et de profiter du beau temps.

Ma note: 7,5/10

Phoenix
Ti Amo
Loyauté / Glassnote
37 minutes

http://wearephoenix.com/

Critique : Walrus – Family Hangover

Walrus est un groupe de psyché-pop d’Halifax qui présente ces jours-ci Family Hangover, un premier album complet. Je les ai découverts lors de la plus récente célébration de l’éclectisme qu’est le festival Les nuits psychédéliques à Québec (meilleur festival!). Mon impression à chaud avait été celle-ci : Walrus fait de la belle musique pour se coller.

Il y a certes ce côté cute, mélodique et doux, sur Family Hangover, je pense à la pièce titre par exemple, mais ce premier disque a aussi un côté très planant, psychédélique, ainsi que quelques moments plus bruyants. Disons-le d’emblée, c’est un album bien construit, équilibré. Walrus varie les tableaux d’une chanson à l’autre, mais également à l’intérieur même de celles-ci, accentuant en quelque sorte cette impression d’éclectisme maîtrisé.

Les amateurs de Tame Impala et de War On Drugs voudront y tendre l’oreille pour les atmosphères et les mélodies, tandis que les amateurs de rock, manière vieux Brian Jonestown Massacre (voir Tell Me), trouveront également dans les chansons de Family Hangover leur compte.

Une pièce comme Step Outside, avec son accent sur les claviers et l’écho des autres instruments, est davantage ancrée dans des sonorités des années 70. La suivante, Regular Face, avec le son des guitares si caractéristiques des Byrds et ses chœurs Beatlesques, nous entraîne une décennie avant, dans les années 60 de Help et Pet Sounds. Le tout, en conservant une facture sonore assez crue, pas trop finie, ce qui donne assurément un petit punch supplémentaire aux chansons dans lesquelles les guitares sont les dominantes.

Free Again est le moment incantatoire que tout album de psyché se doit d’avoir avec ce son de cithare et cette mélodie lente et plaintive. On entend aussi des bulles de pipe à eau en arrière-plan, j’dis ça de même. Ce morceau évoque d’ailleurs certaines chansons que concoctaient encore les Dandy Warhols à l’époque Come Down (1997).

Bref, j’ai eu beaucoup de plaisir à écouter cet album qui contient de très bons moments de rock psychédélique et de pop mélodique, mais sans jamais laisser de côté cette dégaine, je ne dirais pas nonchalante, mais déglinguée et assumée (!) qui donne un côté léger et rafraîchissant à la musique de Walrus. Une dimension qui m’avait échappé en concert.

Points négatifs? Les deux premiers titres sont un peu isolés. Ils tiennent moins dans le tout. Pour moi, le disque prend son envol avec Family Hangover, la plage 3. Sinon ça fausse par-ci par-là, mais rien que quelqu’un qui a déjà vu les Red Hot en spectacle ne puisse pas gérer.

Un album le fun donc, pis pas juste pour se coller. Ça, c’est juste du bonus… pis rendu là ça ne me regarde plus!

Ma note : 7,5/10

Walrus
Family Hangover
Madic Records (9 juin 2017)
45 minutes

http://walrustheband.com/

Critique : Benjamin Booker – Witness

Fin de l’été 2014, Benjamin Booker lançait un premier album homonyme. Le jeune afro-américain nous proposait alors un excellent disque qui mélangeait habilement le rock ‘n roll à la Chuck Berry, le soul Motown, y ajoutant parfois quelques soupçons de punk rock évoquant les bons vieux Buzzcocks. Le bonhomme posait un regard très critique sur le lourd passé ségrégationniste de nos inévitables voisins du Sud (et qui revient actuellement au galop) en plus de figer le projecteur sur la recherche identitaire incessante qui habite ses compatriotes. Des propos étonnamment articulés pour un aussi jeune créateur.

Et voilà que Booker nous revient demain avec une nouvelle création intitulée Witness. Un peu comme l’un de ses mentors, l’écrivain James Baldwin, Booker s’est expatrié à l’extérieur de son pays d’origine afin de réfléchir aux changements politiques et sociaux qui affligent actuellement les « States ». Oui, j’utilise sans gêne le verbe affliger, car c’est bien de cela qu’il s’agit… Si Baldwin avait préféré l’Europe, Booker s’est tourné vers le Mexique, un pays remis injustement sur la sellette par ce cher Donald !

Tout au long de sa courte existence, l’artiste a toujours cru qu’il pouvait aisément déjouer tous les pièges tendus (drogue, violence, désaffection sociale, etc.) par ce détestable racisme institutionnalisé qui sévit depuis la nuit de temps au pays de l’Oncle Sam… jusqu’à la mort violente du compatriote afro-américain Trayvon Martin qui l’a ramené à une dure réalité : son pays ne s’est jamais réellement débarrassé du racisme.

C’est dans cet état d’esprit que Booker a conçu ce Witness; un disque qui, encore une fois, est complètement revendicateur et qui a le mérite de promouvoir un message clair : être noir aux États-Unis peut vous mener directement au cimetière gracieuseté de ces salopards en uniforme qui doivent normalement « protéger et servir »… Tout au long des 10 chansons, l’artiste se positionne comme un témoin des actes répréhensibles subis par ses frères de sang. En ce qui concerne le propos, pas de doute, ça atteint la cible de plein fouet.

Musicalement, Booker emprunte un virage beaucoup plus soul que le précédent effort. Moins rageuses et rentre-dedans, les chansons de Booker gagnent en maturité et en subtilité, mais perdent aussi en originalité, se rapprochant de ce que crée un gars comme Ben Harper ou encore les Black Keys. Quelques cordes sirupeuses viennent parfois plomber le plaisir. Qu’à cela tienne, ça demeure un bon disque, malgré la disparition de l’énergie juvénile de la première création.

Quelques pièces sont venues faire vibrer la corde dite « millésimée » qui m’habite. L’invitée de marque, Mavis Staples, embellit la pièce titre qui elle, constitue un hymne senti au mouvement Black Lives Matter. Right On You possède des relents de punk-rock domestiqué. Believe semble sorti tout droit des seventies. Le folk dépouillé Off The Ground est touchant et le penchant gospel de Carry séduit.

Même si je déplore la colère maîtrisée qui anime ce Witness, Booker confirme l’indéniable talent qui l’habite. Je le préfère en mode nettement plus abrasif, mais j’en connais aussi plusieurs qui seront conquis par sa nouvelle approche. À vous de choisir votre préférence.

Ma note: 7/10

Benjamin Booker
Witness
ATO Records
36 minutes

http://www.benjaminbookermusic.com/index.html