Pop Archives - Page 69 sur 71 - Le Canal Auditif

Ariane Moffatt – Ma

Conçu dans son lieu exclusif de création et aux studios Planète et Hotel2tango de Montréal, la talentueuse multi instrumentiste Ariane Moffatt lançait la semaine dernière son plus récent effort intitulé MA. Sur cette galette Ariane Moffatt a porté tous les chapeaux. Elle a composé, joué de tous les instruments et réalisé cette oeuvre résolument électro-pop aux intonations flirtant parfois avec un univers indie. Avec l’aide de l’ingénieur de son Pierre Girard, Ariane Moffatt signe une production bilingue à la sensualité exacerbée, aux rythmes percutants, faisant appel à des sonorités eighties et mythifiée de chœurs aériens.

Avec cet opus, Ariane Moffatt se rapproche sensiblement des ligues majeures. Pulsatif, groovy, accrocheur, arrangements inventifs, mélodies captivantes, ce disque est musicalement pétillant malgré les ambiances délicatement éthérées qui sont saupoudrées, ça et là, sur l’ensemble des chansons. Les morceaux anglos plus organiques se marient très bien aux chansons francos. La création abonde de titres incassables : Walls Of The World, le crescendo et l’apothéose finale de Hotel Amour, l’utilisation des steel drums et le groove imparable de Too Late, L’Homme Dans L’Automobile, l’excellente ballade acoustique mélangeant habilement électro et cordes titrée Artifacts et la prodigieuse Sourire Sincère. Bref, ça fonctionne adéquatement!

Réalisé de main de maître, des arrangements qui bonifient chacune des chansons, des ritournelles d’une efficience pop redoutable, MA est l’album d’une artiste en contrôle de son indéniable talent. Ceux qui avaient des réserves demeureront sur leurs positions. Les fans de la première heure, eux, ne seront pas déçus. De plus, de nouveaux partisans pourraient venir s’ajouter à la banque d’adeptes déjà bien garnis d’Ariane Moffatt! Une galette délectable concoctée par une musicienne de talent!

Ma note : 7/10

Ariane Moffatt
Ma
Audiogram
44 minutes

//arianemoffatt.com/nouvelles.php

Islands – A Sleep And A Forgetting

Ces jours-ci, la formation originaire de Montréal, mais déménagée à New-York, nommée Islands, lançait sa quatrième galette studio intitulée A Sleep And A Forgetting. Mené par le productif Nick Thorburn, Islands fait dans la pop orchestrale éclectique, parfois infantile, aux arrangements somptueux et grandiloquents. Sur cette dernière offrande, Islands nous offre une agréable surprise en délestant tout ce qu’il y avait de superflu et d’ostentatoire dans leur musique… pour le plus grand plaisir de mes oreilles. A Sleep And A Forgetting est le disque de la maturité pour Islands!

Inspiré par une rupture amoureuse, Nick Thorburn et sa bande ont assemblé onze chansons dépouillées et intelligibles, qui, malgré l’apparente lourdeur du thème abordé, ne tombe jamais dans l’apitoiement et le pleurnichage démesuré. Curieusement, cette œuvre est empreinte d’une tranquillité et d’une sérénité qui fait plaisir à entendre. A Sleep And A Forgetting renferme de merveilleux bijoux pop à faire saliver n’importe quel faiseur de chansons! Parmi les inégalés, je pense à This Is Not A Song, la sautillante Never Go Solo, le cha-cha-cha très «fifties» de No Crying, la cadencée Hallways, la folk Oh Maria, Cold Again et l’attendrissante Same Thing. Composée à partir d’un piano (et ça paraît), cette création est superbement vêtue d’orgues et de claviers, de motifs de guitares aux sonorités issues des années 50 et de mélodies discrètes mais inventives, le tout accompli avec une précision chirurgicale!

Avec ses structures chansonnières boursouflées, Islands pouvait parfois me laisser de marbre, mais sur ce dernier effort, la surprise est totale. Même si l’album contient une part importante de pièces sentimentales, Islands ne tombe jamais dans le piège de la mascarade émotive pénible à supporter. Le côté un peu enfantin de la musique de Islands ayant disparu permet de mettre en relief le talent supérieur de Thorburn à écrire de ravissantes chansons d’une maturité exemplaire. Les amoureux de la première heure pourraient se sentir déconcerter, mais quant à moi, A Sleep And A Forgetting pourrait faire sa niche parmi les bonnes parutions de 2012… mais attendons voir, il est encore tôt!

Ma note : 7/10

Islands
A Sleep And A Forgetting
Anti-Records
38 minutes

www.anti.com/artists/islands/

Sharon Van Etten – Tramp

Elle a fait paraitre en 2009 son premier opus titré Because I Was In Love, suivi en 2010 de Epic. Au début du mois de février dernier, Sharon Van Etten lançait sur le marché son plus récent effort intitulé Tramp. Après avoir lu de biens belles choses à son sujet, je me suis procuré la dernière offrande de la jeune dame originaire du New Jersey. Mon intérêt pour cette galette s’est bonifié en prenant connaissance de la cohorte de musiciens réputés qui ont participé activement à la création de cet album. Réalisé par Aaron Dessner de la formation The National, l’équipage de Tramp est complété par les instrumentistes suivants : Bryce Dessner (le frangin de Aaron), Zach Condon (Beirut) et Julianna Barwick.

Sharon Van Etten progresse dans un registre musical indie folk rock assez convenu, mais sur Tramp, une franche odeur de The National amène ce disque à un niveau artistique séduisant. Les trois premiers morceaux sont sublimes : la très PJ Harvey Warsaw, la monumentale ballade Give Out et la très The National Serpents. Par la suite, le disque emprunte un sentier plus «folkisant» que rock, ce qui ne diminue en rien l’envergure des chansons de Sharon Van Etten. L’intimiste Kevin’s, la presque Beirut titrée Leonard et la quasi country In Line s’enchaînent délicatement pour nous transporter vers la redoutable All I Can, caractérisée par une montée dramatique magnifiquement amplifiée par la réalisation de Dessner. D’une grande beauté! Ça se conclut avec le combo fédérateur Van Etten/Condon de We Are Fine, Magic Chords, Ask, l’éthérée bourrée de larsens de I’m Wrong et la désarmante Joke Or A Lie.

Sur Tramp, Sharon Van Etten a su s’entourer d’un réalisateur et d’un collectif d’artistes ultra compétents et imaginatifs car, il faut bien l’avouer, la jeune dame évolue dans une catégorie musicale déjà garnie de solides pointures. Avec l’aide de la splendide réalisation de Dessner, Sharon Van Etten réussit à se hisser au niveau des colosses de ce genre musical, ce qui constitue un exploit en soi, dans un marché aussi saturé que le indie folk rock. Fans de Feist, PJ Harvey, Cat Power et The National, ne faites pas la fine bouche car cette dame en vaut vraiment la peine!

Ma note : 7,5/10

Sharon Van Etten
Tramp
Jagjaguwar Records
46 minutes

sharonvanetten.com/

Lana Del Rey – Born To Die

Oui, je suis bel et bien au courant du tonitruant buzz médiatique entourant la sortie de son disque. Oui, j’ai observé sa prestation soporifique et techniquement chancelante à Saturday Night Live. Oui, je donnerai le meilleur de moi-même afin de faire un compte-rendu objectif de ce Born To Die de Lana Del Rey; album mis en marché aujourd’hui même. Lana Del Rey, de son véritable nom Elizabeth «Lizzy» Grant, est une chanteuse new-yorkaise né en 1986.

Lana Del Rey fait dans la pop orchestrale, assurément rétro et absolument radiophonique, appuyée par des rythmes électroniques et technoïdes inspirés directement du mouvement trip-hop. Information à ne pas négliger, le disque fut réalisé par Emile Haynie; l’homme derrière les albums de Eminem, Lil’Wayne et Kid Cudi… une bonne indication de l’atmosphère régnant sur cette galette.

Bon, j’ai écouté attentivement ce disque plus d’une fois en essayant d’y trouver un éclat de lumière, une inventivité, une singularité ou encore un je-ne-sais-quoi qui aurait pu me procurer un simulacre de réaction positive… mais c’est peine perdue! Ouf! Ça démarre avec Born To Die qui représente, et de loin, la ritournelle supérieure de l’album. La voix de Del Rey est presque captivante et les orchestrations, quoique conformistes, créent une atmosphère empreinte d’une belle nostalgie. Suivent Off The Races, la convenable Blue Jeans, l’assommante ballade à la Bette Midler Video Games, Diet Mountain Dew, National Anthem (introduction inspirée de Bitter Sweet Symphony des Verve), Dark Paradise (une sorte de Video Games numéro deux), et ainsi de suite, jusqu’à l’inintéressante This Is What Makes Us Girls.

Malheureusement, cette création m’a laissé de marbre, avec une perception d’entendre inlassablement la même chanson, les mêmes mélodies; l’ensemble exécuté et réalisé sans grande imagination. Linéaire, lustré, conventionnel, bourgeois et interminable, ce Born To Die est un produit pop commercial monotone, et surtout, répétitif. Ces morceaux «rétro cool» insipides sont platement chantées par une jeune bourgeoise, qui elle, fait penser aux personnages féminins, riches et névrosées, qui foisonnaient dans les romans de Francis Scott Fitzgerald. Certains trouveront que je suis sévère mais je m’attendais à beaucoup plus de la part d’une artiste soutenue par un martelage médiatique sans précédent. La vérité est que je me suis profondément ennuyé à l’écoute de cet opus… La première déception de 2012!

Ma note : 3/10

Lana Del Rey
Born To Die
Interscope Records
40 minutes

lanadelrey.com/

The Big Pink – Future This

La semaine dernière, la formation londonienne électro-pop aux accents rock nommée The Big Pink lançait sur le marché son deuxième opus intitulé Future This, qui faisait suite au populaire A Brief History Of Love. Formé de Milo Cordell et Robbie Furze, la musique de The Big Pink mélange le rock, l’électro et le pop; le tout basé sur des refrains fédérateurs qu’une foule en délire pourrait fredonner dans un gigantesque stade… Malheureusement sur Future This, la prévisibilité des mélodies ne donne pas nécessairement envie au commun des mortels de vocaliser sur les banales ritournelles de The Big Pink!

Réalisée par Paul Epworth (Adele, Bloc Party, Florence + The Machine), la deuxième offrande du duo anglais endort plus qu’elle ne dégourdit. Les chansons sont linéaires, les refrains sont fédérateurs mais facilement oubliables et les structures conventionnelles, combinées à une réalisation sans nuances, font que Future This est une création quelconque. Une perception de redite et de redondance anime l’album du début à la fin. Trop à cheval entre l’indie rock et l’électro-pop radiophonique, la musique de The Big Pink manque cruellement d’identité artistique pour plaire à mes aventureuses oreilles. Quelques chansons ont attiré mon attention. Je pense à Stay Gold, Hit The Ground (Superman) et Give It Up; mais pour ce qui est du reste…

Tout est lisse, léché, farouchement conservateur et la réalisation ronflante de Paul Epworth n’est pas étrangère à cet état de fait. Le duo Cordell/Furze est tout à fait en mesure d’écrire de bonnes chansons pop, mais malgré tous les efforts consentis à séduire, ce n’est manifestement pas suffisant pour créer un intérêt soutenu pour ce disque. Future This est un modèle parfait de disque superbement enrobé, contenant très peu d’instants valables, et surtout, aucune chanson réellement captivante. Puisque The Big Pink ne possède pas le talent brut d’un Primal Scream, par exemple, le tandem anglais doit alors compenser par une imagination débordante et une créativité hors du commun et sur Future This, ces attributs sont visiblement défaillants. Meilleure chance la prochaine fois!

Ma note : 4/10

The Big Pink
Future This
4AD
45 minutes

musicfromthebigpink.com