Pop Archives - Page 69 sur 79 - Le Canal Auditif

Bat For Lashes – The Haunted Man

Bat For Lashes est le pseudonyme de l’auteure-compositrice-interprète anglaise Natasha Khan. Méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique, la jeune musicienne a vu ses deux premiers albums être nominés au prestigieux prix Mercury. Alors que le dernier effort, Two Suns, incorporait plus d’effets dans la voix de Khan, The Haunted Man nous offre une mise à nue. La pochette de l’album en est une belle représentation : la jeune femme en tenue d’Ève, dénuée de tout maquillage portant un homme en tenue d’Adam sur ses épaules.

The Haunted Man est frappé par cet effort d’enlever des couches. Une sobriété teinte l’ensemble de l’œuvre, ce qui n’exclut pas certains emportements. La puissance de la voix de Bat For Lashes est surprenante, par moments, elle dérive vers le ciel, créant une atmosphère unique, intime et grandiose à la fois. On a l’impression de participer à une discussion avec l’artiste qui nous livre ses pensées sur l’amour et aussi sur l’histoire de sa famille plutôt particulière : son père à quitté abruptement le Pakistan alors qu’elle avait onze ans, il était l’entraîneur de l’équipe nationale de squash. Il est aussi l’entraîneur de son cousin Jahangir Khan, six fois champion du monde en squash, qui, en quelque sorte, représente l’équivalent d’un Tiger Woods ou d’un Guy Lafleur! On voit que l’idée de dépassement est bien implantée dans la famille et Bat For Lashes n’y échappe pas.

The Haunted Man s’entame sur Lilies, tout en douceur qui nous entraîne à la dérive vers le monde de la jeune multi-instrumentiste. Puis, All Your Gold et ses rythmes accrocheurs, et surtout avec la voix de Khan, qui même lors d’envolée donne l’impression d’entendre d’un lion en cage; une voix habitée et sensuelle. Parmi les autres titres importants, il y a la mystérieuse Horses Of The Sun de même que la belle et touchante Laura. La pièce titre de l’opus nous fait bien voir la maîtrise du talent de compositrice de la jeune femme. Elle sait incorporer des instruments à sa musique avec une subtilité désarmante.

Bref, Natasha Khan nous offre un autre opus de qualité qui réjouira les fans d’électro-pop. La sensualité et la portée de sa voix ont de quoi séduire rapidement. The Haunted Man est un album admirablement composé qui démontre la force d’une subtilité bien placée.

Ma note : 8/10

Bat For Lashes
The Haunted Man
Capitol / Parlophone
52 minutes

www.batforlashes.com/

Aimee Mann – Charmer

Retour sur disque après quatre ans d’absence pour celle qui nous avait concocté un pas vilain du tout @#%&*! Smilers, en 2008. Cette fois, Aimee Mann cogne à la porte avec son Charmer, annonçant une visite connue et familière. Pas de surprise, donc, sur le huitième album de celle qu’on a découverte en 1999 sur la trame sonore du film Magnolia, de Paul Thomas Anderson. Si on fait abstraction de ses premiers pas musicaux dans les années 1990, le son de l’artiste américaine est depuis près d’une quinzaine d’années bien ancré dans une pop-rock convenue, et ce nouvel opus ne fait pas exception.

Sur Charmer, on retrouve donc – encore – cette voix chaude et basse qui caractérise la vocalise d’Aimee Mann. Elle est accompagnée par une base soutenue, quelques notes de piano, des claviers sortis des années 1970 et par des guitares électriques qui, soulignons-le, prennent davantage d’importance que sur les albums précédents. Les fans de la chanteuse relèveront rapidement cette différence sonore. Pour les autres, ceux qui écoutent irrégulièrement la musique de l’américaine, ce disque s’inscrira plutôt dans une continuité sonore somme toute académique.

Côté texte, Aimee Mann a toujours porté un regard assez cynique et dramatique sur les relations humaines, et elle le fait encore ici. Par contre, elle y ajoute une petite pointe d’humour noire intéressante, bonifiant au passage les histoires qu’elle nous raconte. On pense à celle de ce type qui ne peut sortir qu’avec des filles provenant de Crazytown (titre de la chanson), cette contrée où les femmes sont toutes très belles, mais surtout très folles, voulant attirer à tout prix l’attention des hommes, devenant hystériques en public quand elles n’ont pas ce qu’elles veulent.

Ou encore à cette rencontre, sur la chanson titre, avec un homme «charmant», qui, au départ, séduit par ses belles paroles et avec qui vous voulez tout partager… jusqu’à ce que vous vous rendiez compte qu’il a toujours besoin d’un auditoire à séduire, d’être vu et reconnu comme «le bon gars» que tout le monde aime. Fatiguant!

Au final, ce Charmer ne surprend guère et marque une continuité dans le travail artistique d’Aimee Mann. Normal! Celle qui a maintenant 52 ans sait ce qu’elle est, connait ses limites, son style et ce qu’elle peut offrir. Elle est ici en pleine maîtrise de ses atouts.

Ma note : 6,5/10

Aimee Mann
Charmer
Super Ego Records
42 minutes

www.aimeemann.com/

Thus:Owls – Harbours

Au début du mois d’octobre, la formation canado-suédoise Thus:Owls y allait de sa deuxième offrande intitulée Harbours; disque qui fait suite au très respecté Cardiac Malformations paru en 2009. Thus:Owls est formé par le couple Erika et Simon Angell. La moitié masculine du couple est bien connu pour son jeu de guitare créatif avec Patrick Watson. Le quintette conçoit une pop inventive, alliant le folk à la musique expérimentale. Les arrangements singuliers, les structures chansonnières audacieuses réunis à la magnifique voix d’Erika Angell donne un résultat étonnant, loin d’être dépourvu de fraîcheur.

Si Cardiac Malformations avait enthousiasmé la critique, qu’en est-il de ce Harbours? D’entrée de jeu, cet effort constitue sans aucun doute la suite logique de la précédente tentative. Toujours cette musique inspirée des grands espaces et qui pourrait aisément servir de trame sonore à une création cinématographique. Des chansons ensorcelantes transportées par de magnifiques orchestrations de cordes et de cuivres, appuyés par un jeu de piano sobre mais efficace, de même par des guitares ingénieuses, parfois dissonantes, gracieuseté de Simon Angell, et finalement, par des percussions accentuant les superbes crescendos crées par le groupe. L’ensemble est couronné par la voix envoûtante de la moitié féminine du tandem amoureux.

Évoquant les blizzards, les amas de neige, la froidure et la solitude réconfortante, la musique du couple Angell est loin de souffrir d’un manque de sensibilité… bien au contraire! Malgré le profil délicatement déconstruit et discordant des ritournelles se révélant sur Harbours, la création demeure intelligible et accessible. Neuf chansons de qualité supérieure qui viennent entériner l’énorme potentiel de Thus:Owls. Parmi mes préférées, j’ai remarqué l’inharmonique Island, les percussions et les claviers enfiévrant Museum, la folk orchestrale titrée I Weed The Garden, le crescendo final de When They Fight, la magnifique ballade pianistique intitulée It’s Gone Now, la captivante mélodie animant The Tree et la langoureuse Roots. Bref, un excellent opus qui remplit les promesses formulées par Cardiac Malformations!

Voilà un album pop résolument contemporain colossalement chanté par Erika Angell; des inflexions vocales qui rappellent celles de Beth Gibbons des britishs Portishead. Avec cette conception sonore, la bande de Thus:Owls confirme fermement leur intention d’accéder aux plus hautes sphères de la pop arty, avant-gardiste et de bon goût. Pas encore le chef-d’œuvre anticipé, mais c’est un disque brillant qui mérite plus que la confidentialité dont il est victime depuis sa sortie. En toute sincérité, ce groupe semble vouer à un brillant avenir. Les adeptes de Patrick Watson y trouveront assurément leur compte. Ravissant!

Ma note : 7,5/10

Thus:Owls
Harbours
Avalanche Productions
45 minutes

thusowls.com/

Martha Wainwright – Come Home To Mama

Martha Wainwright, sœur de vous savez qui, et membre de l’illustre famille McGarrigle/Wainwright lançait hier son quatrième album studio intitulé Come Home To Mama. Enregistré au studio de Sean Lennon, qui est le fils de vous savez qui, et réalisé par Yuka Honda (Cibo Matto, Sean Lennon), Come Home To Mama est agrémenté de solides musiciens tels que l’impérial guitariste de Wilco, Nels Cline, de même que le batteur de la formation rock australienne Dirty Three, Jim White.

Après un premier disque fort prisé par la critique et paru en 2005, la dame nous a offert le très accessible I Know That You’re Married But I’ve Got Feelings To et Sans Souliers, Ni Fusils à Paris qui constituait une relecture bien personnelle des classiques d’Édith Piaf. Sur cette quatrième offrande, Martha Wainwright demeure intelligible, mise énergiquement sur l’émotivité et sur son talent indéniable d’interprète. Un album qui explore différents styles musicaux et ambiances, passant du rock, au folk et de l’électro, au pop dansant; ce qui laisse transparaître un léger manque de cohérence au niveau de la direction artistique. Le décès de la légendaire Kate McGarrigle en janvier 2010 vient teinter fortement les textes et les atmosphères qui prévalent sur cette création.

Les six premières chansons laissent présager au chef-d’œuvre pop tant les morceaux offerts par Martha Wainwright sont d’un niveau inégalé. Que ce soit la légèrement dissonante I Am Sorry, la folk-rock captivante Can You Believe It?, le changement de rythme agréablement surprenant dans Radio Star, les brillants arrangements de claviers dans Leave Behind et l’absorbante électro-pop titrée Four Black Sheep; ces pièces sont sans aucun doute parmi les meilleures du corpus chansonnier de Wainwright.

Ça se gâte passablement par la suite avec la soul-pop Some People, la bondissante et quelconque I Wanna Make An Arrest et la ballade All Your Clothes. Qu’à cela ne tienne, la montréalaise y va d’une exécution d’anthologie, d’un morceau écrit et composé par sa mère. qui s’intitule Proserpina. Je mets au défi quiconque de ne pas verser une larme lors de l’écoute de cette émouvante interprétation. Une grande chanson exécutée, chantée et orchestrée à la perfection. Sans mot! Un bijou!

Come Home To Mama est un album de cœur et d’âme qui, sans représenter un monument, constitue un pas dans la bonne direction pour Martha Wainwright. Cette magnifique jeune femme possède tout le talent pour passer aux ligues majeures de l’écriture chansonnière; de se transmuter de compositrice talentueuse et respectée, en grande pointure du songwriting nord-américain. Un peu plus de risques dans la réalisation, des compositions moins classiques et conservatrices, davantage d’expérimentations sonores et elle y arrivera. En attendant, ne boudez pas votre plaisir, cette galette est fort comestible. Vous pouvez l’écouter et y revenir sans embarras!

Ma note : 7/10

Martha Wainwright
Come Home To Mama
Maple Music Recordings
38 Minutes

www.marthawainwright.com/

The Loodies – Edgy Ground

Au mois de septembre dernier, le quintette montréalais The Loodies mettait sur le marché son premier album intitulé Edgy Ground. Mené par le principal compositeur de la formation Ludovic Alarie, The Loodies crée une folk-pop orchestrale fortement teintée de l’univers musical appartenant à Arcade Fire et Patrick Watson… et les deux hommes derrière ce Edgy Ground, les réalisateurs Howard Bilerman (Arcade Fire) et Jace Lasek (The Besnard Lakes, Patrick Watson), ne sont pas étrangers à cet état de fait.

Au menu, un quatuor à cordes, des structures chansonnières opérantes, des mélodies inventives, d’assez bonnes idées au niveau des arrangements et une exécution irréprochable; car ces jeunes musiciens détiennent une excellente maîtrise de leurs instruments respectifs. Donc, The Loodies offre une pop léchée, duveteuse et intelligible… presque trop raffinée pour mes oreilles en quête de sensations fortes.

Malgré le talent indéniable qui habite ces créateurs, je me suis senti en mode «expectative» tout au long de l’écoute de ce disque. En attente de quoi au juste? En attente du grand frisson, de l’explosion sonore qui procure de grandes secousses et sur Edgy Ground cette poussée d’adrénaline musicale est à toute fin pratique absente. À mon humble avis, lorsque un jeune groupe aspire à évoluer dans une sphère musicale occupée par d’aussi grandes pointures (Watson, Arcade Fire etc…), il faut injecter une grande dose d’émotivité et d’interprétation bien sentie à la musique conçue. Malheureusement, sur cette première création, l’émotion est défaillante.

Une prise de risque plus accrue au niveau de la réalisation, des excès sonores dissonants, moins de douceur et de gentillesse dans la livraison de ces chansons auraient permis aux Loodies de passer à un échelon supérieur. Qu’à cela ne tienne, quelques pièces ont retenu suavement mon attention; je pense à la piste d’ouverture de l’album titrée Hidden Youth, l’excellente progression d’accord dans Hour Wolf, les guitares électriques enfiévrant Coline, la folk-pop Night Walk et les agissantes guitares dans la finale de Black Waves.

Honnêtement, ce Edgy Ground constitue une bonne première offrande pour la formation montréalaise dans la force de l’âge. Même si la musique ne frappe pas la cible à tout coup, The Loodies détient un potentiel certain qui en est à ses premiers balbutiements; mais ce groupe devra apprendre à s’éclater, à se laisser aller, à se dégourdir un peu plus afin de secouer l’appareil auditif des mélomanes avisés. Ces artistes en sont assurément capables! Ça demeure quand même du bon travail savamment accompli.

Ma note : 6/10

The Loodies
Edgy Ground
Indica Records
36 minutes

www.theloodies.com/