Pop Archives - Page 68 sur 72 - Le Canal Auditif

M. Ward – A Wasteland Companion

La semaine dernière le troubadour Matthew Stephen Ward mettait sur le marché sa huitième offrande intitulée A Wasteland Companion. M. Ward est né en 1973 à Portland, ville située dans l’état de l’Oregon. L’auteur-compositeur-interprête crée des chansons qui se catégorisent dans un registre nettement folk, ornementées de guitares rock et qui demeurent assez saisissables pour les mélomanes épris de musique pop. En 2011, il avait fait paraître l’album A Very She & Him Christmas, en duo avec la comédienne Zooey Deschanel; disque qui avait reçu sa part de critiques élogieuses.

Qu’en est-il de ce A Wasteland Companion? Ce qui frappe aux premières auditions, c’est le penchant plus accentué et assumé de M. Ward pour un univers musical plus intelligible autant au niveau des arrangements que des constructions chansonnières. Plus simples, moins labyrinthiques, les chansons gagnent en efficacité comparativement aux réalisations précédentes du musicien. Primitive Girl, Me And My Shadow, Sweetheart (les deux dernières en duo avec Miss Deschanel) et le country rock de I Get Ideas en sont de parfaits modèles.

Mais notre homme n’a pas complètement mis au rancart, ce folk à la Nick Drake, astucieusement rehaussé d’orchestrations tortueuses, et à d’autres moments somptueuses. Les sonorités issues de la plus pure tradition folk et rock combinées à certaines expériences musicales sont toujours en vigueur dans les ritournelles de M. Ward. Clean State, la folk bleusy qui se transporte dans une atmosphère austère nommée A Wasteland Companion, le dépouillement de There’s A Key, la pianistique Crawl After You et Wild Goose constituent d’excellents exemples.

Malgré le virage lumineux que M. Ward emprunte sur cet opus, l’ensemble demeure dégarni, opaque et mystérieux. Ceux qui connaissent bien l’artiste ne seront pas stupéfaits. Le songwriter reste stable, pertinent et conséquent dans sa démarche et conserve sa signature musicale intacte. Même si cette création manque à l’occasion de mordant mélodique, il n’en demeure pas moins que A Wasteland Companion est un disque satisfaisant. Les amateurs d’un Beck ou encore d’un Eels en format folk-rock auront un faible pour cet opus. Sans bavure!

Ma note : 7/10

M. Ward
A Wasteland Companion
Merge Records
39 minutes

//mwardmusic.com/

Bear In Heaven – I Love You, It’s Cool

La formation basée à Brooklyn répondant au nom de Bear In Heaven faisait paraître récemment son troisième album intitulé I Love You, It’s Cool. Formé de Jon Philpot (chant, guitares, claviers), Joe Stickney (batterie), Adam Wills (guitares et basse) et de Sadek Bazaara (basse et claviers), Bear In Heaven crée une musique qui concilie le rock, le psychédélisme, la musique électronique et le krautrock. L’ensemble revendique, entre autres, le groupe Talk Talk comme ascendant musical.

Fait à noter, les membres de Bear In Heaven sont particulièrement familiers avec les expérimentations sonores. En effet, l’album était disponible sur le site web du groupe en version «drone» (ralentie à 400 000 pour cent) quelques jours avant sa sortie officielle. Ce disque, qui dans sa mouture standard dure environ 45 minutes, pouvait perdurer autour de 2700 heures en version hyper lente. Beaucoup de temps perdu mais bon…

Même si ces new-yorkais adorent brouiller les pistes, il n’en demeure pas moins que I Love You, It’s Cool est une création franchement pop qui rappelle parfois The Cure, souvent Animal Collective, mais en beaucoup moins rythmé, le tout chapeauté d’une voix évoquant Ian Brown des Stone Roses. Parmi les morceaux pop aboutis, il y a la très New Order nommée Idle Heart et l’entraînante ritournelle aux claviers hardiment eighties titrée The Reflection Of You.

Mais c’est lorsque Bear In Heaven emprunte des sentiers musicaux inexplorés que la création prend du galon; surtout au niveau de l’originalité des compositions offertes sur cet opus. Je pense à la pièce maîtresse de ce disque, la captivante Sinful Nature qui se conclut dans un vacarme électronique tonitruant. Fort intéressant! Je pense également à la cadencée aux rythmes tribaux nommée Space Remains et à l’expérimentale à l’ambiance éthérée intitulée Sweetness & Sickness.

Sans être un chef-d’œuvre incendiaire, cette création a eu le mérite de m’avoir transporté dans un univers irréaliste, amalgamant habilement la pop et la musique électronique au psychédélisme affirmé. Malgré les chansons quelconques qui habitent ça et là cette oeuvre, je suis demeuré captif du début à la fin. Cette réalisation a constitué une surprise assez sympathique pour mes oreilles. Les fanatiques de pop psychédélique aux accents post new-wave sauront sans doute reconnaître l’ours se révélant dans ce firmament flou!

Ma note : 6,5/10

Bear In Heaven
I Love You, It’s Cool
Hometapes
42 minutes

bearinheaven.com/

Half Moon Run – Dark Eyes

Le trio montréalais d’adoption nommé Half Moon Run, qui a fait sensation lors de la plus récente édition du très prisé festival South By Southwest, faisait paraître ces jours-ci, son premier album intitulé Dark Eyes. Formé de Dylan Phllips (pianiste et percussionniste), Devon Partielje (guitariste et claviériste) et Conner Molander (guitariste et multi-instrumentiste), Half Moon Run malaxe le folk, le rock, le pop et saupoudre sa recette musicale de pincées de soul et de rythmes électroniques.

Les mélomanes avertis y décèleront des prépondérances sonores allant de la plus prédominante en Radiohead, en passant par Patrick Watson et Jeff Buckley. Il va s’en dire que les friands d’harmonies vocales fédératrices seront servis à souhait, car ces jeunes musiciens possèdent une force de frappe exemplaire lorsqu’ils s’appliquent à unir avec élégance leurs trois voix. Les constructions chansonnières, semblent juste assez audacieuses pour être considérées comme inventives.

L’opus renferme sa part de morceaux de choix. Je fais référence à la piste d’ouverture Full Circle, à la très Jeff Buckley intitulée No More Losing The War, à Drug You qui fait modérément penser à Animal Collective et à l’émouvante Fire Escape. En contrepartie, Dark Eyes contient d’irritants pastiches de la bande à Thom Yorke représentés par Give Up et 21 Gun Salute; la première évoquant la pièce Reckoner tirée de l’album In Rainbows, la deuxième remémorant le maniérisme vocale du leader de la légendaire formation britannique… et finalement, Half Moon Run nous présente deux ritournelles insipides aux intonations soul titrées Judgment et Nerve.

La réalisation conservatrice, lustrée et linéaire empêche ces chansons de s’élever au-dessus de la mêlée. Un brin de folie musicale, quelques fioritures sonores imparfaites et un mixage anticonformiste auraient amené ce Dark Eyes à un niveau créatif supérieur. Qu’à cela ne tienne, Half Moon Run est une formation remplie de promesses, possédant un potentiel flagrant, qui aura pour tâche de se distancier de ses influences musicales trop évidentes et qui devra trouver le moyen de colorer singulièrement la réalisation de leur prochaine offrande. Un groupe qu’il faudra garder à l’œil!

Ma note : 6/10

Half Moon Run
Dark Eyes
Indica Records
40 minutes

halfmoonrun.indica.mu/fr/

The Shins – Port Of Morrow

Formée en 1997 à Albuquerque dans l’état du Nouveau-Mexique, la formation américaine The Shins, menée par l’excellent chanteur James Mercer, lançait mardi dernier, sa quatrième offrande nommée Port Of Morrow. Disque qui fait suite à l’acclamé Wincing The Night Away paru en 2007 et au fort intéressant projet Broken Bells (en duo avec Danger Mouse) révélé en 2010. The Shins est un groupe franchement pop, qui flirte parfois avec le rock, à certains moments avec le country, et qui ornemente ses chansons de quelques claviers aux sonorités issues des années 70 et 80.

D’entrée de jeu, ce qui frappe à l’écoute de Port Of Morrow est sans contredit le mixage à l’avant-plan de la voix de Mercer qui rappelle la plupart des créations musicales de nos faiseurs de chansons d’ici… Je comprends que le leader des Shins chante divinement bien mais pas au point d’écraser outrageusement l’instrumentation! Dérangeant! De plus, la réalisation trop irréprochable, surtout pantouflarde; qui aurait mérité quelques souillures sonores, laisse une impression de conformisme soporifique.

En ce qui concerne les chansons, ces titres sont tellement impeccables, confortables, soigneusement arrangés et habilement construits que j’ai perdu mon précieux temps à patienter, en souhaitant ardemment qu’un soubresaut sonore, ou encore qu’un moment d’émotion intense fasse irruption. Une obsession de perfection caractérisée par la monotonie traverse ce disque du début à la fin. Irritant! De marbre tout au long de l’audition, j’ai à peine broncher à quelques rares exceptions; entre autres, à la pièce titre Port Of Morrow, la folk country For A Fool et peut-être It’s Only Life

Port Of Morrow est un opus convenable, gentil, propret, assemblant des morceaux conformes à la norme comme si The Shins avait remplacé le labeur qui catalyse l’inspiration, par l’option «pilote automatique». Ce qui vient sauver la mise est l’indéniable talent de mélodiste que possède James Mercer, sans quoi cette création serait vite reléguée aux oubliettes. Un disque décevant compte tenu de la compétence éprouvée et de la réputation pratiquement sans tache des Shins, à concocter des petites merveilles de ritournelles pop. Vraiment dommage!

Ma note : 5/10

The Shins
Port Of Morrow
Columbia Records/Aural Apothecary
40 minutes

www.theshins.com/ca/portofmorrow

Fanfarlo – Rooms Filled With Light

Deuxième album pour le groupe anglais Fanfarlo, dirigé par le suédois Simon Balthazar. Après Reservoir en 2009, voici sa suite logique, Rooms Filled With Light, un album lumineux certes, mais où on en ressort complètement mouillé de cette pluie instrumentale qui s’abat dans chaque recoin des pièces musicales que constitue cet essai musical post-Arcade Fire.

Car oui, l’influence du groupe montréalais se fait sentir dans les structures enregistrées et opérées par Fanfarlo. Intro au violon, double voix saccadée, batterie en contre, arrangements violon – guitare – piano sucrés, changements de tempo nombreux et attendus, chœur féminin enrichissant l’arrière-plan sonore. On n’en sort pas : le feu arcadien y est (on peut d’ailleurs confondre sur la pièce Tightrope). Mais il y a un plus, heureusement, qui élimine cette idée de la pâle copie et donne une saveur différente et recherchée à ce Rooms Filled With Light.

Il faut oui, être attentif et avoir le canal auditif bien nettoyé pour apprécier les subtilités ajoutées par Balthazar et sa gang. Quoique certaines sont plus évidentes que d’autres, comme ces trompettes, d’abord en sourdine, puis à profusion (Lenslife, troisième pièce, en est l’exemple parfait, d’une efficacité probante) et ces bruits et autres sonorités bizarroïdes dignes du groupe Spoon.

En tendant l’oreille, on décèle les sonorités de nombreux instruments, omniprésents partout, de la première à la douzième chanson. Du xylophone, de la mandoline, du violon-scie, du glockenspiel, du mélodica, des claviers, des sifflements, de la clarinette, des cymbales et même des maracas tombent dans nos oreilles.

Au final, Rooms Filled With Light, enregistré par Ben H. Allen (Deerhunter, Animal Collective) se veut un album lumineux et enjoué, qui mélange les genres et influences et qui n’a pas peur de faire saucette à différentes époques musicales (celle de Buddy Holly sur Feathers; celle des claviers des années 80 sur Dig) avec un grand et évident plaisir.

Il y a bien quelques faiblesses sur cet album, comme ce tempo trop lent enregistré sur Tunguska, ou encore cette carte d’entrée trop saccadée à notre goût côté violon qu’est Replicate. Outre ces faux pas (mais en sont-ils vraiment?) il est évident que les anglos-suédois ont réussi à surpasser le premier jet de 2009. Faudra maintenant les compter sur la carte pop-alternative, au même titre que le célèbre groupe de Montréal.

Ma note : 8/10

Fanfarlo
Rooms Filled With Light
Atlantic Records
45 minutes

www.fanfarlo.com/