Pop Archives - Page 68 sur 79 - Le Canal Auditif

Porcelaine – La foire aux animaux

Porcelaine est une formation québécoise composée de Mélanie Scala à la voix, Simon Bédard à la guitare, Jean-François De Bellefeuille aux claviers et au piano, Maude Langevin-Charlebois à la flûte, David Valentine à la basse et Joseph Perrault à la batterie. Le groupe offre une pop aux accents mélancoliques, aux mélodies accrocheuses avec quelques touches psychédéliques. Paru au mois de mai dernier, La foire aux animaux est leur premier album en carrière.

Il faut dire que c’est très pop et convenu et que ce ne l’est pas en même temps. Alors que certaines pièces nous laissent une impression de déjà-vu, il y a sur l’opus des petites merveilles de compositions mélodiques. Porcelaine utilise beaucoup les effets de réverbération et les chœurs, qui parfois sonnent mièvres, et parfois au contraire viennent appuyer les mélodies d’une juste et douce force. Il faut leur donner le mérite de chercher à sortir des sentiers battus.

Alors que Ange commence sur une introduction plutôt psychédélique, la mélodie qui suit est très convenue, tout comme la deuxième piste intitulée Machin & Machine… mais la formation change le tout à partir de la troisième piste titrée Mystère où la voix de Mélanie Scala est habitée d’une émotivité plus grande que nature. La guitare est nuancée et les chœurs somptueux. Langue de Bois et la flûte enchanteresse de Maude Langevin-Charlebois est enivrante. Le refrain est accrocheur et les percussions amènent un zeste d’exotisme qui se fond à merveille dans l’ensemble. Rose et Œuf de Corbeau démontre que le minimalisme est gagnant pour Porcelaine. Touchant et vibrant!

Voilà une jeune formation bien intéressante qui sera à suivre au cours des prochaines années. Bien qu’inégal La foire aux animaux mérite le détour et une oreille attentive. Amateurs de pop, vous trouverez les mélodies vocales de Mélanie Scala suave et plaisante pour l’appareil auditif. Les côtés psychédéliques et ambiants du groupe ont aussi de quoi charmer!

Ma note : 6.5/10

Porcelaine
La foire aux animaux
Grosse Tortue
44 minutes

www.porcelaine.ca

Seapony – Falling

Seapony est né en 2010 lorsque Danny Rowland est re-déménagé à Seattle avec sa copine et futur chanteuse du groupe, Jen Weidl. Le couple a ensuite rencontré Ian Brewer, ami de longue date de Rowland, et ainsi, Seapony est né. Faisant une dream pop douce et inoffensive, le trio a lancé en septembre dernier son deuxième opus titré Falling.

Cet album s’inscrit définitivement dans une dream pop plutôt langoureuse. La voix de Weidl accentue cette tendance par son style vocal léger et aérien qui semble sorti tout droit d’un monde où les licornes et les fées sont monnaies courantes. Si leur capacité à composer des mélodies suaves et entraînantes n’est pas à questionner, une certaine redondance est définitivement présente sur l’opus. Si l’auditeur ne prête pas une oreille suffisamment attentive, il aura tendance à ne plus savoir exactement à quelle chanson il est rendu, et se retrouver est un défi de quelques secondes, étant donné la ressemblance des morceaux. Par contre, le groupe se permet quelques excentricités : une petite guitare fuzzée par-ci, un petit échantillonnage bizarre par-là. Cependant, ce n’est pas suffisant pour briser l’effet de répétition des mélodies coulées dans la même matière, un brin rose bonbon.

Du côté des bons coups, celui d’avoir inclus une vraie batterie plutôt qu’une batterie électronique est à noter. Outside constitue un bel exemple. De plus, cette ritournelle donne la chance d’entendre une guitare armée d’un beau fuzz chaud et envoutant. Si Falling semble se complaire dans la tristesse, What You Wanted et Be Alone présente des mélodies captivantes qui aèrent l’opus. Notons la psychédélique Sunlight où la voix de Weidl, toujours armée de sa réverbération habituelle, prend une nouvelle dimension lorsqu’elle est appuyée par une guitare acoustique simple, et une autre électrique qui rehausse habilement l’ensemble. De plus, la sympathique Prove To Me arrachera sans doute quelques tapements de pieds à l’auditeur.

Bref, voilà un album bien gentil… trop même! Bien qu’à la première écoute Falling semble accrocheur, on a rapidement fait le tour et les mélodies, un peu trop semblables l’une à l’autre, donnent l’impression de tourner en rond. Ça demeure quand même un remède correct à la grisaille de novembre!

Ma note : 6/10

Seapony
Falling
Hardly Art
36 minutes

//seapony.bandcamp.com/

The Luyas – Animator

Il y a quelques temps déjà, le quintette montréalais The Luyas mettait sur le marché son troisième album intitulé Animator. Assemblée autour de la chanteuse Jessie Stein, la formation est complétée par Pietro Amato au cor français, Stefan Schneider aux percussions, Sarah Neufeld au violon et de Mathieu Charbonneau aux guitares et au Wurlitzer. Fait à noter, Jessie Stein, en plus de s’occuper aux guitares, s’exécute à la cithare électrique. Donc, voilà un ensemble musical qui crée une pop résolument contemporaine, incorporant des sonorités singulières. Le précédent effort paru l’année dernière avait reçu un accueil favorable. Qu’en est-il de ce Animator?

D’entrée de jeu, cette offrande a été crée dans un contexte particulier puisque le groupe a appris la perte d’un être cher juste avant l’enregistrement. Pas besoin de vous dire que cette disparition est venue teinter fortement l’atmosphère de ce Animator. Au menu, de nombreuses couches de smog sonore, des violons, des cuivres, de la cithare électrique, des guitares parfois folk, à d’autres moments électriques, des percussions sobres mais efficaces, l’ensemble agrémenté de la voix doucement soufflée par la chanteuse des Luyas.

C’est cette contraction entre les mélodies modulées par Stein et cette musique de chambre exécutée par des musiciens fort doués qui tient lieu de principale force d’attraction de ce disque. D’une grande beauté, duveteux, d’un raffinement supérieur, juste assez vulnérable, ce Animator est l’œuvre d’une formation talentueuse… qui a un tant soit peu oublié de concevoir des mélodies inventives et accrocheuses, ce qui conditionne l’auditeur à un engourdissement auditif perpétuel. Pas nécessairement soporifique, mais certainement pas captivant. Bref, d’une intellectualité linéaire!

Quelques morceaux ont su retenir notre attention, que ce soit la progressive Montuno, la rock éthérée Fifty Fifty, la très Blonde Redhead titrée Face, la folk dépouillée et vaporeuse Talking Mountains et l’électro minimaliste Channelling. Quand les Luyas s’enfoncent dans des extravagances cérébrales aux accents électroniques et que l’aspect mélodique des chansons sombre dans la négligence, la musique des montréalais perd grandement de son effet. Ici, nous faisons référence à Your Name’s Mostly Water, Earth Turner et Traces; tous des chansons quelconques manquant de mordant.

Sans être une conception sonore atroce, nous étions en droit de nous attendre à un meilleur rendement de la part des Luyas, car sans l’ombre d’une doute, ce groupe possède tous les outils nécessaires à la création d’une oeuvre musicale de grande envergure. Clairement, ce Animator ne lève pas… Les fanatiques d’un Blonde Redhead immatériel devraient apprécier mais les mélomanes avides d’explosions sonores ou encore de mélodies prenantes pourraient s’ennuyer sérieusement.

Ma note : 5,5/10

The Luyas
Animator
Paper Bag Records
46 minutes

paperbagrecords.com/artists/the-luyas

The Mynabirds – Generals

Après le petit bijou de soul pop que représentait le précédent effort intitulé What We Lose In Fire We Gain In Flood paru en 2010, la formation The Mynabirds faisait paraître au printemps dernier Generals. Mené par la charmante Laura Burhenn, le groupe basé à Omaha dans l’état du Nebraska, donne dans une pop aux ascendants autant blues que soul et la bande a déjà fait la première partie du respecté David Bazan, de même que les tout aussi admirés Bright Eyes. En toute honnêteté, The Mynabirds constitue un projet porté en quasi totalité par Laura Burhenn et le réalisateur attitré Richard Swift.

Donc, la dame est de retour avec un album éminemment engagé dans lequel la compositrice a puisé son inspiration au regard d’une photographie de Richard Avedon titré Generals of the Daughters of the American Revolution. Sur Generals, elle exprime de manière éloquente l’esprit contradictoire qui anime ses compatriotes états-uniens lorsqu’il est question de la notion de changement. La plage qui ouvre la création et intitulée Karma Debt en est un parfait exemple : « We hold our horns like credit cards/And hope to pay the rent ».

Musicalement, c’est une conception sonore, qui à prime abord, pourrait paraître conventionnelle aux oreilles aventureuses, mais lorsqu’on prête attention aux subtils arrangements concoctés par Swift et Burhenn, on s’aperçoit assez rapidement que ces deux créateurs pop détiennent un talent certain. Rares sont les musiciens capables de composer efficacement des chansons accessibles sans pour autant diluer le message véhiculé. Voilà une œuvre sincère, engagée; « une pop féministe » dans le sens le plus noble du terme… un disque sérieux et pertinent qui demeure foncièrement intelligible.

L’album se colore en deux teintes : une charge polémique sentie dans les deux premiers tiers de l’album et les quatre dernières ritournelles, dans un registre électro-pop, qui réconforte et donne de l’espoir. Parmi les plus méritoires, j’ai remarqué la rentre-dedans nommée Karma Debt, la belliqueuse Wolf Mother, les pop-rock Generals et Radiator Sister, la ballade Mightier Than The Sword et la très soul Greatest Revenge. En revanche, nos oreilles ont rechigné à l’écoute des très électro-pop Body Of Work et Disarm.

Même si Generals flirte singulièrement avec une musique populaire assez conservatrice, le propos évoqué sur cet opus apporte une solide dose de crédibilité à un création qui pourrait parfois agacer par ses tics racoleurs. Magnifiquement réalisé, efficacement exécuté, chanté avec conviction et justesse par Burhenn, ce Generals est un disque très satisfaisant. En contrepartie, The Mynabirds devra trouver le moyen de se démarquer de ses antagonistes (Florence + The Machine et Lykke Li entre autres), en explorant de nouvelles avenues audacieuses; peut-être que le salut réside dans une écriture chansonnière un peu plus labyrinthique et abrasive qui sait? Qu’à cela ne tienne, Generals est un disque qui vaut le détour.

Ma note : 7/10

The Mynabirds
Generals
Saddle Creek
37 minutes

themynabirds.com/

John Cale – Shifty Adventures In Nookie Wood

Le canonisé artiste originaire du Pays de Galles et illustre fondateur du légendaire Velvet Underground, John Cale, lançait, il y a quelques temps déjà, son énième album intitulé Shifty Adventures In Nookie Wood. Connu pour son travail aux allures rock, le vétéran a également flirté par le passé avec la musique classique et expérimentale. Quelques œuvres majeures viennent chapeauter son portfolio sonore, tel que le superbe Paris 1919 et la trilogie Fear, Slow Dazzle et Helen Of Troy, tous parus au début des seventies.

Voilà le vénérable créateur âgé de soixante-dix ans de retour avec une nouvelle création minaudant vigoureusement avec les sonorités électroniques, alliées à des compositions résolument accessibles. Première impression frappante : la voix de Cale surprend par sa rondeur, sa justesse et son acuité. À cet âge, rares sont les chanteurs en mesure d’interpréter avec autant d’assurance. Bravo!

Par contre, les morceaux assemblés sur ce Shifty Adventures In Nookie Wood surprennent par leurs nombreux ascendants électro-pop. Dans notre cas, est-ce une question de conditionnement auditif compte tenu que nous sommes plutôt accoutumés à entendre John Cale dans un format beaucoup plus bruyant et dissonant? Et c’est pour cette raison qu’une sensation bizarre nous a accompagné tout au long de l’écoute; comme si la réalisation et les choix sonores de Cale semblaient anachroniques et démodés. De plus, certaines pièces faiblardes amoindrissent l’impact qu’auraient pu obtenir cette œuvre.

On en veut pour preuve la pop bondissante déjà-vu titrée Scotland Yard, la soporifique Hemingway, l’inefficace December Rains, la faussement déconstruite et empirique Vampire Cafe et la très douteuse et endormante Midnight Feast. Par contre, le vieux briscard y va de ses meilleurs élans avec I Wanna Talk 2 U (en duo avec Danger Mouse), la « dance-rock » pianistique Face To The Sky, la touchante ballade Mary, la singulière et intelligible Nookie Wood, l’entraînante Mothra et la piste la plus rock de l’album nommée Living With You.

Au bout du compte, John Cale propose un Shifty Adventures In Nookie Wood en dent de scie; surtout que le musicien, compositeur, auteur et réalisateur nous a déjà habitué à beaucoup plus et beaucoup mieux. Une conception musicale où la facette inharmonieuse et tordue des chansons de Cale est remplacée par des atmosphères bourrées de claviers, de grooves, de rythmes électros, et plus particulièrement, de morceaux qui paraissent parfois inachevés; l’ensemble remémorant un peu trop la « belle » époque des années 80. Qu’à cela ne tienne, ça demeure un disque tout à fait comestible mais qui est loin de rencontrer les standards crées par Cale lui-même. Convenable sans plus…

Ma note : 5,5/10

John Cale
Shifty Adventures In Nookie Wood
Double Six Records
54 minutes

john-cale.com/