Pop Archives - Page 68 sur 77 - Le Canal Auditif

Grizzly Bear – Shields

Assemblé en 2002 à New-York, le quatuor formé de Edward Droste (voix, claviers), Daniel Rossen (voix, guitares, claviers), Chris Taylor (basse, harmonies vocales, réalisation) et Christopher Bear (batterie, harmonies vocales), nommé Grizzly Bear, lançait la semaine dernière Shields; la suite du congratulé Veckatimest paru en 2009. Ce groupe américain «arty» crée ce qu’on peut appeler de la pop psychédélique, conciliant le folk à la musique expérimentale, mélangeant les instruments dits traditionnels à des éléments sonores électroniques. Suite au succès commercial et critique du précédent effort, que nous réserve Grizzly Bear avec ce Shields?

La réponse… Rien de moins qu’une autre conception sonore princière! De la grande pop cérébrale où la réalisation méticuleuse et baroquisante de Chris Taylor vient insuffler aux chansons labyrinthiques de Grizzly Bear, une gigantesque dose d’audace et de créativité. Par contre, un opus qui demandera un effort auditif accru de la part du mélomane, étant donné la complexité des compositions combinée à la richesse des arrangements présentés par le groupe.

Des mouvements mélodiques méandreux, des rythmes tribaux appuyés, des guitares acoustiques/électriques duveteuses et abrasives, des pianos et claviers apportant chaleur et réconfort à l’ensemble, et finalement, une magnifique réalisation qui magnifie les nombreux moments musicaux idylliques qui chapeautent ce Shields, et ce, malgré le caractère assez intellectualisant de la musique des new-yorkais. Bref, du grand art!

Shields ne comporte pratiquement aucun moment de réelle anémie. De l’excellent motif de guitare fiévreux dans Sleeping Ute, en passant par le crescendo euphorisant de Speak In Rounds, suivi de la folk-pop titrée Yet Again, de même que les accords dissonants de The Hunt, ajouté à la tribal A Simple Answer, vous avez déjà dans les oreilles des chansons remarquables. Si vous joignez les orchestrations feutrées animant What’s Wrong et le chef-d’œuvre que constitue la frissonnante et foisonnante Half-Gate (une des plus importantes ritournelles du corpus chansonnier de Grizzly Bear) à ce superbe portrait, vous venez de passer de l’étape d’une excellente création à celle d’un grand disque!

Un album à la fois doux et tendu, tendre et rugueux, lumineux et tribal! Rares sont les albums, où tous ces qualificatifs sont réunis dans une seule et même œuvre; et Grizzly Bear, qui nous avait fait le coup avec Veckatimest, revient à la charge avec une offrande d’égale envergure comparativement à la précédente. Du coup, Grizzly Bear s’approche manifestement du statut de grand groupe! Un présent audacieux, élaboré sans aucune autre prétention que de faire de la bonne musique. Un couronnement entièrement mérité!

Ma note : 9/10

Grizzly Bear
Shields
Warp Records
48 minutes

grizzly-bear.net/

Stars – The North

La formation canadienne originaire de Toronto nommée Stars mettait sur le marché, la semaine dernière, leur sixième album intitulé The North. Toujours mené par les deux principaux compositeurs du groupe, Torquill Campbell et Amy Millan, Stars revient avec ses perpétuelles mélodies doucereuses mais absolument captivantes. Réalisé par Graham Lessard et Marcus Paquin, The North est une création qui se caractérise par un fort ascendant électro-pop aux sonorités très eighties… Trop eighties?

Pas nécessairement, mais l’influence musicale de cette décennie constitue sans aucun doute un incontournable que le mélomane ne pourra éviter. Donc, si vous avez en aversion les sonorités des années 80, vous pourriez être quelque peu rebutés par ce The North. Par contre, si vous aimez le soft-rock à la The Shins, vous pourriez sérieusement apprécier ce disque, car Millan et Campbell maîtrisent à la perfection l’art d’écrire de petits bijoux de ritournelles… et c’est dans le songwriting que réside la principale attraction de cette création.

Après un début d’album en demi-teinte, avec l’irritant électro-pop de The Theory Of Relativity, la quasi Metric titrée Backlies, la soft-rock un peu endormante The North et la très New Order intitulée Hold On When You Get Love And Let Go When…, la galette devient comestible à partir de Through The Mines; une chanson folk qui se transmute en un rock fédérateur. Une réussite! Par la suite, surviennent les excellentes Do You Want To Die Together? (la meilleure pièce du disque!), Lights Changing Colour et The Loose Ends Will Make Knots; de la pop orfévrée de qualité supérieure! L’album se conclut avec la très Go-Betweens A Song Is A Weapon (où l’on entend clairement l’inspiration de feu Grant McLennan dans l’écriture de Torquill Campbell), l’émouvante ballade The 400 et la singulière Walls.

Là où The Shins a échoué (à mon humble avis), Stars réussit à captiver l’auditeur du début à la fin. Sans que ce soit révolutionnaire et véritablement audacieux, The North est l’œuvre de deux auteurs-compositeurs-interprètes qui en connaissent énormément sur l’art de confectionner un morceau pop de haut niveau. Même si Stars a contracté la maladie «électro-pop 80», je dois admettre que sur The North, les chansons atteignent la cible pratiquement à tout coup. Si vous aimez le rock à saveur électro, pas très menaçant, gentillet, mature, adulte même, et magnifiquement réalisé, vous adorerez ce The North. Rien pour perdre le nord, mais rien non plus pour rebrousser chemin.

Ma note : 6,5/10

Stars
The North
Soft Revolution Records
44 minutes

www.youarestars.com/home/

Cat Power – Sun

Cat Power (Chan Marshall pour les intimes) est l’une des artistes contemporaines les plus fascinantes. Voilà six ans que The Greatest, son dernier opus de matériel original, a vu le jour. Entre temps, elle a changé ses musiciens, fait un deuxième album de reprises, cassée avec son chum avec qui elle était depuis très longtemps et s’est coupée les cheveux (ses si beaux cheveux!) très courts. Tout cela, pour accoucher aujourd’hui de Sun, indéniablement bien titré. Le ton plus léger, ce disque comporte des influences électro-pop ensoleillées, ce qui pour tout fan de Cat Power est déstabilisant au plus haut point. On passe de s’ouvrir les veines à tous les deux vers, à se dire que finalement la vie, c’est pas si pire…

La première piste de la galette nous avise immédiatement qu’on sera en pays étranger, alors qu’au refrain, on se retrouve dans quelque chose qui tire sur l’électro-pop sans toutefois en être vraiment. Dans la même veine Human Being nous fait voir les nouvelles expérimentations de Marshall. Sun, la deuxième pièce de l’album abonde dans le même sens et on voit l’espoir naître dans la voix de la chanteuse qui a si souvent porté une mélancolie touchante: «If you can, if you could lend a hand /This is the day people like me we’ve been waiting for». On retrouve aussi son côté plus rock, présent dans ses premiers albums. Les guitares électriques se font présentes et impératives dans Ruin, Silente Machine et Peace And Love. Power, ne s’arrête pas là, oh que non! Elle compose une captivante 3, 6, 9 qui restera scotchée à votre cerveau pour un bon moment, soyez-en avisés! Mais la pièce de résistance est la dixième piste de l’album intitulée Nothin But TimeMarshall livre la marchandise dans une pièce fleuve de près de 11 minutes où le piano, la guitare, l’électro-pop, son sens de la mélodie, sa voix suave et intense ne font qu’un; tout cela couronné par Iggy Pop qui termine la chanson en sa compagnie.

Bref, bien que certains fans seront assez déroutés face à la nouvelle approche de Cat Power, après deux ou trois écoutes, il est difficile de ne pas apprécier l’incarnation lumineuse de la séduisante compositrice américaine. Matelots, à vos écouteurs!

Ma note : 8/10

Cat Power
Sun
Matador
49 minutes

www.catpowermusic.com/

Animal Collective – Centripede HZ

Un album attendu des critiques et de certains mélomanes branchés, se révélait la semaine dernière. En effet, le quatuor originaire de Baltimore, et nommé Animal Collective, nous offrait la suite du congratulé Merriweather Post Pavillon, intitulé Centripede HZ. Toujours cet électro–rock expérimental alliant le folk, le psychédélisme et le pop. Est-ce que Avy Tare, Panda Bear, Deakin et Geologist nous présentent une œuvre s’approchant du climax prodigué par le précédent effort?

D’entrée de jeu, j’ai noté une approche artistique plus directe, plus brute, voire même agressive, et plus exigeante que Merriweather Post Pavillon. Curieusement, des moments musicaux plus saisissables viennent côtoyer des structures chansonnières labyrinthiques et des atmosphères tribales et expérimentales. Un périple qui peut paraître contraignant, demandant un effort auditif accru lors des premières séances d’écoute, mais qui à force de persévérance, finit par satisfaire grandement les oreilles d’un mélomane averti. Un disque bourré de sons parasitaires, complètement touffu, mais plus terre à terre et moins éthéré que la tentative antérieure.

Parmi les sélections de choix, j’ai remarqué la quasi rock Moonjack, l’électro-rock psychédélique titré Today’s Supernatural, la bondissante Wide Eyed, l’excellente pièce pop intitulée Father Time, l’excellent refrain dans New Town Burnout, la tribale Monkey Riches, la capricieuse Mercury Man, la fédératrice Pulleys et l’électro-folk titrée Anamita. Deux pièces quelconques viennent compléter ce Centipede HZ; il s’agit de la psychédélique Rosie Oh et de la soporifique Applesauce, mais rien qui élimine le préjugé favorable que j’ai eu tout au long de l’audition de cette création.

Inventif, absolument moderne, parfois jubilatoire, à l’occasion obscur, totalement original, toujours chargé d’une frénésie jouissive, voilà un disque, qui singulièrement, se veut à la fois fédérateur et en même temps hermétique… mais si la patience rapporte d’ordinaire des dividendes, vous récolterez assurément les bienfaits de votre acharnement auditif. D’autre part, les mélomanes plus conservateurs et moins aventureux devraient éviter ce Centripede HZ… un disque qui pourrait les épuiser et les excéder au maximum. Qu’à cela ne tienne, Animal Collective est une formation indispensable dans le paysage musical indépendant actuel. Une autre conception sonore de haut niveau au compteur!

Ma note : 7,5/10

Animal Collective
Centripede HZ
Domino Records
54 minutes

animalcollective.org/

Ariel Pink’s Haunted Graffiti – Mature Themes

Ariel Pink, cet artiste original, juste assez déjanté, amant de l’esthétique lo-fi et fan de rock gothique revenait à la charge en compagnie son groupe nommée Ariel Pink’s Haunted Graffiti, avec un deuxième album titré sarcastiquement Mature Themes. Difficile de caser la musique d’Ariel Pink; parfois pop, avec un petit penchant psychédélique, un brin de folk, quelques éléments électros ça et là, le tout enfourné dans une facture sonore règle générale lo-fi. Ariel Pink’s Haunted Graffiti crée manifestement une musique pop avant-gardiste qui peut pousser dans ses derniers retranchements le plus conservateur des mélomanes!

Sur Mature Themes, Ariel Pink’s Haunted Graffiti délaisse quelque peu les prises de sons approximatives en mettant l’accent sur des sonorités plus riches. Les synthés issus des eighties et les ambiances électros sont toujours en vigueur, les paroles énigmatiques également, sauf que cette fois-ci, les compositions semblent plus succinctes, ce qui confère à ce disque un impact sonore assuré. En effet, cette création ne laissera aucun auditeur indifférent.

Cet ovni regroupe plus que sa part de morceaux remarquables. Parmi les chansons les plus significatives, j’ai noté la hautement sixties Kinski Assassin, la très B-52’s Is This The Best Spot?, la pop ensoleillée Mature Themes, les excellentes guitares arpégées à la The Byrds/R.E.M de Only In My Dreams, la quasi shoegaze Early Birds Of Babylon, la lo-fi et humoristique Schnitzel Boogie et les ritournelles electros aux inflexions pop titrées respectivement Symphony Of The Nymph et Live It Up. L’étonnante création s’achève sur la fortement éthérée Nostradamus & Me et une superbe réécriture d’une pièce de Donnie & Joe Emerson intitulée Baby. Ce Mature Themes représente une expédition sonore qui m’a rappelé, à l’occasion, les univers musicaux insolites de Julian Cope, Syd Barrett et des Flaming Lips!

On peut aimer ou détester Ariel Pink’s Haunted Graffiti mais en ce qui me concerne, j’ai vénéré la folie, le débridement musical et littéraire, et surtout, l’éclectisme des compositions offertes sur cet album. Chacune des chansons détient une signature unique. Les harmonies vocales, de même que les constructions mélodiques sont d’une originalité rarement entendue. Bref, de la créativité sans aucune restriction! Ça respire la liberté artistique! Brillant, déroutant, dans l’impossibilité de mettre le grappin dessus, ce Mature Themes est un objet pop inusité à posséder absolument dans votre bibliothèque musicale. D’une magnifique étrangeté!

Ma note : 8/10

Ariel Pink’s Haunted Graffiti
Mature Themes
4 AD
51 minutes

4ad.com/artists/arielpinkshauntedgraffiti