Pop Archives - Page 68 sur 71 - Le Canal Auditif

Bruce Springsteen – Wrecking Ball

Mardi dernier, The Boss, Bruce Springsteen lançait sur le marché Wrecking Ball, son septième album studio depuis 2002. Le vétéran songwriter américain, qui n’a plus besoin de présentation, nous offre un disque caractérisé par une colère justifiée à l’endroit d’un rêve américain qui a perdu passablement de plumes depuis le 11 septembre 2001. Une création courageusement politique où le Boss prend position, et ce, sans aucun compromis, en faveur d’une classe moyenne ouvrière qui a amplement goûté à la médecine du libéralisme économique.

Avec une authentique énergie, Springsteen nous offre le meilleur de lui-même; des hymnes gonflés à l’hélium qui donnent envie de chanter à tue-tête, amalgamés à une musique aux accents de folk, de country, de rock et de gospel, bonifiés de rythmes électroniques et d’une incursion dans le hip-hop. Réalisé conjointement avec Ron Aniello, ce Wrecking Ball, s’il se situe à gauche du spectre politique, est sans l’ombre d’un doute au centre; musicalement parlant…

Et c’est ce qui constitue l’écueil principal de cette galette. Les structures musicales sont convenues, les mélodies sont fédératrices mais prévisibles, la réalisation est somme toute conservatrice, et ce, malgré le court passage dans l’univers du hip-hop lors du morceau Rocky Ground. Si le discours tenu par Springsteen est décapant et rageur, la musique reste foncièrement dans la tradition de ce qui a toujours constitué la marque de commerce du Boss.

Qu’à cela ne tienne, l’opus renferme son lot d’excellentes chansons, qui sans être mémorables, font facilement leur chemin dans le cortex cérébral et dans le cœur. Je pense, entre autres, à l’hymne accrocheur We Take Car Of Our Own, la ballade This Depression, le rock martial de Wrecking Ball, l’inventive Rocky Ground, l’épique Land Of Hope And Dreams et la folk irlandaise We Are Alive.

Bien sûr, il y a ce côté prêchi-prêcha qui sévit tout au long de Wrecking Ball mais la propagande libertarienne est tellement répandue et omniprésente, que cette création sert de contrebalancier à ce courant de pensée, et encore plus important, de baume aux âmes et aux cœurs de tous ces nouveaux laissés pour compte meurtris et désenchantés. Pas certain que ce soit une oeuvre historique mais Wrecking Ball est un album essentiel, en cette époque où l’individualisme crasse règne en roi et maître…

Ma note : 6,5/10

Bruce Springsteen
Wrecking Ball
Columbia Records
53 minutes

brucespringsteen.net/

The Cranberries – Roses

Qui peut se vanter de n’avoir jamais fait de «headbanging» sur Zombie? Et bien, la formation The Cranberries, qui avait pris une pause en 2003, afin que chacun puisse poursuivre leurs carrières individuelles, nous revient avec Roses, leur plus récent opus. Après avoir annoncé une série de spectacles en 2009, le groupe irlandais nous offre ce nouvel effort. The Cranberries revient avec un album plus tranquille, mature et «adulte». Les membres ont mûri et cela s’entend. Disons qu’il est plus exact de parler de folk-pop plutôt que de rock alternatif pour cette galette.

Les cinq premiers titres sont très tranquilles et il est facile de faire une filiation directe avec Linger, un de leur plus grand succès. Le côté aérien qui avait fait la renommée du groupe est totalement absent. Par chance, Schizophrenic Playboy, donne espoir avec un son plus rock et éthéré. Les violons sont présents tout au long de l’album mais sont assez inintéressants. Il est toujours un peu douteux d’entendre des cordes mixées à l’arrière-plan, et qui au final, n’apportent absolument rien de plus à une chanson… Une exception: la surprenante Waiting In Walthamstow, qui avoisine un son à la Blonde Redhead.

Les chansons suivantes surprennent plus qu’elles n’ennuient. Show Me The Way est entraînante, Astral Projection est aérienne, So Good est touchante et Roses, captivante. Le groupe démontre avec la deuxième partie de l’album, qu’il est toujours capable de se réinventer; ce qui est fort louable. Malheureusement, les Cranberries n’échappent pas au piège des arrangements clichés et pompeux: les violons en fond sonore, le tambourin à profusion et les guitares acoustiques trop à l’avant-plan. Heureusement, il y a toujours la voix magnifique de Dolores O’Riordan qui est toujours aussi belle, puissante, complexe et envoûtante. Si les premiers albums du groupe pouvaient se comparer à un vodka-canneberge, on pourrait dire que celui-ci est un métropolitain : plus sucré mais avec un goût familier. Bref, c’est de la bonne pop! Les fans aimeront… pour ce qui des autres, ils devront en faire l’audition une ou deux fois en écoute libre pour en juger!

Ma note : 6/10

The Cranberries
Roses
Cooking Vinyl
45 minutes

www.cranberries.com/

Perfume Genius – Put Your Back N2 It

L’auteur-compositeur-interprète Mark Hadreas, dont le nom de scène est Perfume Genius faisait paraître récemment sa deuxième offrande intitulée Put Your Back N2 It. Déménagé de New-York à Everett dans l’état de Washington, Perfume Genius a fait la première partie de Beirut et jouit d’une réputation enviable auprès de certains médias branchés. La musique d’Hadreas se classifie dans un registre indie pop à l’inspiration gospel qui peut s’affilier sérieusement aux ritournelles d’Antony & The Johnsons.

D’une base musicale pianistique, les structures chansonnières de Perfume Genius sont élémentaires. L’enrobage se veut la plupart du temps aérien mais juste assez garni d’artifices permettant de rehausser les pièces spleenétiques du songwriter. Car, il faut l’avouer, cette création est animée d’une mélancolie qui flirte parfois avec une lamentation qui pourrait lasser certains auditeurs. Malgré tout, ça reste captivant, car le ton intimiste de l’album sied très bien aux propos véhiculés. En effet, Mark Hadreas chante son homosexualité avec force et conviction, ce qui confère à cette œuvre une authentique sensibilité qui mérite le respect. Un talent indéniable!

Le disque s’amorce avec AWOL Marine qui rappelle Grandaddy; titre qui donne efficacement le ton. Suivent la folk lancinante, nommée avec justesse, Normal Song et la très Antony & The Johnsons intitulée No Tear. Surviennent la ballade touchante et finement appuyée par des larsens en arrière-plan, 17, la très Mark Hollis Dirge, le piano à la Patrick Watson de Dark Parts, l’extrait All Waters et le morceau le plus rythmé de cette création titré Hood. Ça se conclut dans le recueillement, avec Put Your Back N2 It, l’éthéré Floating Spit et la mélodie aux effluves de gospel de Sister Song.

Il ne fait aucun doute que la musique crée par Mark Hadreas lui sert de catharsis et d’exutoire émotif. Sans verser complètement dans le pathétisme, il réussit, grâce à des chansons simples, concises, transportées par une sincérité attendrissante et une voix admirablement bien modulée, à nous ébranler juste assez pour nous faire réfléchir à l’ostracisme dont est victime, encore aujourd’hui, la communauté homosexuelle. Put Your Back N2 It est un disque affirmé, affligé, feutré et touchant qui porte la forte signature de son auteur. À suivre!

Ma note : 7/10

Perfume Genius
Put Your Back N2 It
Matador Records
31 minutes

www.myspace.com/kewlmagik

Ariane Moffatt – Ma

Conçu dans son lieu exclusif de création et aux studios Planète et Hotel2tango de Montréal, la talentueuse multi instrumentiste Ariane Moffatt lançait la semaine dernière son plus récent effort intitulé MA. Sur cette galette Ariane Moffatt a porté tous les chapeaux. Elle a composé, joué de tous les instruments et réalisé cette oeuvre résolument électro-pop aux intonations flirtant parfois avec un univers indie. Avec l’aide de l’ingénieur de son Pierre Girard, Ariane Moffatt signe une production bilingue à la sensualité exacerbée, aux rythmes percutants, faisant appel à des sonorités eighties et mythifiée de chœurs aériens.

Avec cet opus, Ariane Moffatt se rapproche sensiblement des ligues majeures. Pulsatif, groovy, accrocheur, arrangements inventifs, mélodies captivantes, ce disque est musicalement pétillant malgré les ambiances délicatement éthérées qui sont saupoudrées, ça et là, sur l’ensemble des chansons. Les morceaux anglos plus organiques se marient très bien aux chansons francos. La création abonde de titres incassables : Walls Of The World, le crescendo et l’apothéose finale de Hotel Amour, l’utilisation des steel drums et le groove imparable de Too Late, L’Homme Dans L’Automobile, l’excellente ballade acoustique mélangeant habilement électro et cordes titrée Artifacts et la prodigieuse Sourire Sincère. Bref, ça fonctionne adéquatement!

Réalisé de main de maître, des arrangements qui bonifient chacune des chansons, des ritournelles d’une efficience pop redoutable, MA est l’album d’une artiste en contrôle de son indéniable talent. Ceux qui avaient des réserves demeureront sur leurs positions. Les fans de la première heure, eux, ne seront pas déçus. De plus, de nouveaux partisans pourraient venir s’ajouter à la banque d’adeptes déjà bien garnis d’Ariane Moffatt! Une galette délectable concoctée par une musicienne de talent!

Ma note : 7/10

Ariane Moffatt
Ma
Audiogram
44 minutes

//arianemoffatt.com/nouvelles.php

Islands – A Sleep And A Forgetting

Ces jours-ci, la formation originaire de Montréal, mais déménagée à New-York, nommée Islands, lançait sa quatrième galette studio intitulée A Sleep And A Forgetting. Mené par le productif Nick Thorburn, Islands fait dans la pop orchestrale éclectique, parfois infantile, aux arrangements somptueux et grandiloquents. Sur cette dernière offrande, Islands nous offre une agréable surprise en délestant tout ce qu’il y avait de superflu et d’ostentatoire dans leur musique… pour le plus grand plaisir de mes oreilles. A Sleep And A Forgetting est le disque de la maturité pour Islands!

Inspiré par une rupture amoureuse, Nick Thorburn et sa bande ont assemblé onze chansons dépouillées et intelligibles, qui, malgré l’apparente lourdeur du thème abordé, ne tombe jamais dans l’apitoiement et le pleurnichage démesuré. Curieusement, cette œuvre est empreinte d’une tranquillité et d’une sérénité qui fait plaisir à entendre. A Sleep And A Forgetting renferme de merveilleux bijoux pop à faire saliver n’importe quel faiseur de chansons! Parmi les inégalés, je pense à This Is Not A Song, la sautillante Never Go Solo, le cha-cha-cha très «fifties» de No Crying, la cadencée Hallways, la folk Oh Maria, Cold Again et l’attendrissante Same Thing. Composée à partir d’un piano (et ça paraît), cette création est superbement vêtue d’orgues et de claviers, de motifs de guitares aux sonorités issues des années 50 et de mélodies discrètes mais inventives, le tout accompli avec une précision chirurgicale!

Avec ses structures chansonnières boursouflées, Islands pouvait parfois me laisser de marbre, mais sur ce dernier effort, la surprise est totale. Même si l’album contient une part importante de pièces sentimentales, Islands ne tombe jamais dans le piège de la mascarade émotive pénible à supporter. Le côté un peu enfantin de la musique de Islands ayant disparu permet de mettre en relief le talent supérieur de Thorburn à écrire de ravissantes chansons d’une maturité exemplaire. Les amoureux de la première heure pourraient se sentir déconcerter, mais quant à moi, A Sleep And A Forgetting pourrait faire sa niche parmi les bonnes parutions de 2012… mais attendons voir, il est encore tôt!

Ma note : 7/10

Islands
A Sleep And A Forgetting
Anti-Records
38 minutes

www.anti.com/artists/islands/