Francophone Archives - Page 58 sur 60 - Le Canal Auditif

Lisa LeBlanc – Lisa LeBlanc

«P’t’être que demain ça ira mieux, mais aujourd’hui, ma vie c’est de la marde!». C’est avec ces mots que Lisa LeBlanc a conquis le tout Montréal au cours de la dernière année. L’acadienne lance finalement son opus tant attendu et elle possède une qualité rare en chanson, la même que Dédé Fortin ou Bernard Adamus, celle de chanter notre tristesse en nous rassurant. Les difficultés du quotidien sont dépeintes avec poésie, sensibilité et un franc-parler hors du commun. Je dois faire mon mea culpa, j’ai un faible assumé pour le parler acadien depuis un séjour aux Îles-De-La-Madeleine et la néo-brunswickoise laisse fleurir sa langue tout au long de la galette.

L’album s’entame sur les notes de banjo de Cerveau ramolli qui donne efficacement le ton à l’album. La poignante Câlisse-moi là chante l’échec amoureux qui languit et mine. Et même si LeBlanc ne chante pas la joie de vivre, elle sait faire preuve d’humour dans ses textes. Un bon exemple est Chanson d’une rouspéteuse, qui sur un rythme relevé, fait une liste des affaires qui tapent sur les nerfs, avec au sommet : «J’haïs les chansonniers qui font des covers de Johnny Cash» (Note toute spéciale : t’as tellement raison!).

L’acadienne est tout aussi efficace lorsqu’elle fait preuve de vulnérabilité dans Lignes d’Hydro où l’on sent aussi l’influence musicale de Louis-Jean Cormier, le réalisateur de l’album. Car oui, si LeBlanc a fait ses classes dans les différents concours (Petite-Vallée, Granby), l’appui du meneur de Karkwa a dû assurément faciliter ce premier effort. La maturité musicale de Cormier se fait sentir tout au long de l’album, et sans dénaturer l’œuvre de LeBlanc, la bonifie et la magnifie. La chansonnière nous offre aussi une très belle chanson d’amour intitulé Kraft Dinner où la tendresse est à fleur de peau et où la superbe harmonie vocale du duo Cormier/LeBlanc rend le cœur léger.

Il serait malvenu de ne pas noter la décapante Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde, chanson de défoulement par excellence qui fait penser à Brun de Bernard Adamus. Il faut souligner l’excellent travail des musiciens: Guillaume Turcotte, Maxime Gosselin et Jean-Philippe Hébert qui appuient à merveille l’auteure-compositrice-interprète. Petite note pour les curieux, le lancement était à guichets fermés, une centaine de personnes (dont je faisais parti) ont été retournés chez eux. Bref, si vous n’avez pas l’album, courrez l’acheter et mieux encore allez la voir en concert, vous tomberez en amour.

Ma note : 8,5/10

Lisa LeBlanc
Lisa LeBlanc
Bonsound
45 minutes

www.lisaleblanc.ca/

Avec pas d’casque – Astronomie

Quand on entend chanter Stéphane Lafleur – oui, oui, le réalisateur de Continental, un film sans fusil et En terrains connus – on pense tout de suite à Fred Fortin. C’est en effet dans l’univers musical du gars de Dolbeau que plonge tête première Lafleur; pour en ressortir avec ce Astronomie, le troisième disque (déjà!) de son groupe, Avec pas d’casque.

Comme chez l’auteur de Planter le décor, on retrouve chez Lafleur ce même français – québécois – joual du terroir maitrisé. Une ressemblance est aussi perceptible dans les accords colorés de folk-country post-grunge (expression trop souvent utilisée, il est vrai) et dans les arrangements utilisés (notamment la production lo-fi et les grattements audibles des doigts sur les cordes de guitare) par Avec pas d’casque.

L’univers de la bande à Lafleur est cependant beaucoup plus calme que celui de Fred Fortin! Loin, loin le rock garage. On pense davantage à ce que nous propose Beck, surtout dans la texture, le mélange d’instruments (baryton, orgue, ukulele, gazou, etc.) et à l’ambiance que renferme ce CD.

Alors qu’on pourrait croire à un simple effet miroir dans l’apport musical du groupe, c’est à l’écoute des textes entendus sur Astronomie que l’on perçoit cette singularité qui allume nos oreilles. Des textes imagés, portés sur une visualisation facile, marqués par la solitude et la recherche de «l’autre», de même que des remarques saugrenues qui déclenchent le phénomène du sourire.

«Je promets que la journée qui s’en vient est flambant neuve»; «Je réalise que je connais davantage de lesbiennes que de gens de couleur»; «À la vitesse de la lumière, on voit moins clair par les châssis», se veulent trois bons exemples du style Lafleur.

On déplore, un peu, mais pas trop tout de même, la formule utilisée en intro de certaines compositions. Le «fade in» guitare ou vocal, accompagné par une batterie au tempo d’un cardiaque de bureau, se répète sur quatre des neuf compositions qui forment le CD. On dénote ce petit élément pour ceux qui sont du genre à écouter un album en boucle, du début à la fin, de façon répétitive. Ça peut agacer.

Mais outre cela, disons-le, Astronomie est un disque qui, comme dit l’expression consacrée, «s’écoute tout seul», avec ou sans casque d’écoute… Mais de préférence avec!

Ma note : 8,5/10

Avec pas d’casque
Astronomie
Grosse Boîte
37 minutes

www.avecpasdecasque.com/

Marie-Pierre Arthur – Aux alentours

En entrevue, elle nous disait avoir eu des vertiges avant et après la réalisation de son deuxième album, au titre d’Aux Alentours. Nous, c’est en l’écoutant qu’on obtient cette même sensation de perte d’équilibre, cette légèreté dans les oreilles et ce chaud aux joues.

Aux Alentours de Marie-Pierre Arthur débute là où le premier CD éponyme de la chanteuse se terminait, en 2009. Même timbre de voie fragile, même sonorité toute karkawienne. Mais il y a entre les deux ce trois ans qui a changé la vie de la jeune femme – elle est devenue maman depuis – et la sonorité de ses compositions. Rien d’énorme. Juste un petit quelque chose de plus… mature.

D’abord dans les textes où, oui, le thème de l’amour revient, mais dans une forme moins fleur bleue, plus « me, myself and I »… qu’on ne déteste pas! « Pardonne-moi / Si tu savais / Pour toi j’aurais voulu changer / J’ai menti / Je ne peux pas tout abandonner / À quoi ressemblerait ma vie / Si parce que je t’aime / J’oubliais tout ce que je suis », chante-t-elle sur Si tu savais, deuxième pièce de l’album.

Ensuite, dans les mixtes et influences sonores. Au folk connu et reconnu qu’elle utilise déjà (basse soutenue et omniprésente, guitares à l’avant plan, piano en accompagnement, voix simple et clair qui étire les textes, changement de tempo… odeur de Karkwa dans la pièce, quoi!), on ajoute sur cet album des couches supplémentaires. Un gros merci à son copain, François Lafontaine, claviériste de Karkwa, justement, pour les trouvailles.

On peint donc de gospel et d’influences Motown (oui, oui!) la chanson All Right; on ajoute une couche de distorsion sur la guitare pour donner une sonorité des années 70 sur Pour une fois; un clavier digne des 80 teint le refrain de la chanson Chacun pour toi; une simple guitare sèche, la pièce Chanson pour Dan, avant que la distorsion sonore s’empare et élève la chanson aux dessus des nuages.

Aux Alentours se veut le premier album québécois marquant de 2012. Mais il est plus que ça : il est la carte de visite qu’on ne peut refuser de Marie-Pierre Arthur dans nos oreilles. Aux Alentours s’écoute, se réécoute, encore et encore… On ne se lasse pas. Petit bémol : on aurait par contre pris bien plus que 34 petites minutes en compagnie de Marie-Pierre!

Ma note : 8/10

Marie-Pierre Arthur
Aux alentours
Bonsound
34 minutes

mariepierrearthur.com/

Ines Talbi – Boarding Gate

C’est demain, jour de St-Valentin, que l’auteure-compositrice-interprète d’origine berbère et globe-trotter aguerrie, Ines Talbi lancera sur le marché son premier album titré Boarding Gate. La lauréate des Francouvertes version 2007 (avec la formation Mimosa) y va d’un premier effort qui se veut un alliage de folk pop orchestral et d’indie rock, le tout chapeauté par une voix légèrement écorchée. Magnifiquement habillées par Pierre-Philippe «Pilou» Côté (DJ Champion, David Giugère, Jorane) et Daniel Bleikolm (Evelinn Trouble, One Shot Beebop), les chansons d’Ines Talbi s’incrustent discrètement dans votre cerveau jusqu’à ce qu’elles se transforment en vers d’oreilles… et c’est loin d’être néfaste!

Ce disque de périples et de souvenirs débute avec la chanson titre Borading Gate; ritournelle folk superbement orchestrée et couchée sur un lit de cordes qui déclenchent quelques frissons. Après Playground et le simple I Know You Know, survient la folk country ludique Helsinki. Suivent Lady Of Shallot, l’excellent crescendo amenant au refrain de No Future et la contrastante Derrière La Pluie. Une pièce qui s’amorce par une boucle technoïde et qui amalgame habilement claviers, guitare acoustique, incluant même une petite incursion dans la langue de Molière. Un désaltérant rafraîchissement après cette série de morceaux folk pop. La ballade orchestrale Little Nickau, la pop Not For Sale, la très Ani Di Franco Coffee Time et At The End se succèdent pour en arriver à un remix électro-rock fort intéressant de Not For Sale.

Sans être révolutionnaires, les chansons d’Ines Talbi possèdent un impact redoutable. Simples, captivantes et juste assez radiophoniques, ces ritournelles ne basculent jamais dans une mièvrerie assommante. La jeune dame sait écrire de petits bijoux de chansons intelligibles, à la portée de tous, jamais racoleuses et toujours pertinentes. Certains reprocheront la trop grande simplicité des structures chansonnières de cette création, mais la réalisation de «Pilou» Côté vient admirablement compenser cette minuscule faiblesse. Je souhaite sincèrement que cette galette se rende aux oreilles du plus grand nombre. Ines Talbi en vaut la peine!

Le lancement de Boarding Gate aura lieu demain soir, le 14 février au National à partir de 17 heures. Le National est situé au 1220 rue Ste-Catherine Est, près du Métro Beaudry.

Ma note : 6,5/10

Ines Talbi
Boarding Gate
Kartel Musik
40 minutes

//www.myspace.com/inestalbimusic

Thierry Bruyère – Le sommeil en continu

Le premier opus du jeune chanteur Thierry Bruyère n’est pas parfait. Pourtant, l’ambiance «à la Indochine» qui se dégage des douze compositions du disque Le Sommeil En Continu, les textes aigres-doux aux touches sociales, de même que la qualité de la réalisation donnent à penser qu’il faudra suivre d’une oreille attentive le parcours de celui qui participe cette année aux Francouvertes.

C’est surtout au contact auditif de la chanson Cette ville qui vieillit que l’on oublie les erreurs commises par le jeune auteur-compositeur. À notre humble avis, il s’agit de l’une des meilleures chansons sorties en 2011. Tant du côté du texte très urbain («Les couleurs de Côte-des-Neiges / L’oratoire seul dans son coin / Les retards sur la Main / Les bancs vides au parc Lafontaine / Les balcons sur De Lorimier / La détresse sur Ontario / J’ai en tête un poème / Que j’ai lu sur un mur / À la sortie du métro / À propos d’un cœur usé / Qu’on piétine comme un dessein / Inachevé»), que de la mélodie toute en douceur – piano et distorsion d’une guitare lointaine –, cette composition se veut la conclusion parfaite à ce premier disque. Franchement réussie. Et cette réussite on la doit évidemment à Thierry Bruyère lui-même, mais aussi à son réalisateur, Jean-Philippe Fréchette, mieux connu sous le pseudonyme alimentaire Navet Confit.

Le bidouillage du multi-instrumentaliste fait effet pas seulement sur la dernière chanson, mais aussi sur tout l’album. On y perçoit sa présence dans les moindres recoins. Dans la distorsion de la guitare, oui, mais aussi dans les bruits bizarroïdes, de même que dans les changements de tempo et les amorces. Navet Confit permet aux compositions plus rock de Thierry Bruyère de s’empoussiérer, de se coller davantage à ses textes citadins, de donner une image plus claire au diaporama de Montréal que nous offre le chanteur.

C’est cependant les chansons plus simples dans la structure et les arrangements que l’on garde en tête après l’écoute de Le Sommeil En Continu. Évidemment, Cette ville qui vieillit, mais aussi L’altruiste, La lanterne et Revoilà l’hiver, où la voix fragile et cassée de Bruyère prend l’avant-scène. Après les fleurs, voici le pot : la chanson Simone et Chartrand ressemble à une comptine de Passe-Partout. On a essayé, mais à chacune des écoutes de l’album, nous avons fait une avance rapide jusqu’à la prochaine chanson.

Ma note : 6/10

Thierry Bruyère
Le Sommeil En Continu
Indépendant
42 minutes

thierrybruyere.com