Folk Archives - Page 44 sur 46 - Le Canal Auditif

Edward Sharpe And The Magnetic Zeros – Here

Le 29 mai dernier, la joyeuse troupe d’Edward Sharpe arrivait avec son deuxième album studio: Here. Le groupe, composé de onze musiciens, fut rassemblé par Alex Ebert de la formation Ima Robot, suite à une crise existentielle importante. Après avoir rencontré Jade Castrinos, la deuxième voix de la formation, il recruta les musiciens qui prennent part à ce combo fortement influencé par la musique des années 50 et 60. Si Ebert se dit influencé des groupes anglais des années 60, pour la composition, la facture, elle, fait très folk nord-américaine. On a l’impression de se retrouver dans un bar d’une petite localité du sud-ouest américain, où tout le monde prend un instrument et entame un «jam».

Dans une entrevue accordée récemment à Spin, Ebert disait: «J’essaie de donner plus une ambiance de musique de feu de camp qu’une ambiance de bibliothèque à ce que nous faisons.» Et cela s’entend dès la première chanson, Man On Fire, alors qu’on entend des cris pendant la chanson et que la fin est colorée des rires de membres de la bande.

Cet esprit de célébration est omniprésent sur la galette et la plupart des chansons sont construites en crescendo culminant en un chœur regroupant l’ensemble au grand complet. Le groupe fait parti de cette mouvance qui remet au goût du jour certains styles boudés par la musique pop ces dernières années, comme le bluegrass. D’ailleurs, la voix puissante et habitée de Castrinos est un bijou pour les oreilles. La pièce That’s What’s Up fait tout l’étalage de son talent. Malgré la forte influence du passé, la formation ne fait pas table rase du présent, et une chanson comme One Love To Another, avec ses voix atmosphériques, nous replonge en 2012 sans problèmes.

Bref, Here est un bon album d’été, à écouter sur une terrasse, une bière à la main, en bonne compagnie. Pour tous ceux qui ont apprécié la musique du film O Brother, Where Are Thou? vous risquez de tomber éperdument en amour avec la bande californienne.

Ma note : 7/10

Edward Sharpe And The Magnetic Zeros
Here
Vagrant
38 minutes

edwardsharpeandthemagneticzeros.com/

Lambchop – Mr. M

Ces jours-ci, la formation de «alt-country» originaire de Nashville nommée Lambchop, mettait sur le marché son onzième album titré Mr. M. La genèse de cette œuvre remonte au décès du songwriter américain Vic Chesnutt en 2009. Affecté par la mort de son ami, Wagner décide de déserter ses obligations musicales afin de se concentrer sur son talent de peintre. Curieusement, c’est suite à cette décision personnelle et professionnelle que l’aventure prend son envol. Mark Nevers, le maître réalisateur derrière Mr. M, sonde Wagner afin de le convaincre de ressusciter Lambchop

Depuis la naissance du Canal Auditif, j’attendais fébrilement l’œuvre musicale qui allait me chavirer, me foutre les jetons et me renverser cul par-dessus tête. Avec Mr. M, Lambchop a confectionné une oeuvre sophistiquée, indémodable, intemporelle, inépuisable, émouvante, apaisée mais intense, portée par cette voix désarmante qu’est celle de Kurt Wagner. D’un raffinement exceptionnel, d’une maturité exemplaire, d’une beauté à couper le souffle, cette création orfévrée est, sans l’ombre d’un doute, l’un des meilleurs albums aux effluves de folk-country crée au cours des deux dernières décennies. Des cordes à faire pleurer, une exécution où chacune des notes interprétées semblent divinement à leur place, des prises de sons qui donnent l’impression que Lambchop s’exécute chez vous, dans votre salon, et surtout, de remarquables chansons d’une finesse d’écriture et d’une inventivité mélodique insurpassable.

Ce disque, qui se veut un hommage posthume à Vic Chesnutt, est habité par un spleen poignant qui ne verse jamais dans le pathétisme; et c’est ce qui constitue la force d’attraction majeure de cette création. De l’introduction baroquisante de If Not I’ll Just Die, en passant par l’une des meilleures chansons jamais entendues, tout styles musicaux confondus, intitulée Gone Tomorrow, l’instrumentale Gar, les arracheuses de larmes que représentent Buttons et Kind Of, ce quasi monument est hanté par une authentique charge émotive que l’ami Chesnutt n’aurait pas renier. Les aficionados d’americana et de country alternatif seront magnétisés. Les fines bouches avides de création chansonnière de haut niveau seront exaucées. De la grande musique!

Ma note : 8,5/10

Lambchop
Mr. M
Merge/City Slang
54 minutes

www.lambchop.net

Ani Difranco – Which Side Are You On?

Le seizième album d’Ani Difranco est arrivé en magasin le 17 janvier dernier. La reine du folk féministe continue d’enchaîner les textes engagés et les accords de guitare acoustique. Encore une fois, la spiritualité, l’engagement citoyen et les relations amoureuses résument aisément les thématiques de l’album. Which side are you on?, porte la marque de ce qui a créé sa renommée et lui a valut un public très fidèle.

L’album s’entame sur Life Boat, une balade acoustique qui ne dépaysera aucun habitué de sa musique. Encore une fois, la guitare prend une place centrale sur l’album. Deux petites exceptions : la chanson titre et If Yr Not, qui elles, laissent plutôt place à une guitare électrique « distortionée ». Il faut dire que si les fans se trouvent en terrain connu, c’est qu’elle ne réinvente pas la roue sur cet opus. Musicalement, Difranco ne propose rien de vraiment nouveau.

Les textes, quant à eux, sont encore une fois solides, mais n’ont pas la magie des 32 Flavours ou encore Fire Door. La place donnée à la parole est proéminente, encore une fois, mais une impression de redite anime l’album. L’exception sur l’album réside en la très mélodique Albacore où la chanteuse nous berce de sa douce voix, de rythmes et de sonorités qui rappellent la mer. Autre exception, la pièce titre intitulée Which side are you on? qui se veut une reprise d’une «protest song» datant des années 30 et qui fut popularisée par la légende du folk américain : Pete Seeger. Il est difficile de ne pas y voir un clin d’œil au mouvement Occupons!

Un album un peu trop linéaire mais qui satisfera l’appétit des fans de Difranco qui ont dû attendre trois ans pour cette galette. Pour ceux qui ne connaissent pas la chanteuse, je vous conseille plutôt les excellents : Out Of Range et Not A Pretty Girl.

Ma note : 6,5/10

Ani Difranco
Which Side Are You On?
Righteous Babe Records
53 minutes

righteousbabe.com/ani/

Leonard Cohen – Old Ideas

C’est aujourd’hui en cette dernière journée de janvier, que le vénérable poète chansonnier montréalais Leonard Cohen lance sur le marché, son douzième album studio judicieusement intitulé Old Ideas. À 78 ans, est-ce que le réputé auteur-compositeur-interprète possède encore toute son éloquence, son charme, et surtout, sa pertinence? Est-ce que Monsieur Cohen a encore quelque chose à dire après toutes ces années à galérer dans le métier? La voix caverneuse, usée magnifiquement par les années, est-elle toujours d’actualité? Réponse affirmative à toutes ces questions, en ce qui me concerne.

Le disque renferme son lot de chansons flirtant avec le mot monument. Je pense à Show Me The Place. Un titre qui évoque Tom Waits. Piano, cordes, chœurs féminins, combinés à la voix apaisante de Leonard Cohen; l’ensemble provoque frissons, boule dans la gorge et larmes. Je pense à The Darkness, à ce blues dépouillé, à cette voix qui soudainement devient presque menaçante. Je pense à Crazy To Love You et son folk cohenesque reconnaissable à mille lieues, autant dans la structure que dans la mélodie. Très Johnny Cash période American Recordings. Je pense à Come Healing à l’ambiance presque religieuse; les chœurs soutenant admirablement la mélodie de l’artiste ou est-ce le contraire? Finalement, je pense à Going Home. « I love to speak with Leonard/He’s a sportsman and a shepherd/He’s a lazy bastard living in a suit… » susurre-t-il doucement à nos oreilles. Un chanson qui se veut une critique cinglante, pleine d’auto-dérision, du mythe Leonard Cohen.

Old Ideas est un album dépouillé au sens noble du terme. Les cordes, les voix, les guitares, la batterie, les orgues Hammond et B3; tout est joué avec finesse et retenu. La réalisation est parcimonieuse, rigoureuse et précise, ce qui place au premier plan les textes et les mélodies de Leonard Cohen. Cet opus est d’une simplicité désarmante! Les fans de Tom Waits, Johnny Cash et Bob Dylan auront envie de se prosterner! Est-ce que Leonard Cohen nous offre ici son testament musical? Si c’était le cas, courez vite vous procurer ce disque! Une création immensément sincère et humaine. Le premier disque important de 2012!

Ma note : 8/10

Leonard Cohen
Old Ideas
Columbia Records/Sony Music Entertainement
41 minutes

leonardcohen.com/ca/home

Joseph Arthur – Redemption City

Ne vous y trompez pas: le nouvel opus double de Joseph Arthur, malgré la multitude de solos de guitares, n’est pas un album rock. Redemption City est, avant tout, un disque pop où l’on retrouve à la fois des touches (nombreuses) de rock et d’électro (encore plus nombreuses). La majorité des compositions sont ici ancrées dans une démarche résolument populaire et accessible pour le commun des audiophiles.

24 chansons donc sur cet album double. Après plusieurs écoutes, un sentiment émane; il aurait été préférable de favoriser la qualité et non la quantité dans cette ville de la rédemption, mais pour quiconque connaît le personnage et son empressement musical (5 disques au cours des 5 dernières années, dont trois en 2007!), cette prolifération ne devrait pas surprendre (il est également un peintre remarquable et avait, jusqu’à tout récemment, sa propre galerie d’art à Brooklyn).

Reste qu’on se perd dans cette création musicale. Le fil conducteur du produit n’est malheureusement pas bien défini. On passe d’une chanson au solo « guitaresque » de plus de 6 minutes (sur la première sortie du deuxième disque, Surrender to the Storm) à un tempo que ne renieraient pas les amateurs de l’IglooFest (principalement les chansons Sleepless et It Takes A Lot of Time to Live In the Moment), avant de nous offrir une composition atmosphérique ou alors une autre qui vise la séduction radiophonique (les sur-arrangements de No Surrender Comes for Free sont à pleurer).

Relevons tout de même que Redemption City débute sur de bonnes volontés avec les chansons Travels As Equals et Wasted Days, deux compos qui rappellent les albums précédents du Newyorkais d’adoption : bon goût pour la pop, savant mélange des éléments arthuriens, c’est-à-dire des pédales de distorsion, des claviers, des bidouillages et des bruits d’électro. On retrouve d’ailleurs ces éléments sur bien d’autres compositions de cet album.

C’est pourtant la chanson I Am the Mississippi, véritable incongruité dans le paysage de ce double musical par la simplicité de ses arrangements, qui s’avère la composition la plus réussie. Une simple guitare accompagnée de la voix – chaude et basse – de Joseph Arthur et d’un texte, magnifique, sur la solitude de ce fleuve et de son histoire. Preuve que la simplicité, souvent…

C’est donc malheureux que Joseph Arthur se soit étendu en longueur et en style pour nous offrir ce disque mi-figue, mi-raisin. En espérant qu’il retrouve le bon chemin rapidement… Parce que nous, on l’aime beaucoup, Joseph Arthur!

Ma note : 6/10

Joseph Arthur
Redemption City
Indica Records
112minutes

josepharthur.com/

http://www.youtube.com/watch?v=FhYU1NOH4Co