Folk Archives - Page 44 sur 45 - Le Canal Auditif

Tom Waits – Bad As Me

Un nouvel album de Tom Waits ? En effet, cinq années après son dernier album studio, le troubadour à la voix granuleuse revient en force avec Bad As Me. Réalisé avec sa femme Kathleen Brennan, le vieux hurleur a ameuté autour de lui une solide bande de malappris incluant Keith Richards, Les Claypool de Primus, Flea des Red Hot Chili Peppers et le fidèle aboyeur sonore; l’excellent guitariste Marc Ribot. À 61 ans bien sonnés, Tom Waits nous prouve une fois de plus, qu’il n’a pas perdu une seule once de sa pertinence.

De Chicago à New Year’s Eve, en passant par la magnifique ballade Last Leaf, chantée en duo avec Keef, Tom Waits revisite ce qui a fait sa renommée. C’est du blues de fond de ruelle, du jazz de bar enfumé, de la musique de cirque mettant en vedette de légendaires perdants déjantés. Le bonhomme grommelle, jappe, utilise sa voix de tête sur des textes un peu plus engagés qu’à l’accoutumée. Je pense à Hell Broke Luce qui fait référence à un soldat envoyé en pâture à la guerre, qui se prend une bombe en plein visage, qui le rendra sourd à jamais. Donc, moins d’expérimentations rythmiques, moins de climats sinistres mais douze chansons magistrales superbement composées! Sur Bad As Me, Tom Waits fait simplement du Tom Waits… et c’est déjà de qualité supérieure à la majorité des titres qui atterrissent ces jours-ci, chez les disquaires.

Bad As Me est le disque le plus accessible de Tom Waits depuis Mule Variations paru en 1999 et gagnant d’un Grammy pour le meilleur album catégorie folk contemporain. Avec cet album, Tom Waits confirme une fois de plus sa place au panthéon des plus illustres songwriters de la musique américaine, aux côtés de Bob Dylan et Neil Young. De toute façon, le vieux schnoque est incapable de produire un mauvais disque. Une nécessité dans votre bibliothèque musicale!

Ma note : 3,5/5

Tom Waits
Bad As Me
Anti- Records
44 minutes

badasme.com

Okkervil River – I Am Very Far

Au printemps dernier paraissait le sixième album de la formation texane Okkervil River titré I Am Very Far. Deux ans après The Stand-Ins et après avoir agi comme groupe de soutien au ressuscité Roky Erickson, la bande à Will Sheff nous revient avec un disque autant déconcertant que rassurant. C’est assurément la réalisation la plus ambitieuse du groupe jusqu’à ce jour.

La folk-country lyrique, auquel nous avait habitué le groupe, laisse place à une approche où la spontanéité s’est dissipée. Orchestrations baroques, chansons épiques et grandiloquentes, l’enrobage vient quelques fois masquer la faiblesse de certaines chansons. D’entrée de jeu, l’excellente The Valley nous indique très bien la destination vers laquelle Okkervil River nous conduit. Rider est une chanson pop classique d’Okkervil River, We Need A Myth est une pièce quelconque superbement réalisée et Mermaid est une ballade comme seul Will Sheff peut en écrire. L’album se termine avec The Rise, chanson de grande envergure qui ennuie plus qu’elle n’envoûte.

Loin de la fougue de Black Sheep Boy et de la profondeur de The Stage Names (leur meilleur disque à mon avis), I Am Very Far marque un virage à moitié réussi mais qui laisse présager malgré tout, un avenir prometteur au groupe. Le prochain disque devrait nous donner la réponse. À vous procurer si vous appréciez Bright Eyes et The Arcade Fire.

Ma note : 2,5/5

Okkervil River
I Am Very Far
Jajaguawar Records
50 minutes

okkervilriver.com

Bonnie Prince Billy – Wolfroy Goes To Town

Bonnie « Prince » Billy, Palace Brothers, Palace Music, bref, le prolifique auteur compositeur interprète né à Louisville dans le Kentucky nous pond un album intitulé Wolfroy Goes To Town. Il ne sert à rien de faire la nomenclature de toutes les parutions du personnage, je n’aurais pas assez d’une page complète. Bonnie « Prince » Billy, c’est une mixture de folk et de country; des structures simples mais des progressions d’accords inusitées dont lui seul a le secret et surtout, des textes torturés mais bien foutus, qui font référence à l’éternel combat entre le bien et le mal.

Sur Wolfroy Goes To Town, l’homme retourne au dépouillement du sublime I See A Darkness paru en 1999. Une guitare acoustique ici, une électrique là, de superbes harmonies vocales mettant en vedette l’omniprésente Angel Olsen et sa magnifique voix. Ici, tout est simple et épuré. L’utilisation judicieuse des silences force l’auditeur à tendre l’oreille attentivement, et Dieu sait que ça n’arrive pas souvent. Nous avons affaire à un album de recueillement et de réflexion.

New Tibet, Black Captain, Cows, le simple Quail And Dumplings, le chef-d’œuvre de sobriété qu’est We Are Unhappy bref, Wolfroy Goes To Town déborde de chansons émouvantes. C’est un disque qui devrait faire sa marque dans la longue discographie de Bonnie « Prince » Billy; de son véritable nom Will Oldham. Qu’on apprécie ou pas sa musique, il faut admettre que le bonhomme possède une signature musicale unique en son genre. Une musique qui s’écoute très bien sur la galerie d’un chalet en région éloigné, un verre à la main, perdu dans ses pensées… Obligatoire pour les amateurs de folk et de « alt-country »!

Ma note : 3,5/5

Bonnie Prince Billy
Wolfroy Goes To Town
Domino Records
52 minutes

myspace.com/princebonniebilly

Ryan Adams – Ashes & Fire

« Last time I was here, it was rainin’
Doesn’t rain here anymore »

Voilà les premières paroles de Ryan Adams entendues sur la pièce d’ouverture Dirty Rain de son nouveau disque solo, Ashes & Fire, qui sera disponible le mardi 11 octobre prochain. Il est vrai qu’il y a eu quelques grosses tempêtes dans la vie du turbulent chanteur country folk américain. L’enfer de la drogue, monsieur connaît, lui qui a été dépendant de l’héroïne et de la cocaïne durant de nombreuses années.

Or, cela ne l’a pas empêché de nous offrir de nombreux disques et projets au cours de cette turbulente période. Entre la sortie de dix albums et la publication de deux livres (Infinity Blues et Hello Sunshine) Ryan Adams a trouvé le temps de fonder une compagnie de disques (PAX-AM) et de collaborer aux albums de Jesse Malin, Fionn Regan et Willie Nelson. Ah oui! Il s’est également marié avec l’actrice de série B Mandy Moore au début de 2009. Ouf! Tout ce préambule pour en arriver à cette incontournable question : sans substances illicites dans le corps, est-ce que Ryan Adams peut enregistrer quand même un bon disque ?

La réponse est un gros OUI! Guitares acoustiques et quelques autres électriques, notes de piano, simples battements brossés de batterie, chœurs discrets et quelques changements de tempo qui accompagnent la voix aigue et cassée du chanteur. On a aussi droit à une reprise toute en douceur d’une chanson d’Iron Maiden, Lucky Now et à la présence de Norah Jones sur certaines pièces. Côté texte, ça parle beaucoup de rédemption, de renaissance et d’amour… Non, il ne pleut plus dans la vie de Ryan Adams… Et ça s’entend!

Ma note : 3,5/5

Ryan Adams
Ashes & Fire
PAX-AM/Capitol
43 minutes

paxamrecords.com

http://www.youtube.com/watch?v=l4VGlkcBtfw

Wilco – The Whole Love

Pas de bavardages inutiles et de verbiages superflus… Wilco et son The Whole Love sort en magasin mardi. Pis? C’est bon? Départ ultra canon avec Art Of Almost qui représente à mon modeste avis la chanson la plus inventive et créative que Wilco a composé dans leur carrière. Un pur délice. Ligne de basse omniprésente à la The National Anthem de Radiohead, utilisation appropriée de boucles électroniques et conclusion dans une apothéose punk-rock mettant en vedette le jeu déluré de Nels Cline à la guitare. Quel guitariste!!!

Par la suite, c’est le retour des confortables pantoufles avec I Might et Sunloathe. Titres qui auraient pu paraître sur Yankee Hotel Foxtrot. Ensuite, l’album progresse vers des territoires déjà explorés par Wilco : de la touchante Black Moon à la pop The Whole Love, le groupe de Chicago revisite habilement et de manière plus convaincante ce folk-rock bruitiste, un peu champ gauche et joué tout en finesse, qu’il avait crée sur ses deux albums précédents. Fin de la traversée avec One Sunday Morning (Song For Jane’s Smiley Boyfriend); une épopée folk attendrissante de douze minutes, incluant de petits moments instrumentaux de toute beauté. Une autre grande chanson!

The Whole Love est le meilleur disque de Wilco depuis A Ghost Is Born. Le groupe est toujours aussi soudé, Tweedy écrit toujours de magnifiques chansons provoquant les frissons, toujours cette voix douce sur le point de casser. Bref, Wilco est toujours significatif et ce, après huit albums! Exploit! Un très bon disque… encore une fois! Rien de vraiment nouveau sous le soleil de Wilco; mais il y a le soleil!

Ma note : 3,5/5

Wilco
The Whole Love
dBpm Records
56 minutes

wilcoworld.net