Folk Archives - Page 44 sur 47 - Le Canal Auditif

Calexico – Algiers

Quatre années de silence, seize printemps au compteur, six parutions studios, d’innombrables projets parallèles et collaborations, voilà qui résume bien la fructueuse carrière de la mythique formation Calexico. Porté magnifiquement par deux musiciens de haut calibre, Joey Burns et John Conventino, Calexico enfantait récemment de son septième disque intitulé Algiers. Sur cette création, le groupe originaire de l’Arizona, nous présente toujours une musique amalgamant une esthétique «mariachi» et cinématographique, saupoudrée de rock planant et fortement constituée d’éléments sonores directement puisés au sein des musiques traditionnelles américaines.

Une seule petite modification à la recette… De toute évidence, l’univers musical cubain fait clairement son apparition sur Algiers, et ce, à la faveur d’un périple créatif fécond à La Havane. Cette touche latino vient agréablement enjoliver cette musique qui se voulait déjà harmonieuse et apaisante. Algiers est un album intimiste où Burns susurre sans ambages ses mélodies à vos oreilles, comme de confortables confidences!

Réverbération naturelle de la voix, batterie présente suavement éthérée, résonnance divine des guitares arpégées, ambiances à la Ennio Morricone, une réalisation pétillante qui laisse naturellement respirer ces chansons, voilà une œuvre crée par des musiciens possédant des connaissances musicales largement supérieures à la moyenne! L’inspiration est inaltérée chez Calexico pour le grand bien des oreilles exigeantes.

Aucun morceau en trop sur ce Algiers et au beau milieu de ce buffet de chansons finement ciselées, j’ai repéré Epic, la quasi rock Splitter, la cubaine Sinner In The Sea, la country-folk Fortune Teller, la cinématographique Para, l’instrumentale Algiers, la captivante Maybe On Monday, la mexicaine/castriste Puerto, la folk émouvante Hush et la monumentale splendidement orchestrée The Vanishing Mind; du grand Calexico! Petit bémol subjectif concernant No Te Vayas, mais grosso modo, ce Algiers tient solidement la route, assez pour vous accompagner avantageusement dans vos rêves de grands espaces!

Adéquatement poussiéreuse, correctement moderne, juste assez inventive, judicieusement émulée de composantes musicales issues d’ailleurs, cette conception est en parfait équilibre. Si vous affectionnez les excès sonores de toutes sortes, vous pourriez être ennuyés par ce Algiers, car Calexico est une formation méticuleuse, rigoureuse et perfectionniste qui ne laisse rien dépasser de sa courtepointe musicale. Donc, un Calexico classique, tissé serré, presque conformiste, sans de véritables débauches sonores, mais qui ne faillit absolument pas à la tâche… encore une fois!

Ma note : 7/10

Calexico
Algiers
Anti/Epitaph
47 minutes

www.casadecalexico.com/

Bob Dylan – Tempest

La légende américaine Bob Dylan lançait son trente-cinquième album pertinemment intitulé Tempest. Ce disque réalisé par Zimmerman lui-même, sous le pseudonyme de Jack Frost, puise son inspiration au sein des musiques traditionnelles américaines. Donc, une mixture alliant habilement le folk, le country, le blues, le rock et le jazz; l’ensemble couronné par la voix chevrotante et sépulcrale du vétéran. Toutes les chansons sont écrites et composées par Dylan, à l’exception de Duquesne Whistle; en collaboration avec Robert Hunter. En 2012, un album de Bob Dylan est-il encore à propos? Le vieux têtu a-t-il encore quelque chose à dire?

Bien franchement, je ferai sûrement réagir les détracteurs de Saint-Bob (et ils sont nombreux), mais je dois avouer que ce Tempest constitue une excellente offrande; sa meilleure depuis le sublime Time Out Of Mind paru en 1997. Tempest est une création sombre et désespérée, où le poète renoue avec ce qui a fait sa marque de commerce: des chansons fleuves dans lesquelles le troubadour exprime au travers de textes poétiques, parfois violents, souvent obscurs et toujours mystérieux, sa fureur de vivre, et ce, à l’âge vénérable de 71 ans. Je n’ai pu que m’incliner devant autant de véracité et de ferveur, malgré les arrangements conventionnels et convenus (pedal steel, banjo, accordéon, violon, orgues et banjo), les structures chansonnières respectant parfaitement la tradition et la voix de casserole de Dylan.

Appuyé solidement par l’excellent guitariste Charlie Sexton, le vieux bougre nous offre un bouquet de dix morceaux inspirés. Parmi les plus estimés, je note le swing jazzé de Duquesne Whistle, le blues-rock bondissant titré Narrow Way, le rock stonien dans lequel Dylan aboie plus qu’il ne chante, nommé Pay In Blood et Scarlet Town, qui rappelle bizarrement l’univers de Nick Cave. J’ajouterai à ces petits bijoux, le blues louisianais titré Early Roman Kings, le folk sinistre et ténébreux intitulé Tin Angel… et cette tempête s’achève magnifiquement sur la pièce titre Tempest et Roll On John; la première, d’une durée de quatorze minutes faisant référence au naufrage du Titanic, et la deuxième, constituant un vibrant hommage à John Lennon. Poignant!

Dylan continue sans gêne de souffler sur les braises, de foncer sans crainte de représailles, avec une justesse de ton ne faisant aucun doute. Sans être révolutionnaire, le barde ne déçoit pas! Il fait encore à sa tête, chante comme un crapaud, écrit comme le bon Dieu et sait encore élaborer des chansons touchantes, empreintes d’un mysticisme qui force l’admiration. À faire rougir beaucoup de ses contemporains!

Ma note : 7,5/10

Bob Dylan
Tempest
Columbia Records
60 minutes

www.bobdylan.com/us/home

The Tallest Man On Earth – There’s No Leaving Now

Au mois de juin dernier, le troubadour suédois Jens Kristian Mattsson, alias The Tallest Man On Earth y allait de sa troisième offrande portant le titre de There’s No Leaving Now. L’artiste folk, influencé fortement par Bob Dylan, et âgé seulement de vingt-neuf ans, possède déjà une réputation des plus enviables. En effet, le précédent effort fût auréolé par la critique internationale et depuis lors, le jeune homme tourne énormément autour de la planète. Mattsson crée une musique dénudée, ancestrale et complètement ancrée dans la pure tradition folk issue des sixties.

Malgré l’omniprésence de l’aura du légendaire Robert Allan Zimmerman, The Tallest Man On Earth possède un talent de mélodiste hors pair, et surtout, une compétence assurée dans son jeu de guitare acoustique; une technique de fingerpicking exécutée avec une facilité déconcertante… et c’est juste assez efficace pour se distinguer de sa majesté Dylan! Sur There’s No Leaving Now, le musicien ajoute quelques couches à son folk minimaliste et dépouillé, tels que orgues, piano, claviers et lapsteel, l’ensemble mixé en sourdine afin de ne pas aplatir la voix et la guitare de Mattsson. Et ça donne, encore une fois, un résultat à la hauteur des attentes, même si l’album n’atteint pas les sommets émotifs de The Wild Hunt.

Le disque regorge de chansons de qualité supérieure et met en évidence le talent indéniable de songwriter du suédois. Que ce soit les orchestrés To Just Grow Away et Revelation Blues, le folk-country de 1904, la superbe Bright Lanterns, la ballade pianistique There’s No Leaving Now, la cadencée Wind And Walls, de même que l’épurée Little Brother, ces chansons orfévrées possèdent tous une signature singulière, malgré le lien de filiation criant avec l’univers musical de vous savez qui.

Malgré la redondance apparente du style musical, The Tallest Man On Earth réussit encore une fois à nous magnétiser avec ses ritournelles captivantes, qui semblent juste assez dégarnies et correctement concoctées, pour permettre à l’auditeur de rester scotcher à son système de son. Quand on écoute Mattsson, le temps s’arrête et une insondable envie de rester en sa compagnie nous prend; et pour réussir ce tour de force avec une musique détenant si peu d’artifice, il faut un extraordinaire talent… et The Tallest Man On Earth nous le prouve une fois de plus avec cette création! Adeptes de folk, vous tenez entre les mains une énorme pointure!

Ma note : 7,5/10

The Tallest Man On Earth
There’s No Leaving Now
Dead Oceans
39 minutes

www.thetallestmanonearth.com/

Anais Mitchell – Young Man In America

Aujourd’hui, je vous propose une critique/rattrapage d’un disque paru en février dernier et qui est passé inaperçu sous les radars du Canal Auditif. Il s’agit du cinquième album de la compositrice folk, originaire de Montpellier dans l’état du Vermont, nommée Anaïs Mitchell. Cette figure prisée et respectée du folk indépendant américain a mis sur le marché un disque titré Young Man In America. Longtemps distribuée par Ani Di Franco et son label Righteous Babe, la musique d’Anaïs Mitchell possède de nombreux liens de parenté avec celle de son grand ami Bon Iver, de Joanna Newsom (particulièrement la tonalité de sa voix) et bien entendu avec celle de Miss Di Franco. Young Man In America fait suite à Hadestown, révélé en 2010 et qui avait enchanté la critique internationale.

L’album démarre sur des chapeaux de roues avec Wilderland, une pièce aux accents tribaux qui fait un peu penser à Bon Iver. Efficace! Par la suite, l’auditeur a droit à quatre morceaux folk-pop de haut niveau: la captivante Young Man In America, la ballade pianistique Coming Down (l’une des meilleures ritournelles entendues en 2012), de même que les efficaces et accrocheuses Dyin Day et Venus.

Par la suite deux chansons quelconques surviennent: la très Ani Di Franco intitulée He Did et la folk un peu champ gauche titrée Annmarie; les seules et uniques moments faiblards de cette création. En effet, l’attachant refrain de Tailor, les magnifiques arrangements de cordes dans Shepherd, les superbes cuivres de You Are Forgiven ainsi que la magnifique et émouvante Ships viennent conclure de manière éclatante ce petit bijou d’album.

Avec cette offrande, Anaïs Mitchell s’illustre une nouvelle fois et solidifie sa place parmi les grands du folk américain. Une confection musicale inspirée, brillamment arrangée, qui ne tombe jamais dans la mièvrerie et la facilité. Une instrumentation au service des chansons: violons, piano, mandoline, guitares et percussions utilisés judicieusement, l’ensemble coordonné intelligemment. Tout est à sa place, rien d’ostentatoire et pompeux, c’est subtil et brillant! Un très très bon disque de folk pop! Les apôtres de ce style musical seront ravis et comblés!

Ma note : 7,5/10

Anais Mitchell
Young Man In America
Wilderland Records
45 minutes

anaismitchell.com/

Edward Sharpe And The Magnetic Zeros – Here

Le 29 mai dernier, la joyeuse troupe d’Edward Sharpe arrivait avec son deuxième album studio: Here. Le groupe, composé de onze musiciens, fut rassemblé par Alex Ebert de la formation Ima Robot, suite à une crise existentielle importante. Après avoir rencontré Jade Castrinos, la deuxième voix de la formation, il recruta les musiciens qui prennent part à ce combo fortement influencé par la musique des années 50 et 60. Si Ebert se dit influencé des groupes anglais des années 60, pour la composition, la facture, elle, fait très folk nord-américaine. On a l’impression de se retrouver dans un bar d’une petite localité du sud-ouest américain, où tout le monde prend un instrument et entame un «jam».

Dans une entrevue accordée récemment à Spin, Ebert disait: «J’essaie de donner plus une ambiance de musique de feu de camp qu’une ambiance de bibliothèque à ce que nous faisons.» Et cela s’entend dès la première chanson, Man On Fire, alors qu’on entend des cris pendant la chanson et que la fin est colorée des rires de membres de la bande.

Cet esprit de célébration est omniprésent sur la galette et la plupart des chansons sont construites en crescendo culminant en un chœur regroupant l’ensemble au grand complet. Le groupe fait parti de cette mouvance qui remet au goût du jour certains styles boudés par la musique pop ces dernières années, comme le bluegrass. D’ailleurs, la voix puissante et habitée de Castrinos est un bijou pour les oreilles. La pièce That’s What’s Up fait tout l’étalage de son talent. Malgré la forte influence du passé, la formation ne fait pas table rase du présent, et une chanson comme One Love To Another, avec ses voix atmosphériques, nous replonge en 2012 sans problèmes.

Bref, Here est un bon album d’été, à écouter sur une terrasse, une bière à la main, en bonne compagnie. Pour tous ceux qui ont apprécié la musique du film O Brother, Where Are Thou? vous risquez de tomber éperdument en amour avec la bande californienne.

Ma note : 7/10

Edward Sharpe And The Magnetic Zeros
Here
Vagrant
38 minutes

edwardsharpeandthemagneticzeros.com/