Folk Archives - Page 44 sur 49 - Le Canal Auditif

Leif Vollebekk – North Americana

Unknown1En 2010, le montréalais Leif Vollebekk avait fait paraître un premier effort titré Inland; album qui avait mérité quelques salves d’applaudissements de la part des critiques. Mardi dernier, l’auteur-compositeur-interprète revenait à la charge avec une deuxième offrande judicieusement intitulée North Americana. Enregistré dans quatre studios différents, Vollebekk désirait ardemment la prise de son parfaite et la version miracle qui aurait permis à ses ritournelles de se hisser au firmament de l’écriture chansonnière folk-country.

Avec l’aide de Tom Gloady (Ryan Adams, Sigur Ros, Patti Smith) et Howard Bilerman (Arcade Fire, Godspeed You! Black Emperor), Leif Vollebekk tente, sur ce North Americana, de se rapprocher de l’univers musical de Ryan Adams (époque Heartbreaker) ou encore de Gillian Welch. Les squelettes de base de la plupart des morceaux ont été consignés en version « live », un peu à la manière de Dylan sur l’album Blood On The Tracks.

Donc, le jeune homme âgé de 27 ans propose un album à la trame narrative accablée d’itinérances et de confidences éloquentes. Musicalement, les guitares sont raffinées et le piano semble avoir été enregistré dans une grande salle vacante. L’esthétique sonore est agrémentée de pedal steel, de violon et d’un harmonica. L’ensemble est nimbé par la voix de Vollebekk qui semble si près de nos conduits auditifs et si immense en même temps. Conséquemment, North Americana est une création qui s’inscrit dans la plus pure tradition de la musique américaine; ce qui est loin de constituer une lacune.

En revanche, quelques bémols sont venus contrecarrer notre appréciation de ce disque. À vrai dire, les influences musicales aveuglantes de Vollebekk, telles que ces inflexions vocales évoquant beaucoup trop Ryan Adams ou encore ce manque flagrant d’efficacité mélodique ont ralenti l’enthousiasme que nous aurions pu aisément obtenir pour cette conception sonore. Loin, mais très loin d’être une galette indigeste, ce North Americana aurait eu la capacité de se hisser beaucoup plus haut, n’eût été de ces frasques créatives.

Qu’à cela ne tienne, cet album renferme quelques fragments qui sont loin d’être négligeables : la superbe valse country Southern United States, les pianistiques Photographer Friend et A Wildfire Took Down Rosenberg, la touchante At The End Of The Line, la très Ryan Adams nommée Pallbearer Blues de même que la sobre et simple From The Fourth… mais pas de grands frissons qui sont si essentiels à un grand disque de folk-country !

Au final, Leif Vollebekk livre un opus qui fait le travail, malgré l’impression de déjà-vu qui accompagne l’écoute de cette tentative. North Americana manque parfois de singularité au niveau mélodique, mais malgré tout, le musicien maîtrise suffisamment l’art de composer des chansons intéressantes qui, combiné à une réalisation brillante et limpide, permet à cette création de faire sa place adroitement jusqu’à notre cortex cérébral. Un essai fort louable !

Ma note : 7/10

Leif Vollebekk
North Americana
Outside Music
42 minutes

leifvollebekk.com

Hayden – Us Alone

62961385Paul Hayden Desser est un songwriter canadien né en 1971 et mieux connu sous le pseudonyme de Hayden. Le troubadour s’est fait connaître au tournant de l’année 1995 en faisant paraître Everything I Long For, un grand disque lo-fi qui amalgamait des sonorités quasi grunge à des effluves de country alternatif; album qui vieillit spécialement très bien! Hayden n’est pas un musicien qui affectionne particulièrement les projecteurs. À l’image de sa musique, notre homme est effacé, concrètement reclus avec sa petite famille quelque part dans le nord de l’Ontario. De temps à autre, il en profite pour sortir de sa tanière afin de mettre sur le marché un nouvel album; et le voici de retour après quatre années d’absence avec une création titrée Us Alone.

Avec les années, le travail de Hayden s’est perfectionné ajoutant au passage des accords de piano, des synthés d’ambiance ainsi qu’une batterie minimaliste, l’entièreté toujours auréolée de cette voix délicate; mais la musique que propose Desser au public demeure somme toute dépouillée, sobre et simple. Alors, pas de surprise ni de réelle fantaisie sonore résidant dans ce Us Alone. Sur cette conception sonore, l’artiste nous sert une œuvre intime, finement ciselée, triste et mélancolique comme lui seul sait le faire.

Donc, Hayden s’est installé confortablement dans une seule pièce avec le groupe qui l’accompagne afin de nous faire entendre ce qu’il sait faire de mieux ; un assemblage de chansons moroses qui s’écoutent particulièrement bien en fin de soirée, après le départ des invités, lors d’une soirée farouchement bien arrosée ! Si le tout à fait présentable The Place Where We Lived, paru en 2009, laissait entrer quelques éclats de lumière dans la sombre tanière de Hayden, Us Alone lui, est résolument spleenétique, malgré les quelques griseries musicales que l’on rencontre au fil des écoutes.

La réalisation est rêche et modeste, ce qui force l’auditeur à axer l’écoute sur les textes et l’écriture chansonnière du barde. Au programme, huit chansons offertes par un confectionneur de ritournelles qui n’a pas peur de côtoyer les aspects obscurs et monotones du quotidien. Parmi les morceaux désarmants, nous avons mémorisé Just Give Me A Name, l’accrocheuse Blurry Nights (avec Emily Haines), la pianistique Old Dreams, la quasi monastique Oh Memory de même que la splendide Instructions ; pièce d’une durée de près de douze minutes. Un seul moment dynamique : l’extrait très rock titré Rainy Saturday !

En fin de compte, voilà un disque qui découragera le mélomane assoiffé de grosse production clinquante et de stimulation musicale hyperactive. En contrepartie, les adeptes du créateur seront en terrain connu et sauront apprécier indubitablement ce Us Alone. Dans un monde concentré sur la performance à tout prix, voici une œuvre essentielle qui ne plaira assurément pas au plus grand nombre ; mais Hayden s’en fout éperdument… tant et aussi longtemps que ses fans continueront de le suivre !

Ma note : 7/10

Hayden
Us Alone
Arts & Crafts
45 minutes

wasteyourdaysaway.com

Grouper – The Man Who Died In His Boat

GROUPER-THE-MAN-WHO-DIED-IN-HIS-BOAT1-575x575-260x260Il y a quelques temps, l’auteure-compositrice-interprète Liz Harris (alias Grouper) et originaire de la ville de Portland en Oregon, lançait un disque intitulé The Man Who Died In His Boat. Oeuvrant dans une sphère musicale alliant les sonorités électro-acoustique et le shoegaze, l’ensemble nappé de réverbération et d’effets de délai accentués, Liz Harris crée une musique qui pourrait se comparer à celle de Julianna Barwick. Cette offrande fait suite à l’album Violet Replacement paru l’an dernier.

Ce The Man Who Died In His Boat regroupe des rejetons qui auraient dû paraître sur l’album Dragging A Dead Deer Up A Hill paru en 2008, mais puisque que ces chansons formaient un tout cohérent (du moins selon Harris), la musicienne a pris la décision de rassembler ces morceaux afin d’en faire un album concret.

La recette prescrite par Grouper renferme les ingrédients suivants : guitare acoustique discrète et cajolée, accords de Wurlitzer, de même qu’une voix totalement éthérée et des paroles inaudibles complètement noyées dans la réverbération et abruptement mixées à l’arrière-plan. Clairement, le chant de Harris pourrait s’apparenter à un « drone », car celui-ci ne sert qu’à fabriquer une atmosphère complètement immatérielle.

La réalisation porte la signature lo-fi, ce qui accentue l’effet d’apesanteur qui tend à se dégager de cette création. The Man Who Died In His Boat est une élaboration sonore férocement contemplative, minimaliste, jalonnée de pianos et claviers réfrigérants et d’enregistrements de bruits de mers. Grouper présente un opus qui respire (parfois trop!?!), somme toute enveloppant, mais absolument hermétique. En résumé, voilà une production artistique qui pourrait épuiser le mélomane insatiable de stimulation sonore hyperactive!

Au fil des auditions, nous avons eu l’étrange impression d’entendre une artiste aux carences techniques incontestables, mais qui a su admirablement camoufler ces insuffisances par une réalisation astucieuse et de bon goût. Très peu de pièces se sont scotchés dans notre cerveau, car The Man Who Died In His Boat est un disque qui s’écoute d’un bout à l’autre, sans interruption. Nous avons quand même remarqué la mélancolique Vital (même progression d’accords que All Tomorrow’s Parties du Velvet Underground), Cloud In Places, l’étrange Cover The Long Way et la chanson titre The Man Who Died In His Boat.

Sans partager l’enthousiasme démesuré de certains médias branchés, nous sommes forcés d’admettre que la direction artistique prônée par Harris, servant à habiller ces chansons simplistes et épurées, est tout à fait pertinente. Une ravissante création, parfois oppressante, qui aurait bénéficié d’une écriture chansonnière plus assumée et concrète… mais ça demeure un album fort prenant et absorbant!

Ma note : 7/10

Grouper
The Man Who Died In His Boat
Kranky
47 minutes

www.kranky.net/artists/grouper.html

http://www.youtube.com/watch?v=o0A36Zb1ZmI

Ron Sexsmith – Forever Endeavour

RonSexsmithForeverEndeavourNouvelle année qui débute sous les airs de cordes pincées d’une guitare sèche accompagnant la voix — si claire — du canadien Ron Sexsmith. Bon, d’accord, le 13e album studio du chanteur folk n’est attendu que le 5 février, mais déjà nous avons pu l’écouter (encore et encore) en exclusivité au cours des dernières semaines pour ainsi vous en parler avant même son arrivée dans les bacs des disquaires.

Pour quiconque connaît le style préconisé par Ron Sexsmith depuis ses débuts dans les années 1990, Forever Endeavour ne surprendra aucunement. Le nouvel opus marque même le retour vers une sonorité plus folk-classique pour Sexsmith, après avoir pris un court détour sur le chemin de la pop-rock avec l’album Long Player Late Bloomer, paru en 2011 et réalisé par Bob Rock (!).

Facile à comprendre : c’est au réalisateur de ses trois premiers disques, de même qu’à l’album Time Being (paru en 2006), Mitchell Froom, que Ron Sexsmith a confié cette fois ses nouvelles compositions. Résultat : nous voici de retour au temps des Other Songs et Whereabout, sortis et appréciés tout juste avant l’arrivée du désormais célèbre bogue de l’an 2000.

Côté musical, on retrouve sur ce disque une formule appréciée et convenue. En excluant She Does My Heart Good et Snake Road, deux pièces où quelques accords (minimes) d’une guitare électrique s’extirpent de l’ensemble musical, le reste des 14 compositions de Forever Endeavour (douze plus deux chansons bonus) met plutôt de l’avant la voix pure et précise de Ron Sexsmith.

Et c’est sans aucune improvisation que le tout est réalisé par M. Froom, alors que les accords musicaux de chacune des pièces, tant pour les musiciens invités (le batteur Pete Thomas, le joueur de basse Bob Glaub et le spécialiste de la « pedal steel » Greg Leisz) que pour le quatuor à corde derrière les airs entendus de violons, violoncelle, trompettes et cor français, ont été écrits à l’avance, avant même l’entrée en studio de l’auteur-compositeur.

C’est donc dans cette ambiance d’une grande précision que la poésie de Ron Sexsmith prend son envol. Encore plus mélancolique et noire ici, elle s’inspire notamment de la peur de la mort (on a récemment retiré une bosse non cancéreuse dans la gorge de Ron Sexsmith), des souvenirs de jeunesse oubliés et du sens à trouver à la vie. Pas joyeux, on en convient!

Au final, Forever Endeavour se veut un retour en arrière sans nostalgie pour Ron Sexsmith. Ses fans ne seront certes pas déçus.

***Sortie de l’album Forever Endeavour le 5 février***

Ma note: 7/10

Ron Sexsmith
Forever Endeavour
Warner Music
42 minutes

www.ronsexsmith.com

Christopher Owens – Lysandre

christopher-owens-lysandreL’auteur-compositeur-interprète âgé de 33 ans, et résident de San Francisco, Christopher Owens, lançait la semaine dernière son premier album solo depuis la dissolution de la formation Girls; groupe qui avait fait paraître l’excellent Father, Son, Holy Ghost en 2011. Le parcours artistique tortueux d’Owens est à souligner puisqu’il provient d’une famille ayant fait partie de la secte religieuse Children Of God. Par la suite, le musicien a quitté la secte afin de déménager à Frisco. Il a été guitariste accompagnateur d’Ariel Pink au sein de la formation Holy Shit. Est-ce que ce premier effort titré Lysandre est à la hauteur des attentes?

En toute honnêteté, voilà une création qui nous a laissé franchement sur notre appétit. Pas vraiment une désagréable conception sonore mais rien qui n’arrive à la cheville de ce qui avait été élaboré au sein de Girls. Owens y va avec un album concept qui raconte les péripéties qui se sont déroulées lors de la première tournée de Girls en 2008; incluant une relation amoureuse avec une jeune française prénommée Lysandre.

Musicalement parlant, Owens privilégie l’esthétique folk-pop ensoleillée, enjolivée de country, colorée de flûte traversière, de saxophone et de Fender Rhodes. Donc, exit la direction « slacker rock » qui prévalait chez son ancienne formation. Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’utilisation inappropriée d’une flûte traversière remémorant les pires moments du prog-rock néo-hippie sévissant dans les années 60-70, et surtout, d’un saxophone qui évoque Kenny G; et ça, c’est loin, mais très loin, de constituer un compliment!

Certains morceaux pourrait servir de jingle publicitaire pour un fabricant quelconque de papier cul tant les arrangements de flûte et de saxophone sont d’un goût douteux. Owens est sans contredit un excellent compositeur, un parolier doué, mais cette fois-ci, l’univers musical proposé n’a pas su nous convaincre!

Quelques pièces viennent sauver la mise telles que Here We Go et Lysandre, qui détiennent un petit je-ne-sais-quoi de Mercury Rev, la pop-rock inoffensive Here We Go Again, la folk-pop Love Is In The Ear Of The Listener et la très Bob Dylan titrée Part Of Me (Lysandre’s Epilogue). En ce qui concerne les ratages complets, nous aimerions souligner la rock Here We Go et la quasi reggae Riviera Rock; tous gâchés par ce saxophone de mauvais goût! Pour ce qui est du reste, ce ne sont que des chansons toutes aussi oubliables les unes que les autres.

Voilà un disque franchement décevant pour ce songwriter normalement doué. Arrangements douteux, chansons banales et pépères, exécutées sans grande conviction, nous étions en droit de nous attendre à beaucoup plus de la part de Christopher Owens. Une première déception… mais à la défense du bonhomme, il a beaucoup trop de talent pour ne pas rebondir; du moins nous l’espérons!

Ma note : 5/10

Christopher Owens
Lysandre
Fat Possum Records
28 minutes

www.christopherowensonline.com/

http://www.youtube.com/watch?v=abxKZhcmR8c