Critiques

Vampire Weekend

Father of the Bride

  • Columbia Records
  • 2019
  • 58 minutes
7

Dire que le quatrième et nouvel album de Vampire Weekend était attendu relève de l’euphémisme. La formation n’avait rien offert depuis l’excellent Modern Vampires of the City en 2013, et on se demandait bien quel serait l’impact du départ de Rostam Batmanglij et le passage du groupe chez Columbia. La réponse tient en un disque plus ambitieux sur le plan de la forme, mais un peu plus léger dans le ton.

Father of the Bride, c’est 18 chansons qui s’étalent sur une heure de musique, avec une foule de collaborateurs invités, dont Rostam lui-même, Danielle Haim des sœurs Haim (qui prête sa voix à trois titres), David Longstreth des Dirty Projectors et Dave Macklovitch de Chromeo, qui co-réalise deux extraits. N’empêche, le disque porte la marque indélébile d’Ezra Koenig, désormais leader incontesté de Vampire Weekend, et dont le talent d’auteur-compositeur s’exprime ici en toute liberté.

Même si Father of the Bride a eu une très longue période de gestation, l’impression qui s’en dégage est celle d’un album créé dans une ambiance détendue et bon enfant. On y ressent une sorte de plaisir naïf de jouer de la musique, et cette bonne humeur est contagieuse. La troupe s’éloigne ainsi du son un peu plus mélancolique de Modern Vampires of the City, mais sans revenir non plus au style hyperactif qui caractérisait ses deux premiers disques. Le résultat est plus funky, plus lousse dans l’interprétation et teinté d’influences diverses qui vont du flamenco au jazz fusion.

L’album s’ouvre dans la plus grande simplicité avec des notes de guitare acoustique sur lesquelles se couche la voix délicate de Koenig qui semble s’adresser à un amour passé alors sur le point de se marier. La mélodie est brillante, à la fois banale dans son contour et pourtant riche de détails qui la rendent mémorable. Le second couplet est chanté par Danielle Haim dans le rôle de la mariée, créant un sentiment de dialogue qui donne son sens au titre de l’album et aux thèmes de l’amour et des difficultés de l’engagement qui traversent plusieurs chansons. Puis vient l’excellente Harmony Hall avec son côté jam rock qui n’est pas sans rappeler la musique d’un groupe comme les Grateful Dead, pour qui Koenig n’a jamais caché son admiration.

Il y a aussi des morceaux où Vampire Weekend refuse de se prendre trop au sérieux, comme le chante d’ailleurs Koenig sur la chanson Sympathy, qui arrive à mi-chemin de l’album avec sa rythmique latine qui semble sortie de l’univers des Gipsy Kings. Les deux titres coréalisés par Dave Macklovitch comptent également parmi les plus ensoleillés de l’album, du moins musicalement. This Life reprend les codes de la pop yéyé des années 60 mais avec un texte dense sur l’infidélité, tandis que How Long? lorgne du côté du rap tout en abordant la question de la crise environnementale en imaginant une Los Angeles entièrement submergée par les eaux.

Certains éléments paraissent toutefois un peu forcés. L’abus d’auto-tune sur Bambino ne sert pas très bien le propos, tandis qu’un titre comme Unbearably White, malgré sa production léchée, s’oublie assez rapidement. La légèreté de ton, sur quelques pièces, donne parfois l’impression d’une pop trop simpliste, comme sur la très Paul Simon Married in a Gold Rush (elle aussi en duo avec Danielle Haim).

Depuis sa parution, Father of the Bride fait presque l’unanimité en sa faveur auprès de la critique (je n’ai lu qu’un avis discordant). Cet engouement me semble justifié, dans la mesure où Vampire Weekend offre ici son disque le plus audacieux et le plus diversifié. Sans dire que la troupe se réinvente, elle évite plusieurs tics qui en ont fait un des groupes les plus polarisants de la scène indie rock. Mais parce que ce nouvel album s’éparpille un peu, il n’atteint pas la profondeur de Modern Vampires of the City, à mon avis. N’empêche, on peut parler d’un retour réussi.

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