Critiques

The Flaming Lips

King’s Mouth : Music and Songs

  • Warner Bros. Records
  • 2019
  • 41 minutes
6

Le 13 avril dernier, dans le cadre du Record Store Day, les « fearless freaks » lançaient officieusement un 15e album en carrière intitulé King’s Mouth : Music and Songs. Pour solenniser l’événement, un total de 4000 vinyles avaient alors été pressés. Mais c’est la semaine dernière que la parution à grande échelle de ce nouveau disque des Flaming Lips a été concrétisée. Soyons honnêtes. Le dernier bon disque de la formation menée par Wayne Coyne et Steven Drozd est Embryonic, paru en… 2009 !

On assiste actuellement au lent déclin d’un groupe qui a connu ses meilleurs jours entre 1999 et 2006; années qui coïncident avec la parution de The Soft Bulletin (1999), Yoshimi Batlles the Pink Robots (2003) et At War with the Mystics (2006). Les Lips ont atteint les bas-fonds avec la parution du très moyen Oczy Mlody (2017). Alors, dans ces circonstances, à quoi s’attendre d’un groupe en panne sèche d’inspiration ?

De prime abord, King’s Mouth est une œuvre visuelle et sonore, créée de toute pièce par Wayne Coyne, qui escorte les spectateurs dans une tête chromée de 10 mètres de haut. Les participants s’assoient sur des coussins en mousse – ceux-ci évoquant une bouche pleine de dents – et assistent à une représentation de pulsations lumineuses. Bien sûr, c’est la trame sonore qui accompagne ce happening expérientiel qui nous est proposé sous la forme d’un album.

King’s Mouth marque un certain retour du groupe à la forme chansonnière, et ce, même si le disque renferme quelques intermèdes dits « expérimentaux » narrés par nul autre que Mick Jones (The Clash, Big Audio Dynamite, etc.). Cet album-concept – certes sympathique – verse trop souvent dans des moments faussement « champ gauche » qui ne servent qu’à masquer ce que l’on décèle chez la formation depuis une bonne dizaine d’années : une incapacité chronique à écrire de bonnes chansons.

Depuis Embryonic, les Lips s’autoparodient en masquant leurs nombreuses faiblesses compositionnelles par des effets sonores douteux et utilisés de façon excessive (voix « vocodées », échantillonnages d’enfants qui pleurent, etc.); How Many Times, All for the Life of the City et Mouth of the King, en tête de liste.

Cela dit, ce King’s Mouth est quand même un brin supérieur à Oczy Mlody. Pourquoi ? Parce qu’on y décèle un certain effort mélodique, même si on regrette l’éviction quasi complète de la section rythmique de la formation. Majoritairement construites avec l’aide d’éléments synthétiques (boîtes à rythmes, vocodeur, etc.) les chansons des Flaming Lips obtiennent plus d’impact avec l’apport d’un batteur et d’un bassiste.

Quelques chansons sortent quand même la tête hors de l’eau. L’excellente Feedaloodum Beedle Dot (du Flaming Lips en mode psychédélique) ainsi que la conclusive How Can a Head font le travail, mais ce n’est pas assez pour retomber en amour avec Coyne et Drozd.

À vrai dire, les plus récents albums des Lips sont de charmantes arnaques sonores. Fictivement psychédélique et expérimental, le groupe se spécialise maintenant dans le camouflage de la décroissance créative qui l’afflige. Certains adhèrent. D’autres pas. À vous de choisir.

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