Critiques

The Chemical Brothers

No Geography

  • Virgin EMI
  • 2019
  • 47 minutes
7,5

Pour celles et ceux qui n’étaient pas sur la planète dans les années 90, The Chemical Brothers est un duo de Manchester formé de Tom Rowlands et Ed Simons qui ont marqué la scène électronique britannique avec leur big beat. Durant les belles années du genre, il était à peu près impossible de ne pas entendre des succès comme Block Rockin’ Beats ou Hey Boy, Hey Girl dans les clubs, entre d’autres pièces des Fatboy Slim et The Prodigy de l’époque. Le duo a réussi à passer le changement de millénaire en mélangeant du house et du techno, du hip hop et du trip hop, en teintant leurs pièces ici et là de sonorités plus fraîches issues de l’IDM et du retour de la synthèse analogique. Néanmoins, c’est à partir de Further (2010) que The Chemical Brothers termine leur transition vers les années 2000 et trouve un équilibre bien plus captivant entre leur expérience et l’inspiration du moment. Même phénomène cinq ans plus tard avec Born in the Echoes (2015) et en avril dernier avec No Geography, neuvième album qui plonge dans les sources d’inspiration du duo pour en ressortir rafraîchies par la qualité de la production.  

Eve Of Destruction commence avec la voix vocodée qui répète le titre de la pièce de façon un peu dissonante, jusqu’à ce qu’une boucle rythmique au synthétiseur nous transporte dans un club à la fin des années 80. La montée en densité culmine sur le roulement classique de caisse claire et passe à une boucle disco qui penche sur du acid house, le résultat est excellent et très entraînant. Bango suit sans prévenir, reprenant le tempo comme un remix d’une première partie. Le montage rythmique est absolument fou, et la performance d’Aurora Aksnes à la voix apporte un edge qui fait un peu penser à Yolandi Visser. Le clavier arpégé ouvre No Geography sur un ton techno, nous faisant passer d’une pièce à l’autre comme un boiler room de rêve. La ligne mélodique de dance triomphant tourne pendant un moment pour passer à un point culminant, comme une trame de montage d’entraînement réussi (Rocky aurait apprécié).

Got To Keep On continue dans la très bonne humeur avec un synth rythmique phasé et un chœur de voix féminines échantillonnées qui clame à répétition que ‘got to keep on making me high’ jusqu’à ce que la pièce devienne complètement disco, avec cloche en cadeau. L’effet d’entraînement est tout simplement irrésistible, spécialement du pont jusqu’à la partie finale. Gravity Drops change délicieusement de tempo pour un rythme électro pop à la Kraftwerk avec une touche de hip hop à la Afrika Bambaataa, le mélange est très satisfaisant. Une boucle scintillante arpégée ouvre The Universe Sent Me pour ensuite laisser la place à un duo kick/basse au-dessus duquel Aksnes plane avec sa voix angélique. Le jeu de densité en vague atteint un sommet à mi-chemin, répétant rythmiquement les échantillons de voix féminine.

We’ve Got To Try ouvre sur du R&B feutré et un chœur de femmes qui chantent ‘yeah!’ jusqu’à ce que la basse acid house fasse virer ça dans une espèce de hip hop hybride extraordinaire. Free Yourself reprend la forme dance fin 80 très dynamique, le montage est efficace, mais ne varie pas tellement, et ça devient un peu répétitif à mi-chemin. MAH commence de façon acid, celle-ci contrastée par des échantillons de chant d’enfants et suivi par des rires de femmes et d’extraits vocaux de pièce funk. Ça explose ensuite à un niveau bien maximisé jusqu’à ce que la ligne de basse reprenne la pièce en main de façon convaincante. Catch Me I’m Falling ralenti complètement le tempo avec une introduction de l’ordre de la balade, en intégrant des échantillons de voix de la chanteuse de Snowbird, Stephanie Rosen. La pièce place la mélodie à l’avant, contrastant avec pas mal tout le reste de l’album, et terminant sur une belle note harmonieuse.

Ça fait quand même trois albums de suite que The Chemical Brothers propose quelque chose de très intéressant musicalement, sans nécessairement innover comme ils l’ont fait dans les années 90, mais en maîtrisant l’art particulier de faire danser. En ce sens No Geography s’écoute un peu comme une trame de party, passant d’un genre à l’autre, même d’une décennie à l’autre sans le moindre effort. La production est tout aussi impressionnante, comme pas mal tout le reste de leur discographie en fait. À faire jouer dans le tapis!

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