Critiques

Salomé Leclerc

27 fois l’aurore

  • Audiogram
  • 2014
  • 44 minutes
8
Le meilleur de lca

53ce88bc8391fLa barre est haute, très haute, plus comme un saut en hauteur qu’un saut de haies pour le deuxième album de Salomé Leclerc intitulé 27 fois l’aurore. Le premier opus paru en 2011, Sous les arbres, a su donner une place enviable à l’auteure-compositrice-interprète québécoise, tant au Québec qu’en France. Avec 27 fois l’aurore, Salomé Leclerc quitte l’épuration du premier album pour un style plus arrangé, comptant sur les claviers électroniques ainsi que sur les rythmes quasi dubstep (voir En dedans) mêlé à des partitions de cuivres. Si certains avaient pu trouver qu’elle manquait d’entrain avec Sous les arbres, les récalcitrants seront ravis avec la pièce lançant l’album, Arlon, un premier simple près du ver d’oreille, et avec Attendre la fin.

L’icône du naufrage met encore en lumière le talent de parolière de Salomé Leclerc, simple, efficace, imagée: «Nous sommes des cages/L’icône du naufrage/Des saisons de passage». Suit ensuite la douce pièce de piano, voix et distorsion, Un bout de fil, probablement l’une des plus belles et plus puissantes pièces de l’album: «J’apporterai la brise/Sans la casser/Ma route est le vertige fatigué».

La signature «Audiogram» se fait parfois un peu trop présente, quoiqu’elle semble bien assumée par Salomé Leclerc à ce qu’en dit la pochette d’album. Peut-être suis-je trop sévère, irritée par l’omniprésence du son électro collé à tous les groupes musicaux du Québec ou presque. La collaboration de Philippe Brault se fait entendre, excellente, mais on dirait un peu décalé par rapport avec le charme si brut et authentique de la Salomé Leclerc du premier album. Tellement présente cette signature que même les cuivres signés Benoît Rocheleau sonnent comme des claviers: un peu synthétique… Néanmoins, Les chemins de l’ombre tire agréablement profit des bidouillages pour ajouter une touche de drame supplémentaire qui sied bien à la musique et aux textes.

27 fois l’aurore s’ancre bien dans l’air du temps et devrait trouver de nombreuses oreilles à satisfaire. «Y’a plusieurs façons/Y’a celle qui fait mal/Y’a celle qui aura sa place dans mon journal»: est-ce qu’avec ces vers de Devant les canons, nous pouvons comprendre que Salomé Leclerc s’est un peu distanciée de ses émotions brutes? Rien n’est moins sûr, mais la couche de vernis musical éloigne l’auditeur de cette gemme de fragilité.

La finale tout en réverbération et en douceur laisse l’auditeur endormi, bordé gentiment. Au final, on se dit que cet album, si on fait fi du premier, est grandiose. Les paroles sensibles, délicieuses, évocatrices sans être clichées s’harmonisent à une guitare grinçante, à des bidouillages peut-être un peu facile et à des cuivres audacieux, pour un tout cohérent, vaporeux et agressif à la fois.

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