Critiques

King Gizzard and the Lizard Wizard

Ice, Death, Planets, Lungs, Mushrooms and Lava

  • KGLW Records
  • 2022
  • 64 minutes
7,5

Même le plus attentif des admirateurs de King Gizzard and the Lizard Wizard a assurément d’énormes difficultés à suivre le rythme de production démentiel imposé par la formation. À moins que ce fan fini consacre son existence entière au groupe… Déjà, cette année, les Australiens ont lancé deux albums : Made in Timeland et Omnium Gatherum. Ici, les deux plus récents disques qui furent présentés / critiqués sont K.G. et L.W. parus l’année dernière.

Il y a quelques semaines déjà, le meneur du groupe, Stu Mackenzie, nous annonçait que les « Gizz » allaient produire pas moins de 5 albums cette année… Voici donc Ice, Death, Planets, Lungs, Mushrooms and Lava qui sous peu sera suivi par Laminated Denim et Changes… et qui vont tous paraître ce mois d’octobre !

Concentrons-nous sur ce 21e album en un peu plus de 12 ans d’existence pour l’hyperactif sextuor. King Gizzard and the Lizard Wizard adore se lancer des défis. Pour ce nouveau long format, le groupe s’est présenté en studio avec quelques fragments chansonniers et des titres de chansons. Pendant les 7 journées consécutives qu’ont duré l’enregistrement, Mackenzie et ses acolytes ont improvisé pendant de nombreuses heures. À la fin de la journée, le bon Stu réécoutait les bandes pour ensuite en faire une chanson en bonne et due forme au montage.

Insatiable, King Gizzard and the Lizard Wizard s’est également précipité sur une autre prise de risque, musicale celle-là : chacune des séances d’improvisations susmentionnées devait être jouée sur l’un des 7 modes de la gamme majeure, en plus d’être rythmée par un BPM défini. Fou raide !

La plupart des adeptes de la formation connaissent les partis pris écologiques et narcotiques du groupe maintes fois exprimés sur plusieurs albums. Dans la conclusive Gliese 710, Mackenzie combine une nouvelle fois, de manière subtile, ses deux « passions » :

Eat the mushroom

Cool the lava

– Gliese 710

En plus d’agir comme une sorte de « best of » des monstrueuses capacités du groupe, Ice, Death, Planets, Lungs, Mushrooms and Lava nous plonge dans une mixture de jazz-rock et de funk, tous deux bien trempés dans le rock psychédélique habituel de la formation. De plus, puisque les pistes de base sont le fruit de longues improvisations, on entend clairement l’énergie que le groupe déploie habituellement en concert.

Le périple démarre avec la pop psychédélique Mycellium, pièce qui aurait pu faire son chemin sur l’album Fishing For Fishies. La mixture de flûte, d’orgue et de wah-wah dans Ice V remémore le jazz fusion du grand Miles Davis, mais en plus domestiqué. Magma suit à peu près la même trajectoire que la précédente. Lava évoque le folk progressif / patchouli des années 70 amalgamé bien sûr à des ascendants jazz et psychédéliques; un morceau qui se conclut en apothéose grâce à un crescendo des plus réussis. Hell’s Hitch est une chevauchée d’une durée de 13 minutes qui contient tout ce que le groupe cherche à exprimer musicalement sur cet album et Iron Lung est un autre clin d’œil à l’œuvre de Davis.

Au risque de nous répéter, le potentiel de la bande à Stu Mackenzie est infini. Dommage que cette hyperactivité créative empêche certains mélomanes de les estimer à leur juste valeur…