Critiques

King Gizzard and the Lizard Wizard

L.W.

  • Flightless Records
  • 2021
  • 42 minutes
7

C’est connu, les gars de King Gizzard & the Lizard Wizard aiment les concepts, qu’il s’agisse d’évoquer la fin du monde sur fond thrash metal (Infest the Rats’ Nest) ou d’écrire un disque qui s’écoute en boucle (Nonagon Infinity). Ainsi, leur nouvel album L.W. se veut la suite du précédent K.G. Si les deux volets sont indissociables, le deuxième se veut un peu plus incisif, sans grande surprise non plus.

L’idée d’un tel diptyque a déjà donné des résultats probants dans le passé. L’exemple qui me vient en tête est celui des albums Mezmerize et Hypnotize de System of a Down, lancés à quelques mois d’intervalle en 2005, et qui forment un tout d’une impressionnante cohérence. L’ado en moi garde aussi un impérissable souvenir des deux Use Your Illusion de Guns n’ Roses, lancés simultanément en septembre 1991, et qui ont chacun leur personnalité propre (le jaune et rouge plus agressif, le bleu et mauve plus épique), mais qui se complètent aussi admirablement bien.

K.G. et L.W. sont eux aussi liés de plusieurs façons. L’intro instrumentale K.G.L.W. qui ouvrait le premier volet revient en conclusion du second chapitre, mais cette fois dans une version élaborée de huit minutes qui boucle la boucle en beauté. De plus, L.W. poursuit dans la même veine que son prédécesseur avec des explorations en territoire microtonal (excellente Static Electricity, entre autres), assurant ainsi une cohérence sonore entre les deux chapitres, au-delà du concept abstrait. Enfin, de la même façon que K.G. permettait au groupe d’explorer de nouveaux genres (le « space disco » d’Intrasport), L.W. ratisse large sur le plan stylistique, notamment grâce à la présence d’un clavinet à la Stevie Wonder sur If Not Now, Then When?

Dans sa critique, l’estimé collègue Jean-Simon Fabien avait habilement décrit K.G. comme donnant « l’impression d’être davantage un patchwork de chansons, une compilation, qu’un album réfléchi, musicalement et conceptuellement ». Cette même impression persiste sur L.W., qui offre encore un condensé de ce que King Gizzard fait de mieux (les mélodies orientales, un côté pastoral dans les moments plus doux, quelques incartades stoner metal), mais sans le petit plus qui caractérise des disques remarquables tels que Polygondwanaland ou Murder of the Universe.

Quand même, ce deuxième chapitre s’avère plus réussi que le premier, avec moins de temps morts et une plus grande force de frappe. Sur K.G., on avait l’impression que le niveau d’énergie était parfois un peu à plat, et certains titres brisaient le rythme. Or, L.W. est plus cohésif et se rapproche davantage sur le plan stylistique de Flying Microtonal Banana, premier essai du groupe en territoire microtonal.

Parmi les moments-forts, notons l’excellente Pleura, qui combine sonorités orientales (utilisation du saz, genre de luth turc) et riffs musclés. Dans un registre moins lourd, Ataraxia porte en elle un petit quelque chose de glam rock, avec même des accents de T-Rex dans la voix, et un refrain accrocheur. La seule chanson qui rate vraiment la cible, selon moi, est Supreme Ascendancy, qui tourne un peu en rond.

Comme tout le monde, les membres de King Gizzard & the Lizard Wizard ont été affectés par la pandémie. En entrevue avec le site Loud and Quiet, Stu Mackenzie a expliqué que K.G. et L.W. avaient été créés à distance, chacun enregistrant ses pistes chez lui. Voilà certes une approche contre-intuitive pour un groupe dont les membres sont habitués à se nourrir de l’énergie des autres. Combiné au départ du batteur Eric Moore, je ne peux m’empêcher de croire que le contexte a eu un impact sur la créativité de la formation australienne. Les meilleurs disques de King Gizzard sont ceux où on les sent en totale symbiose, avec l’énergie dans le tapis. Cela dit, il y a encore plein de bons moments sur L.W., même si on a déjà connu le groupe plus inspiré.

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