Interpol
This Mirror Weighs a Ton
- Partisan Records
- 2026
- 53 minutes
5am, teeth marked skin, I can see out loud
And I know
I start to feel pixelated
As we get buried in the sound
Dive right in
— See Out Loud
Interpol est un groupe inconstant. Son premier album, Turn on the Bright Lights est un bijou. Antics tenait la route, puis ça s’est mis à prendre l’eau. Puis, avec El Pintor en 2014, le groupe renaissait en beauté avec un des albums les plus inspirés de sa discographie. Puis, on repartait avec deux albums plus ordinaires : le correct Marauder et le soporiphique The Other Side of Make-Believe. Est-ce qu’on est toujours dans le creux de vague ou sur la pente ascendante?
Fidèle à lui-même, le groupe lance un This Mirror Weights a Ton tout à fait réussi. C’est aussi un album qui revient à ce qui fait d’Interpol un groupe si intéressant lorsqu’il est en forme : une musicalité indie-rock magnifique, la voix unique de Paul Banks et sa dégaine qui peut à la fois se faire mystérieuse et puissante et des arrangements convaincants. Dans ses paroles, Banks plonge dans des questions personnelles et contemporaines. On y retrouve des questionnements sur ce que c’est « être », des moments colorés de thématiques numériques et une quête du sens de la vie.
And I say, wings on fire is the reason why
These insects around me know they strove on this earth together
Gonna find out who you are
Find out who you are anyway
I’m gonna find out who you are
— Wings on Fire
On retrouve avec plaisir le côté plus dynamique de la formation sur This Mirror Weights a Ton. C’est vrai dès l’excellent See Out Loud, deuxième pièce de l’album. Les riffs de guitare sont musclés, la basse est aussi mélodieuse que prompte alors que les claviers ajoutent une touche sonore qui soutient l’ensemble. De plus, Daniel Kessler y fait une petite apparition derrière le micro qu’il échange avec Paul Banks le temps de quelques vers. C’est l’une des meilleures tounes d’Interpol depuis All the Rage Back Home.
On peut aussi ressortir du lot Wings on Fire qui est un peu plus déposée, mais qui démontre les grandes qualités de Samuel Fogarino à la batterie. Mais de toutes les pièces qui surprennent sur This Mirror Weights a Ton, c’est assurément Wake Up et son groove atypique pour la formation qui frappe le plus fort. Le groupe y alterne entre des rythmes presque latins à des moments de suspensions qui ne font que renforcir le groove efficace de la pièce.
Il y a toujours une belle mélancolie dans le son d’Interpol qu’on entend à travers la voix de Paul Banks. C’est vrai sur Darling Toughts et Ever the Actor, deux pièces typiques de la formation. Malgré ces sons qui ne sont pas étrangers, on n’est pas devant une redite. Interpol se renouvelle à travers son propre son. Les moments plus bruyants deviennent d’autant plus efficaces avec la voix languissante de Banks. Le groupe se rend même dans la stratosphère avec Sudden qui termine l’album.
C’est une des forces de This Mirror Weights a Ton, la capacité d’Interpol d’être à la fois pourvoyeur d’une section rythmique groundée et viscéral et des guitares, des cordes ou la voix qui prend son envol et qui tend vers le ciel. Cette tension, incarnée par les chansons, donne des résultats tout à fait convaincants. Je le recommande vivement.