Critiques

Eddie Vedder

Earthling

  • Republic Records
  • 2022
  • 48 minutes
5

Il est bien loin le jour où ce jeune surfeur, originaire de San Diego, a joint les rangs de Pearl Jam au début des années 90. Âgé aujourd’hui de 57 ans, le vétéran à la voix de baryton s’est bien sûr assagi. Malgré la distanciation assumée de l’auteur de ces lignes envers l’œuvre récente de la formation de Seattle, on a toujours gardé un certain respect pour Eddie Vedder. Quoi qu’on en dise, il est l’une des plus grandes bêtes de scène de sa génération et l’humain, lui, est fort respectable.

En 2020, la populaire formation nous avait plongé dans l’embarras avec Gigaton ce qui avait déplu fortement à quelques inconditionnels de Pearl Jam. En plus de participer à la confection de nombreuses trames sonores, Vedder aime bien lancer des albums solos de façon éparse dans le peu de temps libre qui lui reste. Ukelele Songs (2011) est le dernier effort officiel, en mode esseulé, du charismatique chanteur.

Voilà qu’il nous propose Earthling. Pour ce troisième effort, le vieux routier a rameuté quelques doyens du rock alternatif états-unien : le batteur attitré des Red Hot Chili Peppers, Chad Smith et l’ex-Red Hot, Josh Klinghoffer (guitare), entre autres. Il a également confié les rênes de la réalisation à Andrew Watt (Maroon 5, Justin Bieber), l’homme derrière une panoplie de parutions pop toutes aussi lustrées les unes que les autres.

Si les précédents efforts de l’auteur-compositeur laissaient une place importante aux influences folk, cette fois-ci, c’est le pop-rock qui prédomine… pour le meilleur, mais surtout pour le pire !

Ainsi, Vedder plonge dans le « classic rock », mais en endossant paresseusement les criantes influences que l’on entend tout au long de ce Earthling (Petty, Springsteen et compagnie). Long Way est une copie carbone de l’univers de Tom Petty. Mrs. Mills évoque l’univers beatlesque et ce n’est pas étranger à l’apport rythmique de nul autre que Ringo Starr. The Dark est la rencontre entre The War on Drugs et Pearl Jam, mais là où ça devient embarrassant, c’est quand Eddie nous propose un duo avec Sir Elton John. Intitulée Picture, cette chanson rappelle à quel point le « Rocketman » était déjà désuet au beau milieu des années 90…

Quand Vedder fait résonner les guitares, ça fonctionne assez bien. Power of Right remémore quelque peu Arctic Monkeys, en format « radio friendly », bien entendu. Rose of Jericho est une chanson pop-punk assez réussie. Good and Evil recèle quelques ascendants stoner intéressants. On salue également l’interprétation sentie de Vedder dans Brother of Cloud, pièce que lui a offerte Chris Cornell (Soundgarden) peu avant son départ vers un monde plus paisible.

Earthling déborde de bons sentiments, mais cette bienveillance est décrédibilisée par des choix d’orchestrations douteux — l’harmonica de Stevie Wonder dans Try est insupportable — et une réalisation aussi douce que du vrai coton. À vouloir tirer dans tous les sens, stylistiquement parlant, on cherche désespérément le fil conducteur de cette production.

Earthling repose sur des chansons oscillant entre le blues, la pop, le punk et le rock, toutes liées entre elles par le timbre reconnaissable de l’Américain… comme si un groupe de reprises avait embauché Eddie Vedder comme chanteur.