Critiques

Drive-By Truckers

Welcome 2 Club XIII

  • ATO Records
  • 2022
  • 43 minutes
7

Depuis plus de 25 ans, le quintette mené par Patterson Hood (voix, guitare) et Mike Cooley (voix, guitare) fait partie de ces groupes, aux côtés des Wilco et Hiss Golden Messenger de ce monde, qui gardent magnifiquement en vie la flamme vacillante du country rock. Même les parutions récentes de la formation — English Oceans (2014), American Band (2016), The Unraveling (2020) et The New OK (2020) — ont récolté une fois de plus les éloges de la presse spécialisée.

Ce qui distingue Drive-By Truckers de ses semblables, c’est cette mixture de country et de rock alternatif « à la R.E.M ». Or, le groupe se différencie également par son progressisme politique, social et économique qui s’est toujours exprimé clairement sur tous leurs albums. À l’image de la bande à Michael Stipe, Hood et Cooley sont des sudistes pleinement conscients de leurs privilèges, mais aussi des inégalités sociales grandissantes qui prévalent actuellement dans leur pays en crise.

La semaine dernière, Drive-By Truckers lançait son 14e album en 26 ans d’existence. Enregistré à Athens, Georgia, sous la houlette de David Burke, Welcome 2 Club XIII est un bilan du long chemin parcouru par le groupe. Le titre de ce long format est le nom d’un bar miteux où le duo a offert ses premières prestations scéniques.

Welcome 2 Club XIII est une création aux antipodes des brûlots politiques précédents. Toutefois, ce qui aurait pu verser dans une nostalgie larmoyante s’avère plutôt une rétrospection lucide de la carrière d’un groupe qui ne l’a jamais eu facile. Dans les mains de Hood et Cooley — deux créateurs chansonniers intelligents, lettrés et créatifs — ce retour aux sources est une émouvante plongée dans l’état d’esprit qui animait les deux compositeurs au début de leur carrière. Dans l’introductive The Driver, Hood, dans un spoken-word caverneux, se remémore les moments où il prenait la route, seul, en plein milieu de la nuit, afin de se vider la tête de ses idées noires :

Trying to make sense of the pieces of my life

Still young enough to know how the puzzle fits together

– The Driver

Dans la dépouillée et conclusive Wilder Days, c’est la grande force de caractère de Cooley, admirable et bouleversante, qui s’exprime :

I find it best to laugh at the absurdity of life above the ground

There’s no comfort in survival, but it’s still the best option that I’ve found

– Wilder Days

Musicalement, Drive-By Truckers ne se casse pas la tête en misant sur l’efficacité compositionnelle. Les magnifiques harmonies vocales de l’invité Mike Mills (bassiste de R.E.M), combinées à ce solo de guitare bruitiste de Hood, font de Maria’s Awful Disclosures un probable classique qui sera inséré dans les concerts de la formation. L’apport des cuivres dans Every Singles Storied Flameout énergise l’interprétation de Cooley et Welcome to Club XIII décrit à merveille l’atmosphère crasseuse qui régnait dans ce débit de boisson.

Ceux qui aiment leur country rock dans sa forme la plus authentique apprécieront à sa juste valeur ce Welcome 2 Club XIII. Ceux qui le préfèrent dans un enrobage plus raffiné se tourneront assurément vers le plus récent Wilco, Cruel Country. Sinon, si ces vétérans vous laissent de marbre, Boat Songs du génial MJ Lenderman devrait vous sustenter amplement.

Encore une parution de qualité de la part de Drive-By Truckers.