Critiques

Blanck Mass

Animated Violence Mild

  • Sacred Bones Records
  • 2019
  • 44 minutes
6,5

Depuis 2011 le compositeur britannique Benjamin John Power (co-Fuck Buttons) évolue en solo avec Blanck Mass, projet très dense constitué de techno-industriel, de musique drone et expérimentale. Les ingrédients sont mixés à 11, ce qui fait en sorte que ça sonne comme une tonne de brique même à 1, tel qu’entendu dans Dead Format ou Rhesus Negative, entre autres. Pour avoir vécu une prestation live (les bouchons pour les oreilles sont fortement recommandés), le corps est littéralement massé par les haut-parleurs, ça donne des frissons et au final on sort de là détendu. Power était de retour en août dernier avec sensiblement le même niveau d’intensité sur Animated Violence Mild, nouvel album qui ne renouvelle pas tout à fait la partie saturée, mais propose des incursions intéressantes dans le synth-pop, le punk, le hip-hop et le dance-pop.

Intro commence comme une entrevue à la radio progressivement enterrée par un torrent de lead synth, nous faisant passer à Death Drop, pièce saturée dont le kick impose un rythme de débattement de cœur. Dans cet état d’empressement, la ligne mélodique évolue un peu comme du métal orchestral, bien fixée au-dessus de la base électro industrielle inspirée des années 90, genre vieux Wumpscut. C’est seulement rendu à mi-chemin que ça change brièvement de ton pour transiter par un segment synth-pop et ponctuer merveilleusement bien avec l’effet bloc de béton de la ligne principale. House Vs House enchaîne immédiatement de façon plus saccadée, laissant plus d’espace aux percussions pour texturer le rythme et au lead synth de guider la pièce dans une direction dance pop. La voix trafiquée est presque compréhensible et sert plus d’élément rythmique, combinée à la séquence arpégée qui complète la teinte pop 80s. Hush Money commence par tourner en boucle sur un échantillon de voix ralenti, et part en fusée sur une mélodie avec exactement le même lead synth que la pièce précédente, changeant principalement la partie rythmique. La séquence saturée passe à une plus légère, qui laisse ressortir la mélodie et se rapproche davantage du dance-pop et joue avec le niveau de densité en oscillant entre les deux séquences.

Love is a Parasite commence avec la même agressivité que Death Drop, un peu plus de rapidité et trois accords à la basse. Ça passe à un segment plus ponctué, enchaînant l’énorme masse synthétique avec les percussions jusqu’à ce que ça culmine mélodiquement à mi-chemin avec le clavier arpégé. La finale, plutôt métal, nous ramène au niveau d’intensité de l’intro. Creature/West Fuqua ouvre de manière assez particulière, avec une combinaison de claviers dans le genre à créer une attente pour un riff de guitare à la Money for Nothing. C’est finalement une harpe en délai qui embarque sur une boucle techno déconstruite, laissant la deuxième moitié se dissiper dans le silence sans aller plus loin. No Dice part sur un rythme extrêmement cool de hip-hop, répétant la boucle jusqu’au refrain identifié par le lead synth entendu quelque part ailleurs sur cet album. Wings of Hate reprend la forme mur-de-béton-dans-ta-face dès l’ouverture, passant à la ligne mélodique avec sensiblement les mêmes ingrédients que sur Death Drop et Love is Parasite. La pièce comme telle conclut bien l’album, mais sa ressemblance avec les deux autres donne une impression de troisième partie d’une même pièce.

Le quatrième album de Blanck Mass a conservé une partie de ce que Dumb Flesh (2015) et World Eater (2017) ont établi comme façon de saturer les pièces, autant en nombre de couches qu’en quantité de destruction. En fait, ça le reprend un peu trop de la même façon, ce qui fait en sorte que les trois pièces plus agressives deviennent redondantes. Ce sont clairement les inspirations hip-hop, punk et synth-pop qui permettent aux autres pièces de se démarquer. Power y apporte un contraste dans le phrasé, une façon d’alléger temporairement la tension constante de la saturation, et ça permet heureusement aux oreilles de reprendre leur souffle et d’apprécier une facette renouvelée du projet.

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