Critiques

André Bratten

Pax Americana

  • Smalltown Supersound
  • 2019
  • 34 minutes
6,5

Le compositeur norvégien André Bratten a pris d’assaut la scène électronique scandinave dès son premier album, Be A Man You Ant (2013), avec ses inspirations disco et house et sa palette sonore synthétique contrastée entre les basses chaudes et les hautes froides. L’équilibre était en quelque sorte déjà atteint lorsqu’il est revenu avec Gode (2015), ouvrant son jeu avec élégance et complexité, allant pomper du sang neuf dans le techno et des trucs imprévisibles dans le IDM. Le résultat était captivant et très satisfaisant, et c’est dans cet état d’esprit que son nouvel album, Pax Americana, n’y arrive pas vraiment, pas de la même façon du moins. C’est que Bratten est parti du Roland TR-808 pour composer l’album, approche qui s’inscrit dans toutes sortes de limitations imaginables qui permettent de stimuler la partie débrouillarde de la créativité. L’idée de départ est très bonne et l’exécution, presque autant, mais ça n’a rien à voir avec le territoire couvert par son travail jusqu’à maintenant.

HS apparaît graduellement en fondu sur la séquence rythmique du TR-808, la basse ronde épaissit la masse jusqu’à ce que le clavier atmosphérique vienne compléter la ligne mélodique. Celle-ci ne change pas comme telle, mais la finition évolue en densité jusqu’à ce que ça retombe dans les basses, créant un contraste avec les percussions aiguës et claires. Pax Americana démarre sur un rythme plus nerveux, presque saccadé, pendant que la trame ouateuse enveloppe la partie dansante. Les percussions viennent ajouter une teinte de Detroit techno, ce qui est très satisfaisant sur le moment, mais ça ne va pas plus loin. 426 ouvre sur une trame trafiquée qui ressemble à un vieux vinyle, avec une mélodie développée à partir de la vitesse d’oscillation, nice. La séquence percussive vient hacher ça en tranches minces et la bombarde ensuite avec des basses saturées, ce qui crée un contraste intéressant, même si ça devient étouffant à la longue.

La succulente séquence rythmique dans Commonwealth n’annonce pas du tout le son de clavier qui suit, comme inspiré d’une trame de film d’horreur ou de série télévisée dans laquelle il se passe des choses étranges. L’atmosphère est totalement réussie, mais encore une fois ça ne va pas plus loin que la séquence initiale, et on finit par ressentir un effet de répétition. Ranx compte quatre temps avant de partir sur une boucle dont la basse rebondit un peu comme sur la première pièce, en servant de guide aux percussions jusqu’à l’amincissement à mi-chemin. L’effet planant du pont entre les deux segments techno est efficace, mais l’est beaucoup moins quand il revient à la fin de façon décousue. Recreation 26B ouvre sur une séquence rythmique phasée et un échantillon de field recording de cour d’école qui servent de toile de fond à une trame harmonieuse au clavier. La mélodie s’intensifie graduellement sur la suite d’accords et reste sensiblement à la même altitude jusqu’à ce qu’elle disparaisse en fondu réverbéré.

Je dois avouer qu’après Be A Man You Ant et Gode, il est difficile d’aller aussi loin musicalement avec le concept de Pax Americana. Probablement parce que c’est justement ça que l’album défie, une attente pour quelque chose de plus au lieu de juste passer à autre chose. Rien à voir donc avec les deux premiers albums, hormis peut-être son talent évident pour les textures sonores et les trames synthétiques. Les lignes mélodiques se retrouvent à l’arrière et servent plutôt de canevas sur lequel il n’y a pas bien plus de tension qu’il n’y a de détente. Ça laisse une impression d’aplanissement, de plaines à travers lesquelles le train créatif fait un détour entre deux albums, juste pour entendre comment ça sonne quand c’est fait autrement.

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