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Festival de la chanson de Tadoussac 2022 – Jour 3 : Marco Ema, Marie Claudel, Patrice Michaud, Martha Wainwright et Lisa LeBlanc

C’est déjà mon dernier jour à Tadoussac. J’en ai profité pour aller voir Marco Ema, Marie Claudel, Patrice Michaud, Martha Wainwright et Lisa LeBlanc.

Marco Ema

Le concert de Marco Ema devait s’intégrer dans une série de spectacles appelée Le tour du village. Malheureusement, la température peu clémente a forcé un remaniement des plans. C’est donc à l’intérieur de l’Hôtel Tadoussac que s’est tenu le spectacle. Comme je voulais voir Marco Ema particulièrement, je suis descendue uniquement pour sa prestation. J’ai malgré tout attrapé deux chansons de Dans l’shed, que j’ai trouvées plutôt entraînantes et accrocheuses. Puis, lorsque ça a été son tour de monter sur scène, le chanteur de Vendôme, accompagné de Bruno St-Laurent, a demandé à la foule somme toute nombreuse si les gens le connaissaient. Peu de gens ont répondu par la positive. Je savais que j’assisterais donc vraiment à un moment de découverte pour le public.

Marco Ema a présenté sa musique indie pop folk plutôt sympathique. Ses compositions douces ont bercé la foule qui était très attentive. En présentation de la pièce Vélo Velours, Ema a parlé de son enfance alors qu’il faisait de la drift en vélo et que sa mère lui demandait de mettre son casque avant d’y aller. Il a expliqué que, si cette chanson n’aborde pas exactement ce pan de sa vie, elle en fait mention. Arrivés audit moment, des gens dans la salle ont éclaté de rire. Ce qui a semblé lui faire plaisir, car il a dit qu’il a toujours trouvé que son texte était drôle. « C’est la première fois que des gens rient. Mon rêve, en fait, c’est d’être humoriste! », a-t-il lancé après.

Marie Claudel

Marie Claudel a aussi été victime des conditions météorologiques. Son spectacle qui devait se dérouler à La Halte s’est déplacé dans le sous-sol de l’église. Il a également été décalé dans le temps, ce qui m’a d’ailleurs permis d’y assister. Dès les premières notes, on entre dans l’univers dense de l’autrice-compositrice-interprète. Après sa première chanson, elle demande au public : « Vous n’avez pas trop reculé dans vos chaises? C’était pas trop rock pour vous? » Non, c’était juste parfait. Pendant l’heure et des poussières qu’elle a passé avec nous, la musicienne a démontré qu’elle avait une excellente présence scénique.

On dit souvent de Marie Claudel qu’elle n’a rien à envier au jeu des plus grand.es guitaristes, et c’est bien vrai. Lorsqu’elle interprète Version longue notamment, dans un moment où elle se retrouve seule sur la scène, on voit tout l’étendu de son talent. D’ailleurs, à un certain moment pendant le spectacle, des lumières de toutes les couleurs se sont mises à clignoter derrière le groupe. Je me suis sentie hypnotisée comme dans les cartoons, vous savez, quand leurs yeux deviennent des ronds? En tout cas, c’est l’effet qu’a eu ce spectacle sur moi. Le genre où l’espace-temps semble s’arrêter un instant. Si elle ne propose pas le genre de spectacle rock où les gens font du bodysurfing, l’offre reste somme toute très rock et accrocheuse.

Crédit : Philippe Ruel

Patrice Michaud

Dès que le spectacle de Marie Claudel s’est terminé, je me suis dirigée vers l’église pour aller assister au concert du très sympathique Patrice Michaud. Peut-être est-il trop sympathique, car on dirait que ça donne envie à la foule d’interagir avec lui alors qu’il est sur la scène. Évidemment, un public très réceptif et enthousiaste n’est jamais déplacé dans un spectacle. Or, une personne qui interrompt un artiste alors qu’il parle entre deux chansons pour demander s’il peut « faire un commentaire », ça dépasse un peu les bornes.

Patrice Michaud a très bien géré ça, lui disant d’attendre et prenant le temps de l’écouter par la suite, en mettant au clair que ce serait le seul commentaire de la soirée qu’il prendrait. Malheureusement, ce que l’homme a dit à l’artiste ne s’est pas rendu jusqu’à moi, mais ça semblait sonner comme « je vous aime beaucoup, c’est très bon ce que vous faites. » Une autre personne a également commencé à chanter une chanson qui n’est pas du répertoire de Michaud pendant une introduction musicale à une autre chanson, La saison des pluies. Ça, franchement, ça manquait de respect.

Retour au programme principal maintenant : le concert de Patrice Michaud à proprement dit. L’auteur-compositeur-interprète gaspésien est venu offrir sa pop efficace à la salle comble. Il a pris la foule par la main pour l’amener dans un voyage désorganisé au sein de l’année 1977. On sent qu’il s’amuse, autant quand il joue ses chansons que lorsqu’il parle à la foule entre deux chansons. Il faut absolument que je fasse une mention spéciale à ses pas de danse. Il n’a pas arrêté de danser sauf lors de ses textes plus émotifs, dont La saison des pluies. Cette dernière me fait pleurer à chaudes larmes chaque fois que je l’entends. Cette fois-ci n’a pas dérogé à la règle. Le texte est juste, bien imagé et touchant.

Crédit : Philippe Ruel

Martha Wainwright

C’était également une salle comble qui attendait Martha Wainwright quelques heures plus tard. Après deux chansons, l’autrice-compositrice-interprète canado-américaine a lancé : « Après, ce sera la fin des chansons », donnant le ton à la soirée qui se ferait dans les confidences et l’humour. La musicienne a une voix très particulière. Je sais que c’est un mot qui est galvaudé de nos jours, mais c’est ce qui frappe dès ses premières notes. Elle a une voix très riche, qui couvre plusieurs registres. C’est également toute une interprète. Sa manière de livrer ses textes est très habitée, jusqu’à la jambe qui se lève dans les moments émotifs.

Et des moments émotifs, il y en a eu. L’an dernier, elle a lancé l’album Love Will Be Reborn. Elle était en plein divorce au moment de la création. Elle l’a donc utilisé pour dire ce qu’elle ne pouvait pas devant ses enfants, qui sont « trop jeunes pour comprendre tous les mots, mais assez vieux pour ne pas s’intéresser à la musique de leur mère » de l’aveu de cette dernière. Elle s’est aussi prêtée à une reprise de Dis, Quand Reviendras-Tu? au plaisir de la foule. Elle a d’ailleurs enregistré ce morceau sur un EP en 2005. Or, elle oublie ses mots au deuxième couplet. Quelques personnes dans l’assemblée lui soufflent lesdits mots, et elle reprend comme si de rien n’était. Malgré cet oubli, on lui pardonne, car elle a ce petit côté attachant.

Crédit : Cloé Gagné

Lisa LeBlanc

Pour conclure ma première expérience au Festival de la chanson de Tadoussac, j’ai décidé d’y aller avec Lisa LeBlanc. Ce n’était pas sa première expérience au Festival, comme elle a entre autres pris part aux Chemins d’écriture en 2011. Comme le spectacle de Martha Wainwright s’est un peu étiré, j’ai manqué quelques chansons de LeBlanc. J’arrive alors qu’elle termine Du duvet dans les poches. Elle se lance par la suite dans City Slickers and Country Boys. Un petit bogue sonore s’invite à la fête, qui fait que l’on n’entend que la basse et la batterie. Le groupe ne s’en rend pas compte avant la fin de la chanson. Lisa LeBlanc demande donc au public : « est-ce qu’on la reprend ou on s’en câlisse? », mais face à l’enthousiasme des gens rassemblés, elle la recommence.

Pendant l’heure et demie de son spectacle, Lisa LeBlanc pige autant dans son plus récent long jeu, Chiac Disco, que dans son premier album homonyme, son EP Highways, Heartaches and Time Well Wasted ou encore Why You Wanna Leave, Runaway Queen? D’ailleurs, elle offre quelques chansons sans interlude en anglais, et le spectacle décolle. Les gens se lancent dans un bon mosh pit, les autres se laissent aller, et que dire de l’énergie sur scène. Comme d’habitude, Lisa LeBlanc donne tout un show. Les seuls petits hics de cette prestation, c’est pendant Y fait chaud, qu’elle a chanté alors qu’il faisait quelque chose comme 8 °C et que la majorité du public portait un manteau, on n’entend pas très bien le banjo pendant son solo. De plus, la foule s’est laissé contaminer par l’ambiance festive du spectacle. Ce qui explique, j’imagine, qu’elle n’est pas attentive pendant Kraft Dinner, malgré les nombreux shhhhh qui fusent ci et là. Outre ces détails, Lisa LeBlanc a tout donné sur scène. Quelle artiste, quand même!