Chroniques

Vincent Vallières : « Cette conversation qui dure depuis 20 ans »

En avril dernier, l’auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières faisait paraître Toute beauté n’est pas perdue sur la maison de disque La Maison Fauve. Avec ce huitième album, il témoigne la poursuite de cette bonne discussion et de cet échange avec son public. Un échange fructueux qui a permis à l’artiste d’être encore actif, et ça, depuis 1997. Rencontre avec un artiste dont la beauté du travail n’est jamais perdue.

C’est pendant une journée nuageuse que Vincent Vallières devait me joindre au téléphone pour parler de son plus récent travail. Celui qui a marqué l’histoire musicale québécoise avec sa chanson On va s’aimer encore en 2009 n’a jamais rangé sa guitare acoustique pour autant. Les derniers évènements dans le monde l’ont inspiré plus que jamais.

CAM : Déjà, il faut le dire, la pochette est magnifique !

VV : J’en suis très fier, c’est le travail d’une photographe qui s’appelle Alex Dozois qui a fait ça. J’adore son travail, je suis très fier de collaborer avec elle.

CAM : Quel était l’objectif de ce nouvel album ?

J’te dirai qu’il n’y a pas d’objectif précis quand je me lance dans la création d’un disque. J’essaye simplement d’écrire (…) d’être en symbiose avec la personne que je suis et avec l’air du temps et ce que je suis. C’est mon seul et unique mandat quand je me lance dans un album.

CAM: Quand on s’attaque à certaines de tes chansons, on sent quelque chose de très biographique et proche de toi. Par exemple, avec la chanson Homme de rien, on entend les paroles d’un homme qui a perdu ses rêves ou qui n’a pas atteint ce qu’il aurait voulu accomplir. Pour la chanson La somme, tu parles de ton passé quand tu avais 12 ans. À quel point ton oeuvre est-elle personnelle ?

Ben, je te dirai qu’il y a des segments qui sont très autobiographiques, très ancrés dans ce que j’ai vécu, La somme est le meilleur exemple. J’ai ciblé quelques moments dans ma vie qui ont été marquants et qui m’ont forgé comme individu. Dans le cas de la chanson Homme de rien (..), comme tu l’as si bien l’expliqué (le personnage) qui est un peu au coeur d’une sorte de questionnement et de doute, mais qui essaye, envers et contre tous, de s’en sortir. J’aime cette espèce d’impression d’écrire là. (…) Il faut que ça parte de quelque chose que je connais ou que j’aime.

Je suis un homme de peu

Un homme de rien

Évanoui dans le vide

Du rêve américain

– Homme de rien

CAM : Et, par exemple, Homme de rien, ça parle d’une observation ou ça part de toi personnellement ?

VV : Ben, ça, ça part d’une observation. Quand je l’ai écrit, c’était avant la pandémie, le début de la COVID et l’époque qu’on traverse. Mais, c’était l’ère de Donald Trump aux États-Unis pis c’était l’ère, justement de cette question, de ce constat-là, du vide du rêve américain. Cette promesse n’est pas souvent tenue dans la réalité et c’est un peu cette question que porte ma chanson. (…) Le gars qui attend son numéro, qui se sent comme un numéro (…) Personne ne veut se sentir comme ça. Mais ça nous arrive à un moment où un autre que la question qui resurgit est «c’est quoi notre capacité réelle de nous en sortir ?».

CAM: S’il y’a quelque chose que le public aime chez toi, c’est ta proximité avec lui. Tu as sorti en avril dernier le film Toute beauté n’est pas perdue où on te suit pendant la production de ton album, le document visuel incorpore aussi des performances. À quel point, est-ce important pour toi d’être proche de ton public ?

VV : L’échange passe par le public. Sinon, moi, je suis dans un studio d’enregistrement et je fais de la musique pour moi et mes trois amis. C’est comme une conversation qui existe depuis une vingtaine d’années avec les gens qui me suivent. Il y en a qui me découvre avec ce (nouveau) disque-là. Il y en a d’autres qui m’ont découvert en 1997 quand j’ai sorti ma première maquette avec mon groupe Trente arpents à compte d’auteur. Je vois ça aussi comme une conversation qui évolue au fil des albums, des spectacles, de la vie entre moi et ces personnes-là. C’est notre réalité québécoise. Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui est hypothétique, c’est concret. (..) Il y a vraiment une proximité réelle avec les gens à qui je parle quand c’est possible de le faire. Ceci inspire l’écriture de mes chansons.

CAM : T’as une des plus belles carrières dans l’industrie musicale québécoise depuis plus de 20 ans. Malgré tout ce temps, est-ce que c’est facile de rester au courant des dernières tendances ou de ce qui se fait actuellement dans le paysage musical québécois ?

VV : J’ai beaucoup de plaisir à écouter les nouvelles mouvances de la chanson québécoise. J’pense que c’est très prometteur. Y’a d’excellents artistes qui ont fait des albums actuellement et certains qui sont à surveiller. Au niveau créatif, ça m’emballe.

CAM: Qu’est-ce qui te fait «tripper» musicalement parlant actuellement ?

Dernièrement, j’écoute beaucoup le dernier album de Gab Bouchard. Pour moi, c’est un talent à surveiller. Un gars un peu moins connu, qui est un chum à Jérôme 50, qui s’appelle Simon Kearney avec qui j’ai travaillé en proximité est un autre artiste que j’aime beaucoup. Il y a une fille qui est dans la même compagnie de disque que moi qui se nomme Ariane Roy et qui est excessivement talentueuse. Jérôme 50 (..), Les Louanges, comme tous les artistes mentionnés, ce sont des artistes que je perçois à ce qui se fait de mieux dans la planète en musique. Ce n’est pas juste exclusivement au Québec ou dans la francophonie. (…) J’aime beaucoup aussi ce que Fouki apporte. Il est devenu une sorte de porte d’entrée pour les plus jeunes comme les Cowboys Fringants l’ont été quand j’avais 20 ans.

L’album Toute beauté n’est pas perdue est disponible partout. D’ici là, les collectionneurs de vinyles seront heureux d’apprendre que son album Le monde tourne tort sera disponible en format vinyle dans les prochains mois.

*En collaboration avec le 101,9FM CHAI.

Crédit photo: Marc-Étienne Mongrain / LePetitRusse