Mitski
Nothing’s About to Happen to Me
- Dead Oceans
- 2026
- 34 minutes
Mitski est une femme de concept. C’est clair quand on l’a vu une fois en concert, elle aime se donner des contraintes dans lesquelles elle trouve un terrain de création fertile. En album, c’est parfois présent, mais de manière beaucoup moins appliquée. Jusqu’à Nothing’s About to Happen to Me. Un album qui met en scène une femme qui vit dans une maison en fouillis avec ses chats où elle se sent libre, mais qui se sent opprimée dès qu’elle met le pied hors de sa maison.
Avec NAtHtM, Mitski creuse un terreau fertile qui, évidemment, n’est pas sans rappeler l’anxiété que certaines personnes ont vécue lors du déconfinement. C’est aussi une chronique de la solitude, et de la recherche de celle-ci sans toutefois le faire avec jugement. Elle trouve plutôt le moyen de traiter la chose avec nuance et sensibilité. À la Mitski.
I’d never live in a small town
I’ve made too many mistakes
For where you gotta write your book early
Or it gets written up in your place
— In a Lake
Et dans sa quête d’isolement, il y a aussi des réflexions sur l’anonymat que permettent nos grandes villes qui parfois, peuvent être impersonnelles. Ce sont les propos qui sous-tended In a Lake, la pièce qui ouvre l’album. Mais si l’isolement est traité de manière différente sur Nothing’s About to Happen to Me, il y a l’angle amoureux qui fait est bien présente sur Cats et If I Leave, deux pièces qui se suivent logiquement. Dans la première, elle porte le message que l’être aimé doit quitter s’il est tanné. Dans la deuxième, elle se demande ce qui arrivera si elle quitte.
Would you have liked me better if I’d died
So you could tell my story
The way it ought to be
You’d find my parents and ask to see my things
Rifle through it all
Fill the blanks with what you need
— Dead Woman
Avec Dead Woman, autre chose fait son apparition, peut-être l’ultime isolation : la mort. Ce n’est pas aussi noir que ça semble, même si musicalement, le calme apparent de Mitski ajoute de l’inquiétude. Le genre de pièce qui aurait pu se retrouver au Roundhouse Club de Twin Peaks. Le thème de la mort suit l’ensemble des pièces par la suite.
Quand on additionne les pièces sur l’amour qui quitte, puis la mort qui prend le dessus, c’est sûr qu’il est difficile d’ignorer que tout cela sonne comme le récit d’une femme profondément déprimée après une séparation.
Musicalement, Mitski est toujours aussi adroite avec ses pièces. De la jazzée I’ll Change for You à la dynamique Where’s My Phone, elle démontre une fois de plus la polyvalence de sa palette musicale. That White Cat offre de bons moments avec son rock plus assumé aussi. Dans l’ensemble, c’est un indie-rock avec des touches de folk qui fait la loi sur Nothing’s About to Happen to Me. Ce ne sont pas ses moments les plus aventureux, mais c’est de la qualité.
Dans son ensemble l’album est agréable, malgré le côté sombre du récit. Mitski le chante avec une légèreté agréable et son interprétation impeccable nous rappelle pourquoi nous l’aimons bien. Ce n’est pas aussi fort que Puberty 2 ou Be the Cowboy, mais ce n’est franchement pas vilain.