Critiques

Mitski

Be the Cowboy

  • Dead Oceans Records
  • 2018
  • 33 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Be the Cowboy de Mitski était attendu de pied ferme. Après le succès de Puberty 2 paru en 2016, pour la première fois, des attentes étaient placées envers cet album. Mitski, elle, n’en a rien à faire, elle continue d’approfondir ses talents de compositrices, de rechercher la pop à des endroits bizarres, de créer des mélodies atypiques, mais facilement digestibles. La jeune Sino-Américaine frappe un coup fort avec Be the Cowboy une œuvre riche autant au niveau des paroles que des trames inventives, audacieuses et franchement irrésistibles.

L’album s’entame sur le simple Geyser paru un peu plus tôt cette année. Avec son gros glitch, comme une radio qui griche, son orgue bizarre et sa montée infinie, c’est un choix particulier, mais infiniment efficace. On finit la première chanson et on a déjà le poing en l’air après que Mitski nous ait chanté les dernières paroles sur des sonorités tirées de la musique folk traditionnelle de Grand-Bretagne.

Though I’m a geyser
Feel it bubbling from below
Hear it call, hear it call
Hear it call to me
Constantly
And hear the harmony
Only when it’s harming me
It’s not real, it’s not real
It’s not real enough

— Geyser

Même si l’on peut faire une interprétation de la chanson tournée vers les relations amoureuses, Mitski a confié que c’est de la musique en général qu’elle parle. Beaucoup moins romantique. Mais bon, après tout, on lit bien ce qu’on veut dans un texte. L’autre extrait paru avant la sortie de l’album est l’irrésistible Nobody avec ses rythmes quasi disco, qui pue la solitude et l’aliénation. À la manière de U.S. Girls, elle nous donne envie de danser sur des paroles qui n’ont rien de réjouissant.

And I don’t want your pity
I just want somebody near me
Guess I’m a coward
I just want to feel alright
And I know no one will save me
I just need someone to kiss
Give me one good honest kiss
And I’ll be alright

— Nobody

À l’opposition Me and My Husband chante une trame où on y sent les problèmes qui peuvent apparaître au sein d’un couple qui a été ensemble longtemps. Les préoccupations ne sont plus les mêmes et Mitski qui vieillit n’a pas envie d’avoir à parler de sortir en boîte et de tomber en amour le reste de sa vie, alors que ce n’est plus une préoccupation comme elle l’expliquait dans une entrevue avec The 405.

Tout comme U.S. Girls un peu plus tôt cette année, Mitski joue sur les nombreux personnages de son album pour se permettre d’écrire sur ce qui lui tente. Old Friend chante la rencontre de deux ex qui ont fait leur bout de chemin et ce que ça ramène comme souvenir et nostalgie. Mitski n’est pas gêné de prononcer des paroles crues. Cette appréciable honnêteté frappe toujours fort.

‘Cause nobody butters me up like you, and
Nobody fucks me like me

— A Pearl

On retrouve très peu de structures de chanson typique chez Mitski. Et malgré tout, elle trouve le moyen de créer des moments suffisamment forts dans ses chansons pour marquer l’esprit. Ce n’est pas une chose aisée et cela démontre son immense talent. Be the Cowboy est un album complexe qui se bonifie à chaque écoute. Sa richesse musicale et textuelle en fait un incontournable en 2018.

 

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