pop Archives - Le Canal Auditif

Critique : Wavves – You’re Welcome

Après avoir signé une entente avec une maison de disques « mastodonte », combien d’artistes ont émergé de cette expérience complètement désenchantée ? Comme beaucoup d’autres, la formation pop-punk psychédélique Wavves vient de sortir meurtrie de cet essai. Pour bien comprendre à quel point certaines « majors » se contrecrissent de leurs artistes dits de second niveau (je n’ai aucun mal à sacrer lorsqu’il s’agit de ce genre d’entreprise), je vous invite à lire l’entrevue qu’a donnée Nathan Williams, le meneur de Wavves, aux Inrocks : http://www.lesinrocks.com/2017/03/02/musique/content-wavves-regle-comptes-ex-maison-de-disques-11918781/. Ç’a en dit très long sur l’organigramme boursouflée et l’incompétence crasse qui sévissent chez la plupart de ces enflures.

La semaine dernière, la bande à Williams lançait un 6e album, celui-là, sur leur propre label, intitulé You’re Welcome. Afraid Of Heights (2013) et V (2015) avaient vu le jour chez Warner. Deux créations marquées par un virage pop-punk accentué qui, sans être indigeste, m’avait laissé passablement de marbre. Je préfère Wavves en mode lo-fi et un peu plus crasseux.

Étant donné les mésaventures vécues avec Warner, je m’attendais à un proverbial retour aux sources pour Wavves. Si Williams est outré par l’inaptitude de Warner à bien appuyer ses artistes, ce You’re Welcome confirme l’abandon concret de l’esthétique lo-fi préconisé depuis les balbutiements du groupe. Sans se transformer en émule de Blink-182, la formation accentue son penchant pop-punk en y incluant un peu de doo-wop, des ascendants sud-américains, des moments new-wave et bien sûr un soupçon de psychédélisme bon enfant issu des années 60. Et c’est mélodiquement que l’influence sixties se fait particulièrement sentir. Je soupçonne fortement Williams de s’être immergé dans l’œuvre complète du bon vieux Brian Wilson. Puisque cette référence a été utilisée de façon excessive au cours des dernières années, je n’ai pas été totalement convaincu par ce 6e effort.

Pas que ce soit un mauvais disque. C’est de loin supérieur à l’insipide V, mais j’aurais préféré plus de hargne et moins de mélodies enfantines. Cela dit, ce disque ne paraît pas en plein bourgeonnement printanier pour rien, car il constituera une bonne trame sonore pour l’amateur de rock qui ne veut pas se casser la tête cet été. Ça s’écoute avec insouciance, une sangria à la main.

Vu sous cet angle, You’re Welcome fait le travail et est très efficace. Vu sous l’angle de l’indécrottable punk-rockeur qui subsiste encore en moi, je classifierai rapidement ce disque dans la catégorie « trois petits tours et puis s’en vont ».

Qu’à cela ne tienne, la majorité des chansons tiennent solidement la route et je ne suis pas étonné, car Williams est un excellent compositeur pop. Parmi les meilleures, j’ai noté l’entrée en matière Daisy (un refrain imparable), les très pop-punk No Shade et Dreams Of Grandeur ainsi que le pop-rock très estival titré Stupid In Love. La finale, qui se veut totalement doo-wop, et intitulée I Love You, fait également sourire.

Verdict ? Un bon disque de la part Wavves qui, en pleine canicule, fera son effet auprès des rockeurs adeptes de camisoles molles. Mais puisque je suis plutôt un homme qui assume pleinement sa nordicité, je préfère, et de loin, les bonnes grosses tempêtes de neige…

Ma note: 6,5/10

Wavves
You’re Welcome
Ghost Ramp
35 minutes

http://wavves.net/

Critique : Perfume Genius – No Shape

Automne 2014 : le 3e album de l’écorché vif Perfume Genius (de son vrai nom Mike Hadreas) intitulé Too Bright était révélé. Les deux efforts précédents, cantonnés dans une recette dite « seule au piano », avaient reçu l’approbation d’un public branché, mais avec Too Bright, Hadreas s’est transformé en un véritable musicien, enrobant ses chansons de synthés menaçants, et ce, sans perdre la base pianistique de sa musique. Un album pas reposant sur lequel l’homme revendiquait sans compromis un noble droit à la différence. Une création coup-de-poing qui m’avait touché en plein cœur.

La semaine dernière, Hadreas était de retour avec une nouvelle création titrée No Shape. L’homme se porte un peu mieux que lors de la gestation de Too Bright, semble-t-il : « I pay my rent. I’m approaching health. The things that are bothering me personally are less clear, more confusing. I think a lot of them are about trying to be happy in the face of whatever bullshit I created for myself or how horrible everything and everyone is. »… mais l’aigreur et la colère ne se cachent jamais très loin dans le coeur et l’oeuvre d’Hadreas. Je peux parfaitement le comprendre.

Musicalement, Hadreas pousse encore plus loin la démarche entreprise sur Too Bright en pigeant dans de nombreuses et foisonnantes influences : soul, new wave, R&B, musique de chambre, krautrock, pour ne nommer que celles-ci. Chaque chanson détient sa propre identité. Lorsque vous explorerez pour une première fois ce disque, vous pourriez être un peu étourdi, voire même un peu confus. Tout ça se replace au cours des écoutes subséquentes. C’est grâce à un indéniable talent mélodique et à une grande capacité de modulation vocale que Perfume Genius nous garde captifs.

Si j’avais adoré la vocation « inquiétante » de Too Bright, j’ai eu un peu de peine à m’adapter à l’éclectisme entendu dans ce No Shape. Et il faut avouer que ce nouvel album ne comporte aucune chanson du calibre de Queen.

Cela dit, No Shape est un excellent disque, pas de doute là-dessus. Et ça fonctionne grâce à une judicieuse alternance entre des pièces plus intimistes, pratiquement bizarres, et d’autres évoquant des explosions volcaniques aussi troublantes qu’éblouissantes. L’entrée en matière, titrée Otherside, en est l’exemple le plus probant. Après une introduction minimaliste et bouleversante, on assiste à l’avènement d’un arc-en-ciel synthétique d’une rare beauté.

Aussi, je vous conseille de prêter l’oreille à cette mixture d’Angelo Badalamenti et Antony Hegarty (Anohni) entendue dans Just Like Love. Le folk pop Valley, l’incursion dans un univers digne d’un orchestre de chambre intitulée Every Night, l’approche vocale « à la Mark Hollis » dans Braid, le duo Natalie Mering (Weyes Blood) et Hadreas dans Sides de même que la poignante Alan font aussi partie des moments forts de ce No shape.

Si l’effet immédiat de Too Bright m’avait jeté cul par-dessus tête, je dois avouer que No Shape concrétise une fois pour toutes l’importante place que prendra Mike Hadreas, à l’avenir, en tant qu’auteur-compositeur-interprète contestataire. En bousculant l’ordre établi, en remettant en question les préceptes de nos chers « bien-pensants » quant à l’acceptation sans condition d’une homosexualité affirmée, je ne peux que révérer les intentions artistiques et sociales de Perfume Genius. Un immense artiste en devenir… si ce n’est pas déjà fait.

Ma note: 8/10

Perfume Genius
No Shape
Matador Records
43 minutes

http://perfumegenius.org/

Critique : Robyn Hitchcock – Robyn Hitchcock

Assez anonyme de ce côté-ci de la grande flaque, l’auteur-compositeur-interprète britannique âgé de 64 ans, Robyn Hitchcock, faisait paraître la semaine dernière un énième album en carrière : l’homonyme Robyn Hitchcock. Le multi-instrumentiste influencé par les mythiques John Lennon et Syd Barrett est connu en Amérique pour son mini succès, Madonna of the Wasps, sur lequel l’excellent Peter Buck (guitariste de R.E.M) y va de ses meilleures accroches arpégées. Autant à la fin des années 70 avec The Soft Boys qu’avec ses acolytes The Egyptians, Hitchcock a toujours proposé des disques aux accents pop psychédéliques de qualité. Le bonhomme est un maître mélodiste, pas de doute là-dessus.

Trois années se sont écoulées depuis la parution de The Man Upstairs et durant ce laps de temps, Hitchcock s’est installé à Nashville afin de s’immerger dans « l’American Songbook ». Bien entendu, cette immersion vient quelque peu influencer le son d’ensemble de ce nouvel album, mais ceux qui connaissent Hitchcock ne seront pas dépaysés. On retrouve intact tout le talent mélodique de l’artiste qui est ici bonifié par un pop-rock assez abrasif. Pour tout dire, c’est un excellent disque de la part du vétéran.

Et l’excellence de cette création n’est pas étrangère à la réalisation de Brendan Benson, la tendre moitié de Jack White au sein des Raconteurs. De plus, le père Hitchcock est appuyé par les voix de Gillian Welch (grande « country girl » devant l’éternel) et de Grant Lee-Phillips (ex-meneur de Grant Lee Buffalo). Le guitariste Pat Sansone (Wilco) vient également prêter main-forte au Britannique sur quelques pièces. Entouré d’autant de talent, Hitchcock ne pouvait rater son coup.

À cet âge, on ne peut exiger d’Hitchcock de se réinventer complètement, mais le côté « droit au but », la qualité des chansons et la voix limpide du chanteur font de cette production une réussite. Parmi les joyaux ? La très Johnny Cash intitulée I Pray When I’m Drunk, les guitares, à la The Byrds, évoquées dans Mad Shelley’s Letterbox, le petit penchant « Gram Parsons » et les superbes harmonies célestes dans 1970 in Aspics ainsi que la néo-psychédélique aux accents beatlesques titrée Autumn Sunglasses… et c’est bon du début à la fin.

Le doyen a atteint les 64 ans bien sonnés. Je vous mets donc au défi de dénicher des vétérans compositeurs capables d’autant de pertinence qui ne s’égarent pas dans des sentiers faussement créatifs. Hitchcock est totalement intègre et a eu la grande intelligence de bien s’entourer, de faire pleinement confiance à ses fréquentations professionnelles. Allez, les jeunots ! Ne serait-ce que pour parfaire vos connaissances musicales, je vous invite à visiter l’univers musical de Robyn Hitchcock. Un artiste qui n’est manifestement pas apprécié à sa juste valeur… du moins ici même en Amérique.

Ma note: 7/10

Robyn Hitchcock
Robyn Hitchcock
Yep Roc Records
35 minutes

http://www.robynhitchcock.com/

Critique : Hollerado – Born Yesterday

Au printemps 2013, j’avais fait la critique de l’album titré White Paint de la formation originaire d’Ottawa nommée Hollerado. Pas un disque mémorable, tant s’en faut. Beaucoup trop de compromis afin de plaire aux radios rock FM A Mare Usque Ad Mare. Par la suite, le quatuor a proposé 111 Songs; un projet où un fan pouvait envoyer ses coordonnées au groupe avec une ou deux histoires personnelles à raconter. Hollerado a ainsi créé 111 chansons qui s’inspiraient directement des confessions de leurs fervents admirateurs.

4 ans après White Paint, les Canadiens sont de retour avec un nouvel album que je qualifierais de proverbial retour aux sources. Sans être la révolution, on y entend un groupe totalement dynamisé. Ce Born Yesterday, malgré les références aveuglantes à Weezer (voire Brick Wall) et quelques incursions dans l’électro-rock à la Duran Duran (voire Grief Money) fait le travail.

Un bon album de cols bleus qui satisfera l’amateur de rock canadien. En char, les fenêtres baissées, avec une bonne boîte de Timbits sur la banquette arrière et un café un lait un sucre, ça se prend bien. Et pour apprécier votre « ride » de prolétaire, je vous invite à monter le son, lorsque s’entamera I Got You. Impossible de résister.

Cela dit, mon propos pourra sembler méprisant aux âmes qui n’en ont que pour la feuille d’érable, mais je suis sincère. Très peu de groupes détiennent cette capacité de créer du bon pop-rock radiophonique et, avec ce Born Yesterday, Hollerado s’élève au-dessus de la mêlée. La réalisation est léchée, comme il se doit, mais n’amenuise en rien l’explosivité des chansons. Chacun des refrains, sans aucune exception, est accrocheur et le groupe brasse juste assez la cage pour demeurer captivant, et ce, sans s’aliéner le mélomane à temps partiel qui a envie de fuir la réalité… les fenêtres baissées avec une boîte de Timbits !

En plus des chansons mentionnées précédemment dans le texte, Hollerado tire bien son épingle du jeu avec Éloise qui évoque le rock de Tom Petty & The Heartbreakers. If It Is Love est juste assez « fromagé » pour rassembler la multitude, sans perdre ce je-ne-sais-quoi de crédible. J’insiste sur le « je-ne-sais-quoi de crédible »…

De manière objective, Hollerado a conçu un album qui plaira à ses admirateurs et qui respecte parfaitement les codes du pop-rock mercantile. Bon. Est-ce que je prêterai l’oreille régulièrement à ce Born Yesterday ? Pas vraiment. J’ai des choses plus productives à faire que de me mettre à triper ma vie sur Hollerado. Donc, aucun danger que vous me rencontriez dans un Tim Horton près de chez vous.

Ma note: 6/10

Hollerado
Born Yesterday
Royal Mountain Records
37 minutes

http://www.hollerado.com/

Critique : White Reaper – The World’s Best American Band

Quand un groupe rock a le culot de titrer son album The World’s Best American Band, il se doit de livrer la marchandise… même si j’ai très bien saisi la pointe de sarcasme qui se cache là-dessous. Basé à Louisville, Kentucky, la formation menée par Tony Esposito – pas l’ancien goaler des Blackhawks de Chicago – propose une sorte de garage rock fédérateur comportant quelques moments plus « punk ». En vérité, White Reaper est tout simplement un quatuor pop-rock qui fait semblant de grafigner…

En 2015, la bande avait lancé White Reaper Does It Again qui voyait la formation arpenter les sentiers déjà balisés par de vieilles moppes comme les Who, les Clash, les Stones et les Replacements. Il se fait bien pire comme ascendants. Tout réside bien sûr dans le rendu général et sur ce premier effort officiel, on pouvait affirmer que White Reaper avait bien enfilé ses bottes de travail. Qu’en est-il alors de ce The World’s Best American Band ?

Ce disque débute bien mal avec une foule en délire qui accueille le groupe qui, lui, y va de sa racoleuse chanson titre parfaitement « arena rock ». Après une Judy French qui sonne comme du sous-Replacements, c’est l’inutile Eagle Beach qui sévit et qui sonne comme du sous-Strokes. Ç’a en dit très long, n’est-ce pas ? Aucune hargne, un riff de culottes courtes, une mélodie quelconque, cette chanson, c’est du rock à l’état de mort-vivant.

Par la suite, de Little Silver Cross jusqu’à Party Next Door, nos faux rockeurs se prennent pour un Bruce Springsteen gonflé à l’hélium (déjà que The Boss en format rock, c’est assez pompeux, merci). Parmi les navets à ajouter à cette exhaustive liste, Tell Me, qui évoque les pires moments du hard rock à spandex des années 80, est une pure perte de temps auditive.

En contrepartie, quand Esposito et ses acolytes y mettent toute la gomme, on découvre un groupe capable d’une certaine fougue. Le refrain explosif dans Daisies et la très New York Dolls, intitulée Another Day, font la preuve par mille que si White Reaper laissait en plan leurs ambitions mercantiles afin de brasser la baraque pour vrai, on pourrait être agréablement surpris.

The World’s Best American Band est l’exemple probant de ce qui tue le pop-rock depuis de nombreuses années. White Reaper, c’est du rock tout aussi doux que du vrai coton, aussi bien-dire que c’est de l’anti-rock ! C’est ce que ça donne lorsque la priorité est mise sur la possibilité d’élargir son auditoire plutôt que sur une interprétation juvénile et un son rentre-dedans. Un autre groupe victime de sa vision à court terme.

Bref, comme vous pouvez le constater, j’ai une plus grande affection pour l’ensemble de la carrière de Tony Esposito, le gardien de but, que pour le travail de songwriter de Tony Esposito, le meneur de White Reaper. Si vous avez envie d’écouter du rock passé à la moulinette du marketing, grand bien vous fasse. Ça me fera plaisir de vous laisser en compagnie de White Reaper

Ma note: 4,5/10

White Reaper
The World’s Best American Band
Polyvinyl
31 minutes

https://whitereaperusa.com/