Pharmakon - Bestial Burden - Le Canal Auditif

Pharmakon – Bestial Burden

pharmakon-320x320Bestial Burden est le nouvel album de la jeune sensation new-yorkaise du noise Margaret Chardiet, alias Pharmakon. Comme son album de l’an dernier, Abandon, c’est un album court qui fout la trouille. On associe habituellement le mot “album” à quelque chose d’un peu plus consistent que ce qui est offert ici. Bestial Burden est une courte décharge avec une seule idée en tête et une seule chose à exprimer. Et si le mot décharge vous fait penser à quelque chose de destructeur (ou de bassement anatomique), la connotation est très appropriée.

Cet album aurait été inspiré par une urgence médicale et une opération chirurgicale qu’aurait subie Chardiet. Pendant sa convalescence, elle a commencé à percevoir son esprit comme un passager prisonnier d’un corps faillible et voué à la décrépitude, à la mort et à la décomposition. La joie, quoi! Bestial Burden a les défauts de ses qualités. Il n’est guère plus que l’expression de cette seule et unique idée, mais cette idée est traduite à la perfection. Bestial Burden est pure angoisse et panique exprimée par les sons.

Pharmakon est encore jeune, mais œuvre depuis déjà plusieurs années dans l’underground noise de New York. Si elle reçoit passablement plus d’attention que ses pairs, c’est en partie à cause de l’incongruité de voir une jeune femme faire un vacarme aussi malsain, mais c’est aussi pour l’aspect physique et combatif de ses spectacles. Elle produit des sons à partir de sources diverses, notamment en frappant et frottant une grosse plaque de métal, elle fait jouer ces sons en boucle, puis elle arpente la scène et descend dans la foule pour grogner et hurler à proximité du public.

Mais au-delà de l’apparence et de l’énergie sur scène, c’est par sa voix que s’impose véritablement Pharmakon. C’est ce qui retient l’attention à la première écoute, et c’est ce qui garantit que Chardiet reçoive plus d’attention que d’autres musiciens noise, même ceux à la technique et au style plus développés. C’est l’aspect de sa musique qui la rend la plus humaine, même si ces hurlements n’ont presque plus rien d’humain quand elle les pousse à fond. Malgré leur aspect rébarbatif, c’est ce qui risque le plus d’attirer vers elle des fans pas encore habitués au noise industriel tel qu’elle le préconise.

J’espère que la suite prendra plus d’ampleur et d’envergure, dans le sujet comme dans la technique, mais pour l’instant, la musique de Pharmakon fait ce qu’elle a à faire, avec une très grande efficacité et une impressionnante force de frappe.

Ma note: 7,5/10

Pharmakon
Bestial Burden
Sacred Bones
29 minutes

www.sacredbonesrecords.com/collections/pharmakon

Commentaires

  1. Matthias a écrit : :

    Article réducteur à souhait qui ne rend en aucun cas compte de l’envergure de l’album ainsi que du projet de Margaret Chardiet.

    « l’incongruité de voir une jeune femme faire un vacarme aussi malsain »
    Cette remarque résume à elle seule le manque de pertinence de votre propos. La scène musicale bruitiste est débordante de figures féminines (Puce Mary, 16 Bitch Pile up, Okkyung Lee, etc). De plus, fille ou pas, cela n’a aucune espèce d’importance. L’intérêt est ailleurs. Je vous renvoie à l’interview qu’elle a accordé à Pitchfork : « When I put that out to someone and the only thing they can say is, « oh look, it’s a girl screaming, » I want to fucking kill them because I’m literally pouring my heart and soul out, being so vulnerable. « 

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      «Article réducteur à souhait» est à mon avis une réaction grandement disproportionnée par rapport à l’appréciation fort positive que le collègue Robitaille a eu de ce disque. Si vous lisez bien l’article, je ne crois pas que Robitaille insiste tant que ça sur le fait Margaret Chardiet soit une femme… ce n’est qu’une simple remarque qui, sortie de son contexte peut en effet faire tiquer. Si vous lisez le texte attentivement, vous verrez que notre collaborateur tient en haute estime le travail de Pharmakon. Disons qu’on n’a pas la même définition de «réducteur». Sur ce, merci du commentaire!

    • Merci pour le commentaire, Matthias. Même si je le lis un peu tard.

      Si vous tenez compte de la première moitié de la phrase que vous avez partiellement citée, je souligne que l’apparence de Chardiet est EN PARTIE ce qui fait qu’elle attire l’attention de certains médias musicaux plus généralistes. Je voulais suggérer que la presse étant ce qu’elle est, musicale ou non, c’est le genre de chose qui risque d’arriver. Peut-être que ma phrase n’était pas claire, ou peut-être que je m’attends à ce que les lecteurs arrivent à lire un peu mieux entre les lignes.

      Et si vous lisez le reste du texte, vous constatez que j’admire beaucoup Pharmakon, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son genre ou son apparence. « Article réducteur’? Votre analyse de mon texte le semble encore plus.

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