Critique : Grizzly Bear - Painted Ruins - Le Canal Auditif

Critique : Grizzly Bear – Painted Ruins

En cette période sociopolitique trouble dans laquelle les vieilles idéologies que l’on croyait mortes et enterrées refont surface, nous rappelant que l’être humain est une bébitte qui évolue à pas de tortue, il fait bon de se réfugier dans l’art, particulièrement dans la musique. Certains préfèrent évacuer leur rage et leur impuissance en prêtant l’oreille à une musique agressive. Je fais très souvent ce choix. D’autre part, j’aime aussi me calmer le pompon avec une musique plus apaisante. Bref, j’oscille entre ces deux pôles sans problème. Et Grizzly Bear fait partie de ces artistes qui élèvent mon esprit.

En 2012, après un Veckatimest (2009) salué par la critique, Ed Droste, Daniel Rossen, Chris Taylor et Christopher Bear revenaient à la charge avec le sublime Shields : l’album de la consécration pour Grizzly Bear. Après un hiatus de cinq ans, le quatuor proposait la semaine dernière son 5e album en carrière intitulé judicieusement Painted Ruins. Pendant cette longue pause, le meneur de la formation, Ed Droste, s’est impliqué dans l’arène politique américaine en militant activement contre l’élection de celui qui ne vaut plus la peine que l’on nomme son nom. Déçu par le résultat de ce suffrage, Droste a publié par la suite de nombreuses photos de voyage sur son compte Instagram; une noble façon de digérer la pilule.

Et c’est entre ces deux extrémités que flotte ce Painted Ruins. Si le propos est souvent désillusionné, quant à l’état lamentable de notre planète, la musique demeure toujours aussi tortueuse, mais vogue dorénavant vers une mer plus tranquille, comme si le groupe voulait insuffler un peu de beauté à un monde qui en a cruellement besoin. Tout en étant parfaitement lucide, Grizzly Bear cherche à détourner l’attention vers quelque chose de plus solennel.

Ça donne une création sagement prog-rock, où les influences de Radiohead sont toujours aussi présentes, où les mélodies sinueuses captent l’attention au moment opportun, où les moments « focalisés » et rassembleurs en côtoient d’autres, plus hermétiques. Du Grizzly Bear tout craché ! Sans atteindre les standards établis par les deux albums précédents, Painted Ruins est encore à la hauteur de la réputation enviable que s’est forgée le groupe.

Musicalement, c’est toujours aussi impeccable. Les mêmes ingrédients gagnants se mélangent en parfaite symbiose : une réalisation subtilement vernie, des arrangements raffinés d’un goût indiscutable et une exécution sans défaut qui ne tombe jamais dans la virtuosité inutile. Seul bémol au tableau ? Le disque ne contient pas de chansons immédiates comme Yet Again, superbe morceau paru sur Shields. Néanmoins, si vous êtes persévérants, vous serez récompensés à chacune des écoutes par cette petite mélodie passée inaperçue ou par ce magnifique « hook » de guitare arpégée… comme d’habitude.

Painted Ruins est un disque qui s’écoute du début à la fin sans interruption, mais quelques pièces, à elles seules, valent le détour : le petit penchant « électro-lounge » de Wasted Acres, l’extrait Mourning Sound, le rock « radiohead-esque » Aquarian et la toute aussi étrange qu’émouvante Glass Hillside, entre autres. Et Systole prend aux tripes par son côté vaporeux.

Même si l’évolution de l’identité sonore suggérée par la formation est quasi inexistante (certains fans pourraient même rester sur leur appétit) peu de groupes classés « indie rock » sont en mesure de concevoir une musique aussi recherchée tout en conservant un je-ne-sais-quoi de pop. Bref, impossible de se tromper avec Grizzly Bear !

Ma note: 8/10

Grizzly Bear
Painted Ruins
RCA Records
48 minutes

http://grizzly-bear.net/

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