Critique : Mogwai - Every Country's Sun - Le Canal Auditif

Critique : Mogwai – Every Country’s Sun

Pour la petite histoire, 15 ans avant la session d’enregistrement de Every Country’s Sun avec Dave Fridmann, Mogwai était en studio avec le même réalisateur pour Rock Action.

Déjà? Eh bin! Mais le plus récent Mogwai n’a que très peu à voir avec ce mythique album.

Sur Every Country’s Sun on reconnaît certes le groupe de Glasgow tel qu’il est depuis 3-4 albums, mais il nous livre ici un album plus équilibré et résolument accessible. Voilà aussi un disque qui achève la synthèse entre son post-rock emblématique et son penchant synthwave des dernières années. Ce nouvel album est le plus facile d’approche de toute la discographie du groupe. Mais aussi un des plus efficaces, au sens de concis. Et ce, sans pour autant négliger la profondeur des atmosphères et la richesse des mélodies.

Et ça commence de merveilleuse façon avec Coolverine, une pièce qui synthétise à merveille l’esprit de Atomic et de Hardcore Will Never Die But You Will. On y entend aussi la manière qu’ont Explosions in the Sky ou encore God Is An Astronaut de construire un crescendo mélodique plutôt qu’une montée d’intensité, culminant sur un bordel sonore. Mais si Mogwai emprunte à ses épigones dans le modus operandi, nul ne pourra les méprendre ici avec un autre groupe. Les claviers, les guitares et la basse sont encore inimitables sur Every Country’s Sun avec leur tonalité respective si distincte.

Crossing the Road Material a en ce sens une intéressante touche de Happy Songs For Happy People pour son instrumentation et son rythme répétitif, mais jamais ennuyeux. Il s’agit d’ailleurs d’une des meilleures chansons de Mogwai, sinon la meilleure, depuis cinq ans. Party in the Dark a beau avoir surpris quelques amateurs au moment de sa parution sur le compte YouTube du groupe, elle s’insère très bien après Coolverine malgré son changement de tempo. La ligne rythmique ici évoque She’s Lost Control de Joy Division alors qu’une voix passée au vocodeur entonne couplets et refrains comme on ne l’a jamais entendu encore sur un album de Mogwai.

Avec ak47 on revient dans un horizon plus froid, synthétique, plus près d’Atomic et Rave Tapes. Elle est aussi une de ces chansons de milieu de lecture (20 Size) qui mettent plus de temps à s’installer. Sans être vraiment un défaut — on parle quand même de post-rock ici —, ces titres ralentissent un brin la cadence prise dans le premier tiers de Every Country’s Sun. Ce ralentissement de trois chansons se termine avec 1000 Foot Face qui met de l’avant, tel un mantra, une douce voix diffuse qui récite une lente complainte. La batterie généreuse en écho et la guitare circulaire complètent l’ambiance pour en faire un titre à la fois mélodique et hypnotique.

Don’t Believe the Fife quant à elle se fondera dans les premières minutes dans l’atmosphère de 1000 Foot Face, pour se conclure par une montée de guitares qui annoncera en quelque sorte la conclusion, assez noire et électrique disons-le, de ce disque. Battered at a Scramble concrétise de changement de rythme avec des guitares ultra-distorsionnées à l’avant plan. La recette Mogwai pré-2000, quoi! Mais c’est Old Poisons qui assène le coup final avec ses énormes riffs de guitares et de basse et son omniprésente batterie. Seule faille de cette dernière chanson? Elle aurait pu être intitulée Batcat 2 tant sa parenté à la pièce de The Hawk Is Howling est flagrante. Mais quand même, voilà un autre tour de force typiquement mogwaiesque.

Si musicalement on sent que Mogwai a encore envie d’explorer les mêmes zones que sur Rave Tapes et Atomic, le groupe plus près conceptuellement de l’incontournable Hardocre Will Never Die. Mais à défaut d’ancrer son inspiration dans une cité moderne, la bande de Suart Brathwaite a soif de grands espaces et d’aurores boréales. Every Country’s Sun n’est pas un album sans failles, mais il est tout à fait captivant après deux exercices sur disque plus hermétiques.

MA NOTE: 8/10

Mogwai
Every Country’s Sun
Temporary Residence Records
56 minutes

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