Chocolat - Rencontrer Looloo - Le Canal Auditif

Chocolat – Rencontrer Looloo

ChocolatÀ l’automne 2014, la version rock psychédélique de l’auteur-compositeur-interprète Jimmy Hunt revenait à la vie. En effet, la formation Chocolat reprenait du service (6 ans après le célébré Piano Élégant) avec la parution de l’excellent Tss Tss; un disque auquel j’ai prêté l’oreille un peu tard malheureusement et qui met de l’avant du gros rock de poteux basé sur le groove plutôt que sur la performance des instrumentistes. C’est en assistant à l’une de leurs prestations au Festif! de Baie St-Paul que j’ai cliqué sur cet album.

La semaine dernière, Chocolat était déjà de retour avec Rencontrer Looloo. Pour vous donner une petite idée de la démarche artistique qui caractérise ce nouvel opus, je vous invite à lire la description de cedit «album-concept» envoyée via un communiqué de presse. Ça se lit comme suit: «Par-delà les montagnes de Mars et la mystique des pyramides se dessine déjà la silhouette de Looloo, ce demi-dieu issu des poussières galactiques, cet exalté vibrant au rythme d’une épiphanie sertie de bouteilles de Cherry Coke et de pretzels. Sa tête de guitare électrique chante l’avènement d’un nouveau Golden Age strident de distorsion, d’une fuite inéluctable vers les confins de l’univers pour renouer avec ceux qui nous donnèrent l’intelligence et le hard rock. Si seulement vous pouviez le voir, si seulement, vous comprendriez…»

Mais il ne faut pas être dupe avec Chocolat, la bande à Hunt aime bien brouiller les pistes… ce qui est toujours satisfaisant! Réalisé par le guitariste de la formation (l’un de mes guitaristes kebs préférés), Emmanuel Éthier, on retrouve le côté narcotique du quintette intact, mais c’est moins grinçant. Si Tss Tss misait sur un côté plus salopé, cette fois-ci, on assiste à un raffinement du son d’esemble de Chocolat. À la fois glam rock, un peu prog, parfois soft rock, Rencontrer Looloo est rétrofuturiste, flirte moins avec Hawkwind et renoue avec le penchant «stonien» de sa musique.

Rencontrer Looloo est plus travaillé, mieux réalisé et mise beaucoup plus sur le «musicianship» que le précédent effort. Moins accrocheur, du moins lors des premières écoutes, il n’en demeure pas moins qu’on a affaire encore une fois à un excellent disque. Même si Hunt est mélodiquement moins présent qu’en mode solo, l’exécution est plus précise, plus fluide et met parfaitement en relief l’immense talent musical de Chocolat. Bref, c’est l’album d’un groupe à part entière qui évite l’effet «Jimmy Hunt et ses ouailles». Ceux qui me lisent depuis des lustres savent à quel point je préfère mon rock psychédélique en format abrasif. Sur Rencontrer Looloo, l’inclinaison décapante s’efface un peu, mais ça demeure de premier ordre du début à la fin.

Mes chansons de prédilection? J’ai adoré Retrouver Looloo qui fait penser à Ty Segall, mais en moins lourd. J’ai tripé sur l’extrait, Ah Ouin, pièce à cheval entre glam rock et power-pop. Le space-rock, un peu John Carpenter, intitulé Koyaanisqatsi (Apparition), a fait parfaitement mon bonheur. J’ai adoré le soft rock jazzistique entendu dans On est meilleurs qu’R.E.M et le retour au folk rock seventies de l’album Piano Élégant, titré Les Mésanges, atteint la cible.

Je ne peux rien reprocher à ce nouvel album de Chocolat. La bande refuse le surplace et propose une troisième offrande différente et parfaitement assumée. N’ayez aucune inquiétude, vous serez tout à fait en mesure de vous en rouler un p’tit à l’écoute de cette création. Toujours une bonne chose.

Ma note: 8/10

Chocolat
Rencontrer Looloo
Dare To Care
32 minutes

https://chocolatmtl.bandcamp.com/album/rencontrer-looloo

Commentaires

  1. Antoine Turgeon a écrit : :

    Grrrrrr… Je vais dire comme François Pérusse (de la bouche d’un de ses personnages): « Ça sent la soupe chaude » Dans cas, ce serait plutôt moi qui sent la soupe chaude, car c’est un des rares groupes modernes qui tentent de replonger dans les bons genres sans se débarrasser des traits typiques de la musique commercialiste-moderne (Des chansons beaucoup trop courtes, plusieurs fins de chanson mal entreprises, et parfois l’utilisation du fameux rythme 4/4, trop utilisé à notre époque, à notre plus grand désarroi).

    Je dirais que « Les Mésanges » ont des traits communs à Pink Floyd (le rythme lent en 3/4, une mélodie de guitare planante et Blues-mélancolique, une basse qui reste derrière comme pour fermer la marche, etc.). Je suis d’accord avec vos affirmations en général, mais je me demande si le groupe Chocolat fait de la musique qu’il aime sans s’inquiéter des répressions de l’industrie de la musique… Dès la première chanson que j’ai entendue, je sentais que j’étais en retard pour faire de la musique qui revient dans le passé, tellement ce groupe exécute bien les « détails » qui démarquent la musique d’avant 1980. Par contre… je suis inquiet de sentir la gêne qu’ils ont à complètement s’immerger dans le passé…

    Après tout, l’existence du Psychédélique et du Progressif dans le Rock prend une place fondamentale dans le développement de la créativité et de l’innovation musicale, puisqu’on se désintéressait du Rock standard pour s’orienter plus ou moins vers le Classique, le Jazz, le Reggae, le Funk, le New-Wave (ce dernier, vraiment plus dans les années 80), etc… se détacher de genres plus doux revient à s’attacher aux choses qui nous démarquent de notre temps… Je suis obligé de référer à Nietzsche!!! Ah-ah-ah! Celui-ci parlait de grandeur et aussi, de l’importance d’être mieux entendu que compris… Chocolat semble avoir reçu un prix, alors qu’il n’a pas été médiatiquement montré, simplement parce qu’ils étaient le seul groupe de leur genre…

    L’humanité de a Post-Modernité a peur de se faire entendre, car elle se précipite dans les moindres plaisirs éphémères qui sont si nombreux qu’elle a peur ne ne pas tous les posséder (Alexis de Toqueville nous avertis de ce sujet dans « De la Démocratie en Amérique »), que nous sommes plus formés qu’éduqués (plus formés pour travailler, mais moins éduqués pour rester assez ignorants des moyens de changer les choses qui ne vont pas de soi) et nous n’écoutons plus en aussi grand nombre la musique pour des passions et des convictions parfois plus idéalistes que concrètes…

    En fin de compte, il y a beaucoup à faire avant que je sois satisfait d’écouter ce groupe, mais il peut être écouté, ce qui est déjà une bonne chose.

    • Stéphane Deslauriers a écrit : :

      Salut Antoine. De prime abord, c’est probablement l’un des commentaires parmi les plus pertinents et intelligents que j’ai lus sur LCA. Je suis en tout point d’accord avec ton argumentaire, particulièrement l’avant-dernier paragraphe qui fait référence à « l’éphémère ». Cela dit, dans notre merveilleux monde « instantané », nous devons, à mon grand désarroi, « fournir du texte » pour que le média demeure viable, du moins, financièrement parlant… et même encore. Donc, les critiques sont souvent rédigées dans un contexte de production effrénée, à l’image de ce qui se produit dans l’industrie du disque. Bref, il faut malheureusement lire les critiques lors de leurs publications… car il est fort possible, qu’il y ait un décalage majeur entre l’appréciation d’un album paru antérieurement et sa réelle valeur artistique. Mais oui, Chocolat mérite d’être écouté, même s’il ne rassasie pas à 100%. Encore une fois, excellent commentaire fort constructif qui fait changement des « bullys » qui tentent de s’exprimer. Je dis bien « tentent ». Ceux-là ont encore beaucoup de chemin à faire…

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