Hip Hop / Rap Archives - Page 20 sur 25 - Le Canal Auditif

Schoolboy Q – Oxymoron

Schoolboy Q - OxymoronQuelques semaines avant la sortie d’Oxymoron, une rumeur circulait à l’effet que certains rappeurs ayant eu la chance de l’écouter ont affirmé que ce disque était meilleur que le remarquable Good Kid, m.A.A.d. City de Kendrick Lamar. Après plusieurs écoutes, votre humble critique n’est pas de cet avis. Oxymoron est tout au plus un très bon disque.

À 27 ans, Schoolboy Q est présentement l’un des rappeurs américains les plus en vue. D’ailleurs, Oxymoron était l’une des parutions hip-hop les plus attendues de l’année. Provenant de Los Angeles, le rappeur que l’on peut facilement reconnaître par son «bucket hat» a maintenant trois disques à son actif et son deuxième, le très bon Habits & Contradictions, avait reçu un accueil favorable en 2012.

Cela dit, Oxymoron est plus commercial que son prédécesseur. Habits & Contradictions proposait une facture sonore moins léchée et des arrangements moins touffus qu’Oxymoron. Ce dernier invite l’auditeur à tendre l’oreille à une réalisation davantage soignée et à des arrangements plus costauds et flamboyants par moment. Malheureusement, en écoutant Oxymoron, l’amateur du gangsta de Los Angeles devra faire son deuil des arrangements épurés qu’il avait la chance d’écouter sur Habits & Contradictions (notamment sur Sacrilegious et Oxy Music).

Pour ce qui est des compositions, le nouveau disque de Schoolboy Q compte quelques bons et moins bons coups. Alors que certaines pièces comme Studio et His & Her Fiends proposent des mélodies fades et convenues, d’autres chansons sont dignes d’intérêt. À titre d’exemple, Gangsta et sa partition syncopée de piano et sa batterie pesante, Blind Threats et ses jolis arrangements, la lugubre Break The Bank et l’exceptionnellement entraînante Los Awesome, comptent parmi les meilleurs moments.

Que ce soit pour assurer la réalisation ou pour l’accompagner derrière le micro, Schoolboy Q a fait appel aux services de plusieurs collaborateurs. Parmi ceux-ci, on retrouve Kendrick Lamar sur la pièce Collard Greens. Comme à l’habitude, ce dernier livre un excellent flow coupé au couteau. Durant la chanson titrée The Purge, Tyler, The Creator est égal à lui-même et déballe un bon flow qui attire l’attention dès les premiers mots. Durant la même chanson, Kurupt (un rappeur de Philadelphie qui a signé avec Death Row durant les années 1990) livre un des meilleurs flows du disque. Le MC varie le rythme de sa livraison et son couplet est très bien ficelé. Raekwon, l’un des membres fondateurs du légendaire Wu-Tang Clan, balance un bon flow soutenu durant la chanson Blind Threats. Finalement, l’excellent beat de la pièce Los Awesome a été réalisé par Pharrell Williams.

Toutefois, c’est surtout quand vient le temps de porter attention aux paroles qu’Oxymoron perd de son lustre. Comme plusieurs rappeurs de nos jours, Schoolboy Q aborde des sujets tels que le sexe en prenant soin de construire une objectivisation de la femme. Cela dit, nous n’avons pas affaire à une critique de ladite objectivisation, mais à une banale reproduction de ce qui se fait depuis longtemps. Le MC de Los Angeles traite aussi de la drogue. Durant la pièce intitulée Prescription/Oxymoron, le rappeur parle notamment de sa dépendance aux médicaments et à différentes drogues. Dans la première partie de cette chanson de sept minutes, Schoolboy Q emprunte un ton qui s’approche de celui de la confession. Bonne idée.

De manière générale, la livraison de Schoolboy Q est de qualité. Le MC varie bien le rythme et la structure de son flow. Il a le don de bien rapper lentement et rapidement. Cette variété profère un dynamisme souhaitable à l’œuvre. Toutefois, plusieurs des compositions sont ponctuées par des cris agressants et superflus qui, à l’humble avis du rédacteur de cette critique, diminuent de beaucoup le niveau de plaisir que l’auditeur peut ressentir.

Sans être incontournable, Oxymoron mérite d’être écouté attentivement.

Ma note : 7/10

Schoolboy Q
Oxymoron
Interscope/Top Dawg
59 minutes

oxymoron.schoolboyq.com/

Sisyphus – Sisyphus

Sisyphus-cover-art-608x608L’alliance entre Sufjan Stevens, Serengeti et Son Lux date maintenant d’un an et demi alors qu’ils avaient fait paraître Beak & Claws sous le nom s/s/s/, mais la bande trouvait que ça ressemblait un peu trop à la fameuse police nazie… Ils se sont donc rebaptisés en l’honneur de l’essai d’Albert Camus titré Le mythe de Sisyphe. Contrairement au Sisyphe de Camus, la musique de Sisyphus est aux antipodes de la répétitivité et de la routine.

Si les albums de collaborations entre différents artistes peuvent parfois donner des résultats douteux ou peuvent ressembler à deux opus compactés à l’intérieur d’un seul (voire Divine Fits), Sisyphus a su éviter ce piège. Est-ce que la personnalité de chacun des membres ressort un peu plus à certains moments? Évidemment, surtout qu’on est en présence ici de trois artistes accomplis. Leur premier rejeton du collectif a été enregistré en trois semaines, motivé par plusieurs bouteilles de vin rouge.

Le résultat donne un album qui porte définitivement la marque musicale de Stevens. On ne peut se tromper: la construction, les sonorités, l’aspect parfois éthéré sont définitivement campés dans un univers dont seul le compositeur américain connaît la recette. Take Me est l’exemple le plus probant. Stevens n’avait d’ailleurs jamais caché son intérêt pour le hip-hop, allant même jusqu’à poser avec des chaînes en or sur son Tumblr tout en disant qu’il aimerait se réveiller et être Mac Miller.

À d’autres occasions, on sent parfois la touche de Son Lux qui vient prendre une place plus importante, entre autres sur l’excellent Booty Call qui saura créer des flammèches sur un plancher de danse. On a également droit à la prose dense de Serengeti qui s’harmonise à merveille avec les univers musicaux des deux autres. Le moment sans doute le plus fusionnel entre les trois protagonistes est la conclusion de Calm Me Down; pièce qui ouvre la galette, alors que sur une base rythmique de Son Lux, ponctuée par les mots de Serengeti, Stevens chante de façon vaporeuse: «I’m on my own two feet/But I’m not standing upright/Mine is the pressure/Mine is the pain/Was it the drugs I take/Was it ambitious outbrake/Mine is the fury/Mine is the gain»

Cet échange et cette complémentarité entre les musiciens sont bien représentés dans Rythm Of Devotion, un des moments forts de ce Sisyphus. On voit le MC prendre une approche plus simple et agressive pour ensuite se dissoudre dans un moment tout en douceur typiquement Stevens. Alcohol, dernière pièce de la galette, est un autre des très bons moments du trio: entraînante, dense et riche, rien à redire.

Sisyphus s’en sort très bien au final et offre une création homonyme qui fera des adeptes dans les sphères plus expérimentales du hip-hop. Les univers des trois artistes s’harmonisent très bien et on sent parfaitement la forte volonté des trois artistes à pousser dans la même direction. À certains moments, on sent que les univers musicaux sont tissés quelque peu maladroitement ensemble, mais on est loin d’un Frankenstein musical.

Ma note : 7.5/10

Sisyphus
Sisyphus
Joyful Noise/Asthmatic Kitty
52 minutes

sisyphusmusic.com/

Radio Radio – Ej Feel Zoo

a0392229635_10Peut-être avez-vous vu la prestation de Radio Radio lors du premier SNL Québec un peu plus tôt cette année. Si oui, et que vous avez aimé, dites-vous que vous avez déjà une bonne idée de ce à quoi ressemble le quatrième album studio du groupe de rap festif acadien. Gabriel Louis Bernard Malenfant et Jacques Alphonse Doucet ont décidé d’accueillir le printemps avec un Ej Feel Zoo qui inspire les soirées sans lendemains… YOLO, comme dirait l’autre.

Le duo acadien avait accouché d’un Hâvre de grâce plus expérimental, sur lequel les sonorités étaient riches et recherchées. Cette fois-ci, c’est l’énergie des Dekshoo et Jacuzzi qui prévaut. 50 Shades Of Beige l’annonce en grande pompe avec son rythme dansant et accrocheur. Disons-le, il faut avoir tout un «swag» pour rendre le beige cool, et Radio Radio relève le défi avec brio. Les rythmes contagieux font légion sur Ej Feel Zoo et l’album peut se résumer avec la pièce Pour la fun. C’est le temps de fêter parce que la vie est trop morose en ces temps de charte, de commission Charbonneau et d’élection.

N’en déplaise à Christian Rioux et autres puristes de la langue, le duo acadien revient avec ce mélange de mots, intelligemment tissé pour en retirer le maximum de sonorité. Chaque pièce de Radio Radio est un exercice de style en soi et Ej Feel Zoo ne fait pas exception à la règle. Tout n’est pas qu’hyperactivité sur le nouvel album, on retrouve aussi deux ou trois titres plus mollo dont l’excellent Holiday qui suinte l’été, le soleil et la joie de vivre par un bel après-midi de juillet. De quoi vous faire attendre les chaudes journées avec encore plus d’impatience.

Même si la réalisation d’Arthur Comeau se fait plus simple sur Ej Feel Zoo, se concentrant sur des rythmes dansants et accrocheurs, on retrouve tout de même deux ou trois petits bonbons dont les violons de SuHold et que dire du premier extrait, pièce-titre de l’album qui possède de l’énergie à revendre.

On peut dire que Radio Radio risque très peu sur son nouvel opus, mais le duo n’est pas paresseux pour autant. C’est le genre d’album qui fera plaisir aux fans mais qui ne propulse pas le son du groupe plus loin. Bref, ça s’écoute bien, ça donne envie de faire le party et de boire un mojito par un bel après-midi ensoleillé.

Ma note : 6,5/10

Radio Radio
Ej Feel Zoo
Bonsound
41 minutes

laradioradio.com/

Young Fathers – Dead

Young-FathersIl y aurait à ce qu’on dit une vibrante scène hip hop à Édimbourg en Écosse, mais peu le savaient avant que Young Fathers commence à faire des vagues au-delà des limites de sa ville avec ses mixtapes Tape 1 (2011) et Tape 2 (2013). Le reste du monde pouvait difficilement ignorer de telles offrandes. Le trio d’origines diverses (Nigeria, Liberia et Écosse) pigeait dans un éventail d’influences encore plus diverses, du hip hop apocalyptique à la Dälek, aux rythmes africains enjoués en passant par les mélodies dramatiques du pop-rock et par les assauts sonores de la musique industrielle. Entre ses mains, l’amalgame n’avait jamais l’air d’un simple exercice de style; il formait un tout cohérent, soul, et musical avant tout. Les conventions du hip hop en prenaient un coup, ce qui selon votre point de vue en faisant un groupe vital, ou un groupe trop rockiste pour être vraiment hip hop.

Avec ce premier album officiel (pour la toute indiquée maison de disques indépendante Anticon), les jeunes pères appuient plus que jamais sur l’aspect le plus sombre de leur musique. Les thèmes n’ont rien de bien jojo, mais ils sont à peu près les mêmes que sur les mixtapes: les métaphores de guerre, la misère sans espoir de la classe ouvrière, les relations familiales ténues, la méfiance et la colère envers l’élite économique, etc. Le groupe arrivait auparavant à faire cohabiter ces idées glauques avec un enthousiasme contagieux. Sur Dead, l’enthousiasme doit plutôt se battre avec les ténèbres pour garder sa place.

L’enthousiasme remporte la bataille plusieurs fois dans la première moitié de l’album. Les prenantes pièces d’ouverture No Way et Low plaquent les voix du trio sur des musiques bruyantes par endroits, mais généralement dynamiques. La musique prend une tournure plus monocorde et atonale à bien des endroits dans le reste de l’album. Les voix ont beau tenter de s’agiter et de rendre le tout plus mélodieux, la trame sonore est trop lugubre pour permettre une impression durable de plaisir. Le simple Get Up en est assez bon exemple. Le refrain «Get up and have a party, get up!» est si positif sur papier qu’il conviendrait à un hit de LMFAO, mais les notes graves et hésitantes en arrière-plan rendent le tout si inquiétant que le refrain ressemble autant à une invitation à se battre qu’à une invitation à faire la fête.

Le plaisir est donc moins immédiat sur cet album qu’avec les mixtapes précédents, mais ça ne veut pas dire qu’il ne vient pas éventuellement après quelques écoutes. Au lieu de présenter un mélange de genres généralement exaltant, le trio illustre l’illogisme d’un idéal esthétique face à la folie d’un monde impitoyable. Étant donné les thèmes, c’est peut-être ce que Young Fathers essayait de nous dire depuis le début. L’album est donc moins immédiat, mais un brin de votre patience sera amplement récompensé.

Ma note : 7,5/10

Young Fathers
Dead
Anticon
35 minutes

www.young-fathers.com/

4d + Kick & Snare – 4d + Kick & Snare

a0640134754_2Kick & Snare est un rappeur qui est actif depuis 2007 et qui multiplie les collaborations. L’année dernière, on avait eu droit à Retour en arrière sur lequel participait Rémission, Résistance 2.1, Arimo-Cosinus et Jertrude Battue (We Need Some). Cette année, il nous offre une collaboration avec 4d (Dominick Lareau) divisée en deux faces, comme dans le bon vieux temps des cassettes audio.

On retrouve sur cet album collaboratif, le penchant franchement acide de Kick & Snare. En effet, on est dans la dénonciation des absurdités de notre époque et dans une critique sociale plutôt acerbe. On retrouve aussi une batterie lourde, des percussions variées et présentes, une basse bien ronde et parfois un peu de piano ou de guitare qui viennent habiller le tout. Ça sonne crasse et c’est bien tant mieux!

On se demande souvent si on est vraiment en train d’écouter du hip-hop ou de l’alternatif puisqu’on est loin de quelque chose de traditionnel. Dans les bons coups, il faut souligner l’excellente Cabine de tel qui est bien excentrique, mais en même temps, qui possède une mélodie accrocheuse. Exposent canine fait partie aussi des pièces notables de l’album avec ses percussions percutantes. On peut en dire tout autant de la sombre Quand on se sauve il fait froid.

Par contre, s’il y a une chose qui nous marque tout au long de l’album, ce sont les mélodies vocales qui manquent de nuances et de variations. Trop souvent, on se retrouve dans les mêmes inflexions vocales; ce qui finit par nous donner l’impression d’être constamment dans la même chanson. De la même façon, les sonorités présentes dans les partitions musicales sont souvent teintées de la même couleur et on aurait souhaité parfois un peu plus de variations.

N’en reste pas moins que c’est une galette bien appréciable de la part de 4d et Kick & Snare. Après cinq années de travail pour en accoucher, la paire peut se dire mission accomplie, et ce, malgré l’éloignement qui s’est souvent interposé entre les deux protagonistes. Si vous aimez les musiques marginales, vous trouverez certainement un intérêt dans cette collaboration.

Ma note : 6.5/10

4d + Kick & Snare
4d + Kick & Snare
Indépendant
38 minutes

dominicklareau.bandcamp.com/

kicketsnare.bandcamp.com/