Hip Hop / Rap Archives - Page 20 sur 22 - Le Canal Auditif

Congo Natty – Jungle Revolution

album-congo-natty-jungle-revolutionMichael West est un producteur et rappeur anglais connu sous plusieurs pseudonymes : Conquering Lion, Blackstar, Tribe Of Issachar, X Project, Ras Project et dans ce cas-ci Congo Natty. Actif depuis plus de 20 ans sur la scène électronique, il a construit sa réputation sur un mélange de reggae, de dubstep, d’électronique, de jazz et de blues. De plus, sa musique comporte un message politique, qui contrairement à certains artistes américains qui ont tendance à se recentrer sur les racines africaines, se concentre sur les cultures noires de partout autour du globe. Cette ouverture d’esprit transparaît dans sa musique qui est variée et emprunte à beaucoup de genres.

Fidèle à lui-même, Congo Natty arrive avec un Jungle Revolution qui contient une bonne base de reggae, mais qui est énergisé de rythmes entraînants qui vous donneront envie de vous faire brasser le popotin. Le premier simple, Uk Allstars, qui a paru il y a un mois, illustre bien ce métissage, qui résulte en des chansons souvent très mélodiques, accrocheuses et rassembleuses. Congo Natty, comme un véritable West, sait s’entourer d’une bonne brochette de collaborateurs; certains vieux routiers (General Levy) mais aussi de jeunes lionceaux (Nanci Correia et Iron Dread).

Il faut noter tout de même que l’approche de West a un petit quelque chose de vieux jeu, surtout face à ce qui se déroule sur la scène électro-reggae; Major Lazer pour ne nommer que celui-là. Il se laisse tout de même tenter par un son plus actuel sur Microchip (Say No), dernière pièce de l’opus. Les grands principes rastas sont toujours aussi présents et il est difficile de rester indifférent à ce côté rebelle de Congo Natty; car chanter l’unité en 2013 alors que la mouvance collective semble se diriger fortement vers la liberté individuelle constitue une rébellion en soi. Nu Beginingz commence sur les paroles de Sister Mary qui invoque que l’amour, la paix et l’unité sont des manifestations exprimées par les plus sages d’entre nous. Cela résume bien l’esprit de Jungle Revolution.

Malgré que les rythmes soient accrocheurs et que Congo Natty fait très bien ce qu’il fait, il est difficile de ne pas trouver la galette légèrement campée dans ce qui se faisait dans les années 90 et au début 2000. Un tantinet plus de réinvention n’aurait pas été négligeable; n’en demeure pas moins que Revolution et Get Ready offrent une bonne dose de reggae qui n’est pas déplaisante du tout.

Ma note : 6.5/10

Congo Natty
Jungle Revolution
Big Dada
47 minutes

www.facebook.com/CongoNattyOfficial

The Lonely Island – The Wack Album

twa_coverEn 2009, The Lonely Island, petit trio de chanteurs-humoristes découvert à l’émission Saturday Night Live, nous avait concocté un premier album, Incredibab, à la fois rafraîchissant et drôle (rire de l’industrie du rap américain, on aimait l’idée).

En 2011, Akiva Schaffer, Jorma Taccone et Andy Samberg récidivaient avec Turtleneck & Chain, un disque déjà moins inspiré que le premier, où les blagues tombaient quelques fois à plat. Nous voici maintenant en 2013. Les gars, qui ont dépassé la mi-trentaine, offrent un troisième opus, The Wack Album. Et cette fois, on décroche carrément, et pour plusieurs raisons.

Déjà, entendre trois hommes d’âge mûr chanter et raconter des histoires dignes de l’école secondaire (se farcir un maximum de filles et leurs mères; faire l’éloge des excès sexuels et alcooliques que l’on peut faire au Spring Break; souligner au marqueur les bienfaits de la drogue; normaliser l’action de se montrer les organes génitaux dans les bars, etc.), on trouve qu’il y a là un malaise.

Oui, on comprend bien l’idée du deuxième degré employé par le trio, oui, on saisit la « subtilité » dans les propos, mais bon, n’empêche… tout cela laisse un arrière-goût en bouche, disons.

Outre cela, il y a bien évidemment le vocabulaire employé. Ici, attention aux oreilles sensibles, c’est vulgaire à souhait. En voulant poursuivre sur le chemin de la parodie de la musique urbaine américaine, The Lonely Island utilise donc les termes de prédilection que sont les fuck, dick, shit, bitch, boobs, whore, butt, slut et autre pussy (pour ne nommer que ceux-là) sur l’ensemble des 20 (!) compositions de l’album. Après une séance ou deux d’écoute, on en fait un excès.

Finalement, sur le plan purement musical, s’il faut saluer la qualité des arrangements et la présence plus que salvatrice de nombreux collaborateurs (Robyn, Pharrel Williams, Kendrick Lamar, Justin Timberlake, Lady Gaga, etc.), on cherche encore la ligne directrice de ce disque. On passe du kitch des années 1980, à la musique disco-platine type des boîtes de nuit actuelles, au rap commercial, au R&B langoureux, à la pop radiophonique, avant de revenir avec une pièce électro-rock. Sérieusement, ça va dans tous les sens. Ah oui; et il y a même une pièce contenant des bruits de pètes.

Puisque The Lonely Island est passé maître dans la conception de vidéos humoristiques, et alors que pratiquement chacune de leurs nouvelles compositions a déjà droit à son moment de gloire sur YouTube, on vous conseille d’aller y jeter un œil plutôt que d’acheter ce The Wack Album. Au moins vous aurez du visuel explicatif, vous rirez un peu et vous n’aurez pas dépensé un sou pour le faire.

Ma note : 4/10

The Lonely Island
The Wack Album
Universal Music Canada
44 minutes

www.thelonelyisland.com/

Kanye West – Yeezus

0002791459_350Voilà un album qui était très attendu. Bien que tous savaient que West arrivait avec un nouvel opus, voilà seulement un mois et demi que de l’information concrète faisait surface. La campagne de promotion derrière Yeezus était élaborée : projections vidéos sur plusieurs édifices à travers le monde, commentaires de collaborateurs qui sortaient au compte-gouttes et une prestation de deux chansons à la populaire émission Saturday Night Live.

Autant My Dark Twisted Fantasy était faste et rempli de collaborateurs, autant Yeezus est épuré et les collaborateurs timides. West a d’ailleurs engagé Rick Rubin quelques semaines avant la parution de l’album pour ôter le superflu. Si cela était son mandat, le vieux routier a certainement réussi sa mission. Dès On Sight, on retrouve le natif de Chicago, sur une musique électronique plutôt simple et franchement agressive. Il ne serait pas surprenant que West ait écouté du Death Grips dans les derniers mois. Le plus impressionnant est la césure qu’il crée en plein milieu du morceau pour insérer un échantillonnage très sixties. Une coupure nette et sèche qui fait un peu l’effet d’un frein à main qui s’enclenche alors qu’on roulait à 120 km/h. Les puristes crieront probablement au meurtre.

Kanye West n’a rien perdu de son arrogance mythique qu’il déclame sur I Am A God pour finir dans un moment où il semble se sauver en lançant des cris stridents. Soudainement, le propos fait un 180 degrés intéressant. Cela donne aussi l’occasion de voir Justin Vernon se pointer le bout du nez, ce qu’il fera sur quelques autres pistes dont Hold My LiquorChief Keef s’immisce aussi dans le refrain.

Dans les moments les plus forts de Yeezus, New Slaves occupe une place de choix pour deux raisons. En premier lieu, la pièce remet à l’avant-plan les penchants plus rapides des raps de West. En deuxième lieu, le propos est acerbe envers la mode et la richesse; deux fléaux qui finissent par donner les mêmes envies à tous. Un des échantillonnages les plus surprenants sur l’album arrive à la fin de ce même morceau; on croit d’abord entendre White Dove de Scorpions qui était en fait une reprise de Gyöngyhajú Lány du groupe hongrois Omega. Reste que Blood On The Leaves est le moment le plus sublime de la nouvelle galette. L’amalgame TNGHT et Nina Simone est tout simplement parfait. Peut-être est-ce le côté organique de ce mix qui fait pâlir les autres pièces de l’opus?

En fait, il ne faut pas se méprendre, Yeezus est un autre très bon album de la part de Kanye West, mais l’épuration présente sur la galette est parfois trop poussée et ne sert pas les pièces adéquatement. De plus, l’utilisation beaucoup trop fréquente de l’auto-tune donne l’impression qu’il passe trop de temps avec Vernon. On aurait aussi aimé entendre un tantinet de plus certains collaborateurs qui passent inaperçus tel que Frank Ocean ou Daft Punk qu’on ne reconnaît pas du tout au bout de compte. Par contre, West démontre qu’il est un artiste qui cherche, capable de pousser plus loin et en mesure de se réinventer à chaque album. Encore une fois, il ne peut rougir devant le produit qu’il offre.

Ma note : 8/10

Kanye West
Yeezus
Def Jam
40 minutes

www.kanyewest.com/

Chance The Rapper – Acid Rap

Acid-RapIl y a trois semaines, une bombe dans le monde du rap a été larguée et elle provenait de Chicago. Âgé de vingt ans, Chancelor Bennett lançait son deuxième mixtape. Sorti du même quartier que Chief Keef, le jeune rappeur arrive avec une attitude très différente. Chance n’a pas peur de plonger dans le jazz, le soul, de manier différents styles de musique, de les métisser pour en arriver à ses fins. On peut facilement faire la comparaison avec un autre artiste de Chicago, Kanye West, mais avec la grosse tête en moins… Sa façon de phraser fait parfois penser à Kendrick Lamar et Eminem.

Acid Rap est son deuxième mixtape. Le premier, intitulé 10 Days, avait été composé lors d’une suspension au collège. Alors que son premier effort sentait un peu l’amateurisme, son deuxième frappe fort, très fort! Ce qui est le plus surprenant chez Chance est son approche musicale non traditionnelle. Voilà un jeune homme qui n’a pas peur de parler d’amour autant envers les femmes qu’envers ses proches et le tout avec une approche étonnement pas très macho; et ça jure par rapport au monde du rap qui a toujours eu à vivre, avec raison, avec cette réputation de misogynie extrême.

Dès les premières notes du chœur de Good Ass Intro on est surpris par le registre. C’est avec finesse que Chance construit la chanson pour arriver à son refrain doublé d’un débit qui file à toute allure. Cocoa Butter Kisses, en plus d’avoir un des refrains les plus accrocheurs, commence avec quelques notes sur un orgue électrique, de même qu’un piano qui vient le rejoindre rapidement. La chanson traite de la quantité abusive d’herbes médicinales qu’il utilise, tout en ne valorisant pas la marijuana… encore une fois voilà une approche non orthodoxe. On peut noter la très sensuelle Lost, l’étrangement positive Everybody’s Something et l’accrocheuse Smoke Again sur laquelle on retrouve Ab-Soul. Une autre pièce surprenante est l’excellente Pusha Man qui est séparée en deux parties.

Acid Rap se hisse parmi les meilleures sorties rap de l’année et il faut dire qu’en ce début 2013, ce n’est pas ce qui manque. On peut maintenant le classer dans la même catégorie que Tyler, The Creator et ASAP Rocky. Amateurs de rap, vous ne pouvez passer à côté de ça!

Ma note : 8.5/10

Chance The Rapper
Acid Rap
Indépendant
54 minutes

chanceraps.com/

Socalled – The Season

SocalledTheSeasoPreview_Lo_Res-1.v12-350x350Socalled, moins connu sous le nom de Josh Dolgin fait partie de ces fous furieux qui semblent capables de tout. Le natif d’Ottawa, installé à Montréal depuis plusieurs années, multiplie les projets ambitieux. Il faut dire que même si son cœur appartient largement au hip-hop, il collabore avec une multitude de musiciens de renommées internationales. Son dernier projet? Coucher sur disque la comédie musicale qu’il avait composée pour Pop Montréal en 2011.

Tous les membres de la distribution originale s’y retrouvent dont Katie Moore, Yves Lambert, The Narcysist, Joe Cobden et Ly Richy. On y retrouve aussi une brochette impressionnante de musiciens dont Jennifer Swartz de l’Orchestre symphonique de Montréal, le quatuor à cordes The Warhol Dervish, le batteur Jamie Thompson et le bassiste Patrice Agbokou. C’est un conte «indie multigenre» que nous offre Dolgin qui s’amuse à mixer les genres avec une facilité déconcertante. Celui-ci s’amuse à glisser d’une influence à l’autre sans toutefois dénaturer l’ensemble.

Bien sûr, il s’agit là d’une réelle comédie musicale bien qu’on soit loin de Plamondon. Tout comme lorsqu’il s’attaque à une composition plus dans les normes, Socalled mélange ici les styles passant parfois de l’orchestration plus complexe, en glissant des influences qui flirtent avec la musique tzigane ou encore en faisant appel à Yves Lambert et son accordéon. La présence de la harpe omniprésente amène une touche magique à cette fable contemporaine. Dolgin se permet aussi d’y glisser des influences hip-hop qu’il affectionne particulièrement, entre autres, avec le premier extrait : Chippin’In.

Est-ce que le résultat est intéressant? Oui définitivement! Par contre, si le théâtre musical n’est pas votre style de prédilection vous risquez de vous ennuyer rapidement puisqu’on se retrouve malgré tout dans une œuvre orchestrale. En effet, non-conventionnelle, mais une œuvre orchestrale tout de même. Et si jamais vous avez la chance de voir une représentation, qui est peuplée de marionnettes, n’hésitez pas!

Ma note : 7/10

Socalled
The Season
Dare to Care
29 minutes

www.socalledmusic.com/