Hip Hop / Rap Archives - Page 20 sur 20 - Le Canal Auditif

Death Grips – No Love Deep Web

Un peu plus tôt cette année, Death Grips avait fait paraître The Money Store qui avait charmé par son agressivité et ses rythmes accrocheurs, qui vous obligent malgré vous, à battre la musique dans votre tête. Le trio californien avait promis un deuxième album en 2012. Puis, ils ont annulé leur tournée estivale des festivals. Voilà que la semaine dernière, dans la controverse, No Love Deep Web faisait son apparition gratuitement sur le site du groupe. Étonnamment le site fût fermé immédiatement. La formation a accusé Epic, leur maison disque, d’être derrière la censure. Epic, réfute… reste que la controverse autour de la sortie de l’album a moussé le nombre de téléchargement, car l’album est toujours disponible gratuitement via Soundcloud. Que dire de la nouvelle galette?

Death Grips nous arrive avec un deuxième opus encore plus enragé que le premier. Se positionnant en défenseur du 99%, ils s’attaquent au système autant par leur musique que par leurs actions. Cet été un vidéo de Mc Ride sur une corniche, suspendu entre la vie et la mort avait fait son apparition sur le web. Ce serait une bonne façon de décrire No Love Deep Web; le trio créatif se pousse à la limite; que ce soit dans la voix cassée de Mc Ride qui gueule son indignation dans Come Up And Get Me ou encore dans la noirceur de Deep Web, le groupe prend position. World Of Dogs offre un mantra désespéré et It’s All Suicide s’articule sur un rythme fou de Zach Hill, qui est toujours aussi impressionnant avec son jeu de batterie complexe et varié. Lil Boy est un autre bon exemple des capacités de ce batteur ayant un goût prononcé pour l’expérimentation. De plus, Andy Morin prend le micro pour la première fois amenant une variation intéressante au niveau inflexion vocal. Les amateurs de hip hop apprécieront la rythmique de la prose scandé par Mc Ride, qui sait jouer avec les mots de façon habile; No Love étant l’expression parfaite de son talent.

Bref, mission accomplie pour le trio californien qui débarque avec un deuxième excellent opus cette année, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Attention aux esprits conservateurs, la pochette d’album est un phallus en érection sur lequel le titre a été écrit au marqueur noir, rien de moins. Pour résumer l’esprit de No Love Deep Web, on pourrait prendre les paroles de Lock Your Doors : “I got some shit to say just for the fuck of it /Them thangs, them thangs, don’t even ask me.”

Ma note : 8/10

Death Grips
No Love Deep Web
Indépendant
45 minutes

Et pour l’album: thirdworlds.net/main/

Nas – Life Is Good

Nas, de son vrai nom Nasir Bin Olu Dara Jones est l’un des trois grands dans le monde du rap aux côtés de Kanye West et Jay-Z. Outre le nombre impressionnant d’albums platines dont il est l’auteur, il est reconnu pour son talent incroyable pour les rimes; MTV l’ayant classé 5e sur la liste des MC les plus importants de tous les temps. Il nous arrive ici avec Life Is Good, son dixième album studio où encore une fois, il démontre qu’il sait toujours déclamer ses textes comme pas un.

L’opus s’ouvre sur une No Introduction, une pièce à dimension de Stade Olympique. Nas montre aussi qu’il peut épouser à merveille des rythmes plus sobres et délicats avec Stay, où un piano, une timide guitare, une douce batterie et un saxophone envoûtant évoquent un bar où l’atmosphère feutrée laisse un goût de cigare cubain. On y retrouve aussi la très pimpante Summer On Smash. De plus, l’un des derniers enregistrements qu’Amy Winehouse, qui pour l’occasion, œuvre en duo avec Nas: Cherry Wine, tout aussi enivrante que les abus de la chanteuse anglaise. Reste que les trois titres les plus forts de l’opus sont respectivement Accidental Murderer, octroyé à Rick Ross qui y rappe, Reach Out pour les chœurs puissants, les influences souls et la progression d’accord du piano qui reste en tête longtemps (où également Mary J. Blige démontre toute sa capacité vocale) et finalement World’s An Addiction qui personnellement, est la chanson qui m’a le plus remuée sur cette galette.

Malgré tout, avec la robe de marié de son ex-femme sur la pochette, avec un album où il se vante qu’il «l’a toujours» et des attaques d’une subtilité douteuse tout au long de l’opus, Life Is Good ressemble plus à un règlement de compte avec son ex qu’un album marquant. Ceci étant dit, on ne parle pas ici d’un flop, ni d’un coup de génie. Life Is Good est un bon album qui rassasiera les fans et saura plaire à l’amateur de rap moyen, mais surtout, qui aura permis à Nas d’évacuer un peu de fiel suite à une séparation qui ne semble pas s’être réglée à l’amiable.

Ma note : 7/10

Nas
Life Is Good
Def Jam
59 minutes

http://nasirjones.com/

El-P – Cancer4cure

Il y a un peu plus de deux semaines est paru le cinquième album du rappeur de Brooklyn, El-P. Ce dernier, un pionnier du hip-hop alternatif, arrive avec un bijou finement ciselé et éclatant à souhait. Bien que certains éléments de rap plus populaire puissent être retracés à travers l’opus, ceux-ci sont submergés par les essais et les procédés audacieux du new-yorkais. Pour cette première galette sous l’étiquette Fat Possum, qui représente entre autres les Black Keys, El-P offre une création très intéressante.

Cancer4Cure possède dans son ensemble un son riche et rassembleur. L’utilisation massive de vrais instruments donne un cachet authentique que plusieurs albums de hip-hop ne possèdent malheureusement pas. De plus, El-P montre l’étendue de son talent musical dans la pièce Drones Over BKLYN où il ralentit un rythme pour enchaîner avec un silence et le ramener par la suite. Le genre de procédé que l’on rencontre très peu dans ce type de musique. Le rappeur contrôle ses rimes comme pas un et attaque le micro avec une agressivité et un débit contrôlé à la perfection, Request Denied et True Story en sont des bons exemples. Celui-ci démontre aussi qu’il peut bien appuyer une mélodie et faire respirer un texte avec The Jig Is Up et Sign Here. Il faut dire que les sujets des textes sortent de l’ordinaire dans un monde largement dominé par le gangsta rap et l’idéologie qui l’anime…

El-P sort des sentiers battus en basant certains textes sur des œuvres de science-fiction et en utilisant la métaphore comme moyen d’expression. Autre petit bijou de la galette, Stay Down, qui met en vedette le chanteur Nick «Diamonds» Thorburn du groupe montréalais Islands est très accrocheuse et jouera certainement en boucle dans votre tête.

Bref, le rappeur de Brooklyn nous offre un album bien équilibré qui démontre l’étendue de l’intelligence musical et la richesse de ses textes. Le type d’album qui plaira aux fans de rap alternatif et à tous ceux qui sont curieux musicalement, car El-P ratisse beaucoup plus large que le hip-hop. Bonne écoute!

Ma note : 8/10

El-P
Cancer4cure
Fat Possum Records
49 minutes

www.fatpossum.com/search?query=EL-P

Death Grips – The Money Store

La semaine dernière, le groupe de hip hop expérimental Death Grips lançait sont premier album titré The Money Store. La formation de Sacramento est composée de Stefan Bennett qui assure la partition vocale, de Zach Hill et Andy Morin qui assurent à eux deux la production, et respectivement la batterie et les claviers. Pour ceux qui ne connaissent pas Zach Hill, il est l’un des plus compétents batteurs américains présentement. En plus du groupe Hella, il a travaillé avec Chino Moreno (Deftones) au projet Team Sleep et a composé pour Marnie Stern. Ce projet a déjà offert un mixtape, Exmilitary, paru l’année dernière.

L’opus des californiens est facile à décrire: ça sonne comme une tonne de briques qui va te donner le goût de battre la musique, dans ta tête, dans la rue, le métro, en char, au boulot; bref partout! La galette est impressionnante, Bennett est agressif comme pas un derrière le micro, les chansons Fuck That et The Fever (Aye Aye) en sont deux très bons exemples. De plus, le duo de musiciens qui l’entourent se permet de marcher hors des sentiers battus tout en gardant les caractéristiques essentielles du hip-hop. Que ce soit dans les échantillonnages de Double Helix, la guitare entraînante de I’ve Seen Footage ou les beats accrocheurs de Hacker, l’inventivité du trio est impressionnante. Bennett porte la rue en lui, pas celle artificielle des Jay-Z et 50 Cents de ce monde, et il la chante avec une authenticité désarmante: «Your bad ideas are the ATM / Shed my skin / Leave it for the homeless /To sleep it.» C’est un rare album où il n’y a pas de moments faibles. Les treize pièces s’enchaînent à un rythme fulgurant et coulent sans accros; il faut y reconnaître le génie de Morin et Hill.

Bref, The Money Store est un excellent album de hip hop, qui déstabilisera autant les férus du genre que les néophytes. Et si jamais vous tombez dans l’album comme Obélix dans la marmite, sachez que le groupe vient d’annuler sa tournée d’été pour se concentrer sur le prochaine opus, No Love, qui est prévu pour l’automne 2012.

Ma note : 8,5/10

Death Grips
The Money Store
Epic Records
41 minutes

thirdworlds.net/

Kanye West & Jay-Z – Watch The Throne

Le rap jouant sur l’égo et l’apparence plus souvent que sur la performance et la profondeur des textes; la question de savoir qui est le roi du genre revient à tous les quatre ou cinq ans. Depuis les années 80, dans les haut-parleurs des « ghettos-blasters », se sont succédés les Run-DMC, MC Hammer, Beastie Boys, Public Enemy et autres Eminem. Actuellement, les amateurs du genre penchent soit pour les beats et boucles entraînantes de l’américain Jay-Z ou pour la musique tonitruante, pompeuse et orchestrée de Kanye West.

Mais pourquoi toujours devoir choisir? Les deux hommes aux égos plus gros que le Stade Olympique ont compris : travailler ensemble, le temps d’un album et d’une tournée (un arrêt à Montréal est prévu le 22 novembre) est la meilleure façon de s’assurer d’obtenir l’attention de tous les amateurs de rap en même temps. Au titre bien choisi et bien senti de Watch The Throne, les arrangements du roi américain rejoignent et englobe la voix du déjà prince du rap anglais. Oui, c’est pompeux. Oui, c’est vulgaire, mais c’est également drôlement efficace et assumé!

Dès les premières notes de No Church In The Wild jusqu’à la dernière boucle de The Joy, les 16 chansons qui composent le disque rivalisent d’ingéniosité pour séduire les oreilles et, évidemment, les hanches. Il y a bien quelques faiblesses (Made In America est beaucoup trop cadré pour les radios commerciales et Primetime trop simple, en manque de jus énergisant), mais elles sont rapidement oubliées par le grand nombre de bons beats.

Avec ces deux monstres du rap dans une même salle d’enregistrement, on aurait pu croire à une bagarre de titans pour l’obtention du micro et du dit trône… Mais, surprise, il en est rien. Jay-Z et Kanye West ont même laissé une grande place aux collaborations et aux échantillonnages. Sont ainsi présents, entre autres, les Frank Ocean, Mr. Hudson et, bien évidemment, Beyoncé, qui fait littéralement décoller l’album, sur la deuxième chanson au titre de Lift Off.

Côté échantillons, on pense à la magnifique Otis, où la voix en boucle d’Otis Redding se mêle à celle de Jay-Z et Kanye, donnant une saveur rétro-soul-jazz des plus intéressantes. On pense aussi à la finale de ce disque, The Joy, où la douce voix de Curtis Mayfield, vient (enfin) calmer les ardeurs des deux rois du rap. On ne veut pas vendre la peau de l’ours, mais ça sent l’album rap de l’année, ce Watch The Throne.

Ma note : 3,5/5

Kanye West & Jay-Z
Watch The Throne
Universal Music
70 minutes

watchthethrone.com