Électronique Archives - Page 56 sur 65 - Le Canal Auditif

CFCF – Outside

artworks-000054283990-w02bch-cropCFCF? C’est tout d’abord le projet d’un seul homme nommé Michael Silver, originaire de Montréal. Tiré du nom de la chaîne de télévision locale montréalaise, CFCF alias Silver, fait de la musique depuis son adolescence en utilisant les outils technologiques à sa portée, synthétiseurs et boîtes à rythmes.

À l’écoute de CFCF, on sent tout de suite certaines influences, qu’on pense à Peter Gabriel, Bryan Ferry, David Sylvian, en passant par Pieter Nooten, Xymox et Enigma. Sensibilité accrue au niveau des rythmes, percussions feutrées, surenchère de réverbérations, guitares cristallines à l’avant-plan, voix camouflées, nous sommes ici en terrain calme, planant et contemplatif. Le tout réalisé dans une intimité et une proximité qu’on ressent à l’écoute de sa musique et qui nous procure une audition plus organique qu’électronique.

Suite à une série de maxis lancés depuis 2008, CFCF faisait paraître en 2009 (pour l’excellente étiquette de disques torontoise Paperbag Records) l’album Continent. Quelques remixes prescrits par de grandes pointures telles que Crystal Castles et Justice s’ensuivirent pour finalement voir poindre son second album, le très réussi, Outside.

Sur Outside, nous avons droit à de belles nappes sonores bien fignolées telles que sur la superbe instrumentale Find. L’excellente (et pièce phare de l’album) Strange Form (que nous réécouterons régulièrement) nous transporte dans une atmosphère sereine, prenante et lumineuse. Beyond Light ouvre l’album et nous initie très bien à ce que nous vivrons à l’écoute de ce Outside.

Malheureusement, quelques points faibles viennent ponctuer cet album. L’ennuyante Walking In The Dust termine l’album et nous laisse sur notre appétit. On sent également un peu trop l’influence du groupe Enigma, saupoudrée ici et là, tout au long de l’album. Par contre, on apprécie la ligne de synthétiseur empruntée à Mercy Street en guise de clin d’œil à Peter Gabriel sur This Breath. La voix de Silver peut parfois nous rappeler un heureux mélange de Bruce Cockburn et de Brendan Perry de Dead Can Dance.

Très cinématographique et mélancolique, Outside nous fait voyager dans des zones et paysages musicaux plus qu’agréables tout en demeurant résolument pop dans sa facture musicale. Il est très intéressant de constater que CFCF sur disque nous offre une mixture ambiante et contemplative et en version DJ, l’artiste peut très bien mettre la table pour des formations telles que Neon Indian, Animal Collective et The Juan McLean. On a affaire à un musicien et compositeur aguerri qui gagnera assurément ses lettres de noblesse au fur et à mesure de la parution de ses prochains albums.

À écouter un dimanche matin café en main, en soirée sensuelle version porto ou en superbe road trip dans Charlevoix. Bref, un bel album passe-partout qu’on aimera écouter et réécouter.

Ma note : 7,5/10

Cfcf
Outside
Paperbag Records
52 minutes

paperbagrecords.com/artists/cfcf

Moby – Innocents

innocents-cover-webRichard Melville Hall (alias Moby) est un musicien oeuvrant dans la musique électronique depuis de nombreuses années et qui lançait la semaine dernière son onzième album studio intitulé Innocents. Laissons Moby nous expliquer la thématique gouvernant ce Innocents: «C’est un disque qui porte sur la vulnérabilité humaine et le désir de connexion entre humains, tout en célébrant l’imperfection dans un monde qui, trop souvent, porte en haute estime une perfection irréaliste et artificielle.» L’homme n’a plus besoin de présentation exhaustive depuis l’album Play paru en 1999; production qui lui a valu une reconnaissance internationale.

Située entre une pop triomphante et un électro planant ce Innocents est une conception sonore au sein de laquelle les admirateurs de Moby devraient facilement s’y retrouver. Le New-Yorkais se fait plaisir en revisitant tout ce qui a fait sa renommée… avec les hauts et les bas que cela recèle. L’homme qui a gravé son nom sur la décennie 2000 grâce à ses titres électro-pop atmosphériques ne réserve aucune surprise aux mélomanes.

Au menu, de l’électro générique, mais opérant, appuyé par une pléthore d’invités incluant Cold Specks, Damian Jurado, Wayne Coyne, Skylar Gray, Inyang Bassey et Mark Lanegan. Voilà le type de création sonore qui pourrait tourner en boucle durant une soirée (sans que les invités s’en rendent véritablement compte) et qui laisse une impression d’entendre inlassablement la même pièce à perpétuité…

Bien entendu, nous avons noté un indéniable manque d’inspiration et une certaine paresse créative, mais puisque Moby est un maître dans l’art d’élaborer une musique électronique générique captivante, ce Innocents évite habilement le naufrage sonore. Certains aventuriers auront envie de balancer le disque par la fenêtre, mais d’autres plus conservateurs pourraient se laisser tenter par ce fond sonore de première classe que représente Innocents.

Cette conception renferme quelques bons moments, entre autres, la palpitante Everything That Rises, l’émouvante instrumentale titrée Going Wrong, la pop fédératrice mettant en vedette Wayne Coyne nommée The Perfect Life, l’absolument Moby (il utilise le même procédé que le classique Natural Blues paru sur Play) intitulé The Last Day avec Skylar Gray aux vocalises, l’ambiante The Lonely Night avec Mark Lanegan derrière le microphone de même que la grandiloquente et conclusive The Dogs.

Concrètement, il y longtemps que Moby a abandonné l’idée de réinventer la roue et de se mettre réellement en danger créatif. Par contre, l’artiste est encore capable de temps à autre d’émouvoir et de nous envoyer quelques ritournelles grandioses et frémissantes. Un disque qu’il ne faut pas prendre avec des pincettes snobinardes et qui constituera un excellent réconfort musical pour les inconditionnels de l’artiste. Satisfaisant!

Ma note : 6/10

Moby
Innocents
66 minutes
Mute Records

www.moby.com

Moderat – II

316951_1Pour le plus grand des plaisirs auditifs, Moderat, le super groupe de musique électronique a décidé récemment de récidiver avec un nouvel opus tout simplement intitulé II… et ce titre annonce clairement que Moderat reprend là où il avait laissé sur la première offrande. Moderat, à l’image de la réunion de grands musiciens qui s’assemblent au sein de super groupes (on pense à Them Crooked Vultures, Superheavy, Black Dub et autres) est effectivement un super groupe de musique électronique. En termes simples, Moderat, c’est Gernot Bronsert, Sebastien Szary et Sascha Ring qui canalisent leur talent et leur signature sonore afin de repousser les limites de la musique électronique.

Moderat c’est également la rencontre des rythmiques prônés chez Modselektor ainsi que les couches sonores délirantes d’Apparat. En bonus, la voix de plus en plus agréable et juste de Sascha Ring, qui se sent de plus en plus confiant derrière le micro. Le brio de Moderat réside en ce travail méticuleux de studio et une vaste connaissance du «dancefloor». Le trio s’est cloîtré pendant plusieurs mois de 2013, mettant en veilleuse plusieurs prestations de Modselektor et Apparat afin de trouver le temps nécessaire pour accoucher de cet excellent disque que représente ce II.

Sur ce deuxième album, nous avons droit à la voix améliorée de Sascha Ring, à des rythmiques tantôt subtiles, tantôt saccadées, des rythmes carrés et des synthétiseurs très à l’avant-plan. On demeure ancrer dans l’avant-gardisme allemand, mais on se détache du minimalisme pour le simple plaisir de composer des vraies pièces qui seront livrées sur le plancher de danse en tant que tel, dans vos écouteurs ou encore remixées pour leur donner une deuxième vie.

II est un album déterminant, car on sent que ce ne sera sûrement pas le dernier du trio contrairement aux autres super groupes oeuvrant dans le rock. On sent clairement que ce projet permet à Modselektor et Apparat de s’exalter à explorer d’autres avenues que ce qu’ils créent habituellement dans leur carrière respective.

Sur II on retrouve le succès Bad Kingdom, la presque dub Let In The Light, l’incroyable spirale sonore qu’est MILK, la prenante Therapy, la langoureuse et planante Damage Done et la conclusive/grandiloquente This Time.

L’Amérique du Nord étant un continent d’un grand conservatisme musical, on ne peut s’attendre malheureusement à entendre du Moderat à la radio. Dommage, car l’attribut principal de ce groupe est d’être capable d’inventer une musique électronique jadis chasse gardée de certains connaisseurs et de la transporter auprès de nouvelles oreilles qui seraient enclines à écouter et déguster cette brillante musique. Pour l’innovation, on ira du côté des prochains Modselektor et Apparat, mais pour le disque constituant la parfaite synthèse de ce qu’on peut créer en terme de musique électronique en 2013, ce II est absolument un incontournable.

Ma note : 8/10

Moderat
II
Monkeytown Records
54 minutes

moderat.fm/

Factory Floor – Factory Floor

683ab497Je pense ne pas avoir vu un aussi bon nom de groupe depuis des années que Factory Floor. Si des musiciens voulaient évoquer en deux mots la musique industrielle, les planchers de danse, l’héritage musical de New York autour de 1970 (la Factory d’Andy Warhol) et de Manchester autour de 1980 (les disques Factory), et même la monotonie du travail du prolétariat le poussant à exprimer son désarroi par la musique, ils pourraient difficilement faire mieux que «Factory Floor».

Ce trio britannique s’attire cependant des éloges pour bien plus que son nom. Depuis 2008, il lance des simples et des remix au compte-gouttes, alimentant une réputation quasi mythique pour ne produire que des bombes sonores concoctées pour le coin le plus sombre de la piste de danse, celui où personne ne porte de couleurs vives.

Cet album qui s’est fait attendre nous arrive par le biais des disques DFA de James Murphy. Factory Floor et Murphy ont bien des influences en commun, notamment des géants comme Kraftwerk, The Fall et New Order, le krautrock, et le house classique de Detroit. Le trio britannique tire une grande leçon de ses influences: être répétitif, ça fonctionne. Bien que ses rythmes soient éminemment dansables, Factory Floor préconise une approche plus chaotique, austère et étouffante que LCD ou les artistes les mieux connus de l’écurie DFA.

La première pièce, Turn it Up, donne bien le ton à l’album. Elle vous ordonne par son titre de monter le volume, puis s’installe solidement dans un rythme répétitif aux variations nuancées. Une écoute distraite vous fera décrocher, mais portez attention à ces nuances et vous serez captifs pour la suite. Et la suite frappe fort. Here Again et Fall Back sont parmi les meilleures chansons jamais lancées par Factory Floor, avec des beats soutenus, des variations dynamiques prenantes et la voix désincarnée de Nik Void en guise de décorations.

L’album compte sept pièces et trois intermèdes, ce qui pourrait avoir l’air un peu court pour un long-jeu qui arrive si tardivement. Factory Floor ne ramène toutefois qu’un seul de ses vieux simples, l’excellente Two Different Ways de 2011, et même les pièces les moins séduisantes de l’album, soit les deux dernières, Work Out et Breathe In, ne peuvent pas être considérées comme du simple remplissage. Elles viennent plutôt ajouter des variations moins grisantes sur les thèmes répétitifs qui font la marque de commerce du trio. Sans cette conclusion, on aurait un autre mini-album à tout casser comme Untitled en 2010. Ce qu’on a à la place est un album très solide qui marque enfin le jalon qui manquait au parcours de Factory Floor.

Ma note : 8/10

Factory Floor
Factory Floor
DFA
53 minutes

www.facebook.com/factoryfloor

CHVRCHES – The Bones Of What You Believe

Chvrches-The-Bones-Of-What-You-Belive-300x300Chvrches est un groupe de Glasgow en Écosse. Un peu plus tôt cette année, la formation avait fait paraître un maxi qui nous avait fait découvrir l’excellente Recover. Le trio est composé de Lauren Mayberry (voix, synthétiseurs et échantillonneurs), Iain Cook (synthétiseurs, guitare, basse et voix) et Martin Doherty (synthétiseurs, échantillonneurs et voix). Voici qu’ils présentent leur premier opus titré The Bones Of What You Believe.

Si plusieurs groupes d’électro-pop affectionnent les synthétiseurs, les membres de Chvrches, sont sérieusement tombés dedans quand il étaient petits… et la seule autre chose qui prend l’avant-scène, en compagnie des claviers, est la voix de Mayberry; chanteuse qui sait composer des mélodies vocales opérantes et accrocheuses. Sans contredit, l’apport artistique de Mayberry représente le plus grand atout du groupe.

Réussir à créer un son si rassembleur qui accrochera l’oreille, qui fera battre la mesure de la tête à tous ceux qui l’écouteront est un exploit en soi et Chvrches réussit aisément ce tour de force. Le trio nous envoie des succès potentiels pièce après pièce. Difficile de ne pas être ému devant la fragilité qui habite la voix de Mayberry sur Recover ou encore d’avoir le refrain de The Mother We Share qui s’imprègne dans la cervelle après la première écoute.

Le trio possède aussi le brio particulier d’écrire des paroles intenses sur des pièces très pop et accessibles. On peut facilement citer la pièce Gun dans laquelle Mayberry y va de paroles violentes, qui trahissent une dépendance à la limite inquiétante: «You better run, you better run so / Hide, hide, I have burned your bridges / I will be a gun / And it’s you I’ll come for / I, I, have never felt so easy / I will be a gun, and it’s you I’ll come for». On ne peut pas dire que les paroles de Lies sont plus rassurantes.

Bref, Chvrches est un groupe qui saura rassembler. Le trio réussit à créer un effet de chaleur malgré la froideur de la réalisation et de l’esthétique sonore préconisée. On trouve très peu d’instruments traditionnels sur The Bones Of What You Believe, n’en demeure pas moins que leur électro-pop est captivant et vous donnera sans doute envie d’aller vous procurer quelques vêtements fluo…

Ma note : 8/10

Chvrches
The Bones Of What You Believe
Glass Note Records
48 minutes

chvrch.es/