Andy Stott - Too Many Voices - Le Canal Auditif

Andy Stott – Too Many Voices

Andy StottDe 2011 à 2014, les albums lancés par le musicien de Manchester Andy Stott l’ont placé dans une classe à part. Ce type qui avait auparavant été un compétent producteur de house et de dubstep parmi tant d’autres se mettait à combiner des sonorités insolites et concoctait des ambiances d’outre-tombe sur ses mini-albums We Stay Together et Passed Me By. L’approche a fait ses preuves aussi sur les longs-jeux qui ont suivi, Luxury Problems et le sublime Faith In Strangers, où il jouait mieux que jamais avec le contraste entre la lumière et l’obscurité, entre le silence et les ondes assourdissantes.

J’imagine que Stott se retrouvait ensuite devant un dilemme assez enviable: rester dans les mêmes plates-bandes pour un public limité, mais gagné d’avance, ou tenter quelque chose de neuf. Je comprends tout à fait l’attrait du changement, c’est précisément ce qui a mené Stott a une formule si efficace il y a cinq ans, mais le changement abordé avec Too Many Voices, quoique subtil et raffiné, me semble une régression plus qu’une progression.

Le dernier projet que Stott nous a offert, c’était en fait un album du duo Millie And Andrea, sa collaboration avec Miles Whittaker de Demdike Stare, un album fortement influencé par divers styles musicaux électroniques britanniques des années 90. Ceci explique peut-être que ce nouvel album solo se tourne lui aussi vers des sonorités du passé. Les relents de «drum and bass chill» sont indéniables, et Stott utilise des versions très légèrement défigurées de sonorités synthétiques archiutilisées (les sempiternels claves du tr-808, les sons de voix et de cordes en toc des synthés DX7 et M1, etc.). On a parfois l’impression d’entendre Justify My Love de Madonna, mais provenant d’un étage sous nos pieds, ce qui fait qu’on perd presque toutes les fréquences aiguës.

Les grandes qualités des deux derniers albums sont encore palpables ici. Les compositions sont très sensuelles, tant par le souci du détail, dans les ambiances, que par la voix de sa collaboratrice habituelle Alison Skidmore. Les principaux changements ici, c’est que le contraste entre le clair et l’obscur est moins frappant, et que le poids du passé de la musique électronique alourdit l’ensemble au moins autant qu’il lui procure du mouvement. Même une pièce aussi efficace que Selfish fait figure de naine si on la compare directement à une pièce de l’album précédent comme Violence.

Nul doute que les grands fans de la musique électronique d’il y a 25 ans seront plus émus que moi par cette nouvelle offrande. Moi, je passe mon tour et j’attendrai patiemment d’entendre la suite.

Ma note: 6,5/10

Andy Stott
Too Many Voices
Modern Love
46 minutes

https://twitter.com/andystottmlove

Commentaires

  1. Sylvain12 a écrit : :

    J’attendais cette chronique avec impatience et force est de constater que mon ressenti après plusieurs écoutes est le même que vous… Les chansons sont plutôt réussies, les productions très soignées (comme d’ habitude avec Andy Stott) mais je ne retrouve pas ce petit plus qui a fait de ses précédents LP des classiques du genre. Relative déception pour moi donc, même si j’ ai conscience qu’ il sera compliqué pour ce petit génie de Manchester de garder un tel niveau d’ excellence durant toute sa carrière

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