Critiques

Zola Jesus

Arkhon

  • Sacred Bones Records
  • 2022
  • 42 minutes
6,5

Née à Phoenix, Arizona, Nicole Rose Hummel porte aujourd’hui le nom Nika Danilova Roza, revendiquant ainsi un héritage familial slave et allemand. C’est sous l’appellation Zola Jesus qu’elle fait carrière depuis 2006. Influencée par des artistes comme Ian Curtis, Diamanda Galàs, Throbbing Gristle et même Swans, elle mélange habilement les musiques électroniques et classiques à la pop rêveuse, insufflant à ses chansons quelques ascendants issus de la musique gothique.

La dernière parution de Zola Jesus remonte à 2017 avec Okovi; un disque qui mettait à l’avant-plan sa fascination pour le goth, tout en gardant intact son désir de fédérer le plus grand nombre. C’est cette dichotomie entre les envies fédératrices de l’artiste et ce fort penchant pour les ténèbres qui singularise l’œuvre de Nika Danilova Roza. Or, c’est ce même écart qui l’empêche de convaincre totalement.

Après cinq années caractérisées par une forte panne d’inspiration, Zola Jesus est de retour avec Arkhon, une référence gnostique à un être supérieur imparfait. En plus de cette interruption créative, l’Américaine s’est farci quelques passes d’armes sur les réseaux sociaux avec Claire Boucher, alias Grimes. Des échanges acrimonieux, portant sur la conception humaine de l’art versus la contribution de l’intelligence artificielle en création, ont eu lieu entre elles. Zola Jesus se range bien sûr du côté « lumineux de la force ». Là où Grimes prédit le transhumanisme autoritaire, Zola Jesus, elle, redonne ses lettres de noblesse à la contribution humaine, celle qui s’incarne avec sincérité dans une œuvre.

Pour la première fois, l’artiste remet les rênes de la réalisation à une oreille extérieure souhaitant ainsi donner un second souffle à ses chansons. C’est donc Randall Dunn (Sunn O)))) qui supervise les travaux de Zola Jesus. Dans le communiqué de presse remis aux médias, l’artiste racontait ceci au sujet de son tout nouveau désir de collaboration : « Quand je regarde mon travail, je vois qu’il y a un thème où je fais une fixation sur ma peur de l’inconnu. Cela s’est vraiment concrétisé pour ce disque, car j’ai dû lâcher beaucoup de contrôle. J’ai dû m’abandonner au résultat, quel qu’il soit. C’était très difficile pour moi, mais je n’avais pas d’autre choix. »

Cela dit, l’intervention d’un collaborateur comme Dunn n’a pas modifié grand-chose à la recette habituelle proposée par Zola Jesus, même si l’ascendant du réalisateur s’entend en fond sonore sur certaines pièces. Les sons subtilement déformés, les effets de réverbération surchargés et les quelques plongées dans le rock gothique — la magnifique Sewn remémorant Siouxsie and the Banshees, entre autres — donnent un peu de muscle à certains morceaux.

Si l’intention de Zola Jesus était de modifier ses tics compositionnels, Arkhon demeure bien campé dans les habitudes de l’autrice-compositrice-interprète. En fait, ce nouveau long format est un terrain d’entente entre ses influences orchestrales, gothiques, opératiques et industrielles. Sur ce disque, se côtoient donc des chansons plus grandes que nature qu’un bon festivalier sera heureux d’entendre en fond sonore, entre deux égoportraits instagrammés (The Fall et Undertow), des balades à fleur de peau (Dead & Gone et Desire) et de purs bijoux tribaux comme Sewn et Efemra.

Compte tenu de la longue absence de l’artiste et de la venue de Randall Dunn derrière la console, on se serait attendu à une prise de risque plus prononcée de la part de Zola Jesus. Malgré tout son bon vouloir, Danilova Roza est incapable de trancher entre l’appréciation du plus grand nombre et le fantasme de prendre le large dans des contrées sonores inexplorées. C’est ce « entre deux chaises » qui, une nouvelle fois, nous empêche d’embarquer pleinement dans cette proposition.

Un jour ou l’autre, n’en déplaise aux apôtres de l’amour inconditionnel, il faut choisir son camp.