Critiques

Wye Oak

Shriek

  • City Slang Records / Merge Records
  • 2014
  • 42 minutes
7,5

wye2Shriek, le quatrième album du duo Wye Oak, détonne de sa lignée folk-rock habituelle. Le premier extrait, The Tower, m’avait inquiétée: est-ce que le passage à l’électro brisera mon amour pour Wye Oak? Eh bien non! Si Shriek ne bat pas Civilian, l’album reste un pur plaisir d’écoute. La voix de Jenn Wasner, sublime, grave, douce et charnue poursuit en mélodie prenante. Andy Stack prend de l’importance avec les multiples couches de claviers et sa batterie toujours efficace donne la cadence.

Le duo originaire de Baltimore, mais maintenant installé chacun de son côté du continent (Baltimore-Portland: 4000 km) signe un opus plus joyeux, plus complexe aussi dans les arrangements. Nicolas Vernhes (Wild Nothing, Exitmusic, Lost In The Trees, Deerhunter etc.) s’est occupé du mixage et de la coréalisation. Le résultat est déstabilisant pour les fans de longue date, vu l’absence quasi totale de la guitare/signature de Wasner, mais ça devrait charmer tous les nouveaux auditeurs qui tripent électro-funk et voix inhabituelle.

La pièce titre et deuxième sur l’album, Shriek, se veut berçante. À plusieurs moments, on perd de vue la voix de Wasner. Dommage! Le rythme cadencé de The Tower et la ligne mélodique ondulante amènent le sourire… et le clip ? Un pur bonheur! Glory nous ramène à l’inquiétude habituelle qui émane des pièces du duo. The Tower et Glory sont les pièces phares de l’album, celles qui collent au cœur et à la tête. En entrevue avec Pitchfork, Wasner parle de son désir de créer une musique électro et de sa crainte de perdre ses fans. On l’entend nettement sur Glory: «I want the rift/I’ve seen somewhere else before/And as I wonder at his answers be/How mess in leaving out the door».

Heureusement, Paradise remonte le quota de guitare qui grafigne; même si la pièce semble un peu forcée. L’album se clôt avec Logic Of Color, une pièce plutôt pop qui résume bien l’atmosphère de Shriek, mais qui en démontre également la qualité.

Il manque un peu de brut dans Shriek, qui veut dire par ailleurs «cri» en français (mais où est-il, ce cri?), pour décoller complètement. Le succès de Civilian tenait beaucoup à l’authenticité de Wye Oak, à l’absence de fioritures inutiles, aux grincements et aux petits défauts qui rendaient l’album si humain. Shriek, lui, est totalement maîtrisé. Si c’était leur premier album, je serais sous le charme. Mais là, le deuil est trop grand.

*Wye Oak sera en spectacle avec Braids le 10 mai au Il Motore.

Ma note: 7,5/10

Wye Oak
Shriek
Merge Records/City Slang
42 minutes

wyeoakmusic.com/site/

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