Critiques

Wilco

Ode to Joy

  • dBpm Records
  • 2019
  • 43 minutes
8
Le meilleur de lca

Après une interruption de 2 ans et quelques poussières (quelques concerts ici et là, mais sans plus), l’un des plus importants groupes américains était de retour avec un 11e album studio. La semaine dernière, Wilco nous présentait Ode to Joy; disque entièrement enregistré au studio de Jeff Tweedy (The Loft) et réalisé par le meneur de la formation. En 2016, le sextuor nous avait offert Schmilco qui constituait le penchant paisible de l’excellent Star Wars (2016).

Pendant cette pause, les membres de Wilco en ont profité pour participer à quelques projets. Pour sa part, Tweedy a fait paraître deux albums solos : WARM et WARMER; deux créations où le compositeur amplifiait son désir de propager l’empathie et la solidarité dans un contexte social qui ne s’y prête guère. C’est la logique de l’affrontement qui prévaut actuellement chez nos voisins du Sud…

Et que nous offre cette fois-ci Wilco ? Aux premières écoutes, Ode to Joy flirte avec la magnifique modération de Yankee Hotel Foxtrot (2002). Les refrains en chœur, les riffs folk caractéristiques, les parasites électriques et les mélodies mélancoliques de Tweedy sont en tout point semblables au chef-d’œuvre de la formation.

Sauf que les moments explosifs sont plus rarissimes, se rapprochant ainsi du songwriting et de la réalisation préconisés par Tweedy sur ses deux albums solos mentionnés précédemment. À l’exception de Quiet Amplifier et We Were Lucky – pièces qui misent sur l’apport du génial guitariste Nels Cline – cette nouvelle production oscille entre réconfort et serrement de cœur. Cette bouleversante retenue est intensifiée par le jeu percussif, étonnamment minimaliste, de Glenn Kotche; un autre instrumentiste de haut niveau.

Tweedy nous propose des pièces que l’on pourrait qualifier de « politiques », sans être revendicatrices (Citizens), et d’autres qui sont plus personnelles (White Wooden Cross). Mais ce qui distingue ces nouvelles chansons est l’interprétation du chanteur. Lors des écoutes successives, Tweedy nous a semblé abattu, mais encore une fois, il se sert admirablement de sa vulnérabilité comme une redoutable arme créative.

Ode to Joy évoque la tempête qui se pointe à l’horizon, la menace qui est sur le point de se matérialiser, de même que l’impuissance généralisée face à cette bienveillance – une qualité qui définit positivement l’être humain – mais qui, dans cette conjoncture sociopolitique, s’étiole fatalement.

Encore une fois, Wilco se balance avec délicatesse entre Americana et rock expérimental. Parmi les bons coups ? La spectrale Before Us, la typiquement Wilco titrée One and a Half Stars et les élégantes valses folk, Love is Everywhere (Beware) et Citizens, s’ajoutent aux subtiles montées d’adrénaline que sont Quiet Amplifier et We Were Lucky.

Ce nouvel album est signé 100% Jeff Tweedy, mais celui-ci s’appuie toujours sur les compétences colossales de ses accompagnateurs afin de propulser ses chansons au nirvana de l’Americana.