Critiques

Wares

Survival

  • Mint Records
  • 2020
  • 37 minutes
8
Le meilleur de lca

Malgré l’attention qu’il a reçue de la part des médias anglo-canadiens, le plus récent album de Wares, projet albertain mené par Cassia Hardy, est passé un peu inaperçu au Québec, et c’est bien dommage. Retenu sur la longue liste du prix Polaris, Survival s’est imposé pour moi comme une des belles surprises de 2020, avec son fin mélange de power pop et d’indie rock, sur fond de questionnement identitaire.

Wares s’est d’abord fait remarquer sur la scène musicale canadienne en 2017 avec la sortie d’un premier disque éponyme. L’album marquait une sorte de transition pour Hardy, dont les premiers EP misaient surtout sur une approche acoustique, avec une préférence pour les titres guitare-voix. Cela dit, rien ne laissait entrevoir à l’époque le rock aux multiples dimensions que la formation propose cette fois-ci.

Survival est avant tout une œuvre de résilience pour Hardy, qui y raconte sa transition en femme, avec tous les questionnements, les difficultés et bien sûr les préjugés que ça suppose, dans un milieu conservateur comme Edmonton. Il est certes impossible pour moi de me mettre à la place des personnes transgenres, sauf que le brio de Hardy est justement de raconter son histoire d’une manière universelle, et à laquelle on peut s’identifier. Dans un sens, il est tout à fait logique que l’album ratisse aussi large sur le plan musical (toujours dans un registre rock, néanmoins), avec une formule un peu grandiloquente qu’on ne peut qu’espérer retrouver sur scène un jour.

Le rock de Wares peut parfois évoquer les New Pornographers, avec le même sens de la formule accrocheuse et des refrains rassembleurs à entonner en chœur, le poing en l’air. Même la voix de Hardy n’est pas sans rappeler celle de Dan Bejar, de par son timbre aigu et ce trémolo qui ne la quitte pas. Une chanson comme Surface World, par exemple, est pourvue de la même énergie que les plus grands classiques de la bande à Bejar et compagnie (ceux de l’époque Mass Romantic et Twin Cinema), mais avec un sentiment d’urgence plus pressant encore, de par le propos.

Certes, Wares ne réinvente rien sur le plan stylistique, mais fait montre d’une grande aisance à manipuler les codes génériques de l’histoire du rock des 40 dernières années, qu’il s’agisse de la batterie punk à la fin de Hands, Skin, du shoegaze planant de Tall Girl ou du post-punk fiévreux de Surrender Into Waiting Arms, sans oublier le country alternatif à la façon Wilco de Jenny Says. Pour dire vrai, il n’y a pas de temps mort sur Survival, et chaque chanson apparaît tout à fait à sa place.

Les textes se veulent concrets et terre-à-terre, comme s’ils racontaient les chroniques quotidiennes de quelqu’un qui tente de vivre sa différence malgré les défis. Sur Tall Girl, Hardy se remémore une vieille connaissance avec qui elle aurait tant aimé pouvoir partager son secret :

« I saw you around

Passed in the hall

I tried to define my gaze

Apart from the mob-

I wonder

Could you tell?

Even back then

I knew well enough,

But to say it out loud,

There was no one to trust ».

Tall Girl

Mais le combat de Hardy n’est pas qu’individuel. L’album s’achève sur la pièce-titre, qui critique la société capitaliste, nous appelant à joindre la lutte pour un monde plus juste :

« In a capital sick with greed

It can already feel too late, I know,

But we can’t falter now

This fight’s not ours to postpone

Everything they do,

Everything they touch,

A disposable mindset-

May they never survive it ».

Survival

« La survivance, c’est une simple chanson d’amour », chantait Octobre en 1975. Mais dans les mots de Wares, c’est aussi une ode à la force et à la vie.

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