Critiques

Video Age

Pleasure Line

  • Winspear
  • 2020
  • 36 minutes
7,5

Vers d’oreilles dansants, poèmes bonbons et mélodies sorties tout droit de la pop scintillante des années 1980 : ce troisième album très accrocheur du groupe louisianais Video Age est une ode au positivisme, à l’espoir d’un amour véritable et aux synthétiseurs plus cheesy que le fromage lui-même. En quatre ans, le groupe a visiblement gagné en maturité, tant amoureuse que musicale. Pleasure Line est carrément une réussite dans le créneau de la synth-pop et des ballades d’amour.

J’étais plus qu’impatiente d’entendre la suite de Pop Therapy (2018) qui avait bercé mon monde il y a deux ans, grâce à une atmosphère rétro et vaporwave sans compromis, ainsi qu’à l’unicité des pièces y figurant. Les quatre simples tirés de Pleasure Line, quant à eux, laissaient présager une entrée dans mon top personnel de fin d’année. Ce court album de 36 minutes a-t-il satisfait mon oreille attentive? Oui, mais pas au complet.

Le fil conducteur des thèmes exploités dans les chansons : classique, c’est l’Amour avec un grand «A». Mais « l’amour » étant à la fois un nom et un verbe, Pleasure Line nous montre la route à parcourir et l’acte lui-même de traverser cette route, main dans la main avec l’élu de notre cœur.

La plupart des textes ont beau parler de ce sujet cliché, ils réussissent à nous transporter dans le monde de Video Age où le doux romantisme domine, comme dans Blushing (la meilleure pièce selon moi, vive le slap bass). Semblerait-il que deux des membres de la formation se soient engagés dans la dernière année : les paroles transpirent de cette nouvelle expérience de vie.

« Pouring rain, violet skies
I’m in heaven, and it’s no surprise
Tell me baby is it alright
If I love you till the end of time?
Do you really want to be mine?
Let’s get married in the sunshine »

Blushing

On a aussi droit à des chansons dansantes venant varier les thèmes. Shadow on the Wall aborde la peur et l’anxiété, tandis que dans Aerostar – un tube qui rappelle le travail d’Ariel Pink – on embarque à bord d’un minivan Aerostar blanc 1995, propriété du groupe, pour partir à toute vitesse à l’événement de la soirée. Faut quand même le souligner, leur plus grosse toune est à propos d’un minivan.

Les influences pour cet album sont multiples. Farbe et Micarelli se sont laissés aller dans des atmosphères à la fois « beatlesques » et très Prince, en puisant chez les Donald Fagen, Hiroshi Satoh, Paul McCartney et Christopher Cross et Cleaners From Venus de ce monde. Ce qui fait ressortir Video Age du lot, c’est qu’ils sont capables de gagner leur propre identité au travers de plus de quarante ans de musique en construisant du neuf avec du vieux. Et c’est peu dire!

En effet, tous les instruments et l’équipement d’enregistrement utilisés par le groupe pour Pleasure Line sont des modèles vintage datant des années 1980. En frais de do it yourself, on a aussi droit à du très beau travail. Farbe a complètement enregistré et mixé l’album dans son studio maison en Nouvelle-Orléans et le tout a été matricé par Josh Bonati (Sufjan Stevens, Mac DeMarco, Pharoah Sanders) à Brooklyn.

Quelques points négatifs… L’auditeur est sollicité tout au long de l’écoute de la première moitié du record grâce aux rythmes vitaminés de Maybe Just Once et pour la rigolote Comic Relief. Malheureusement, l’attention dégringole peu à peu lors de la seconde partie : c’est bien beau parler d’amour, mais on peut changer de cassette.

Seul l’air de Shadow on the Wall permet de dynamiser l’ambiance générale plutôt pop simplette qu’amènent les titres Sweet Marie, That Can’t Be, Meet Me In My Heart — un clin d’oeil ou un calque à peine camouflé du grand piano de Let It Be des Beatles — et la gentille Good to Be Back. Cependant, j’aime toujours une touche d’humour deuxième degré : cette dernière piste se termine sur une salve d’applaudissements. En fait, je crois que la formation louisianaise a simplement joué très vite ses meilleures cartes en sortant ses meilleurs simples avant le reste du long-jeu. À mon sens, l’ordre dans les chansons aurait pu être autrement et l’écoute aurait été bonifiée.

Ceci dit, il fallait bien trouver quelques défauts à ce troisième album très groovy pour Video Age. Il faut l’avouer, c’est sans doute leur meilleur travail à ce jour (mais aussi le plus commercial) et on leur souhaite de vivre heureux avec beaucoup (ou pas) d’enfants !

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