Critiques

Tim Hecker

Konoyo

  • Kranky
  • 2018
  • 59 minutes
7,5

Il y a quelque chose dans l’air du temps, une certaine célébration de l’ignorance crasse, un genre de peste morale généralisée, qui me donne envie de rejeter tout ce que je perçois comme une possible capitulation face à la convention. J’ai toujours aimé le gros riff et le refrain bien construit, mais ces jours-ci j’ai peur que le moindre soupçon de conformisme en eux déteigne sur moi.

Par une heureuse coïncidence, je reçois un antidote à la conformité en pleine période d’élections provinciales pendant laquelle j’écris: une nouvelle œuvre du compositeur de musique ambiante le plus important de son époque, le Canadien Tim Hecker.

Depuis que Hecker s’est complètement défait de son passé glitch, environ autour de l’album An Imaginary Country en 2009, il enregistre diverses sources sonores analogiques et les triture synthétiquement pour élaborer ses constructions sonores. Les sources sont parfois explicites, comme les orgues de l’album Ravedeath, 1972, et les pianos, clarinettes et hautbois de Virgins. L’album Love Streams était son album le plus éthéré, et dans ma critique, j’associais ce changement de ton à son choix de matière première, soit la voix humaine. Konoyo démontre que Hecker s’engageait sur cette voie vaporeuse pour plus qu’une simple raison de choix de matière première.

Les sources manipulées cette fois-ci sont les instruments d’un orchestre traditionnel gagaku, musique classique japonaise dont les origines remontent à des siècles et qui était la musique officielle de la cour de l’empereur. Le gagaku comprend des instruments de toutes sortes, tant à vent et à cordes que de percussion. C’est un domaine qui ne sera pas familier à la plupart des lecteurs, mais je dirais que même un expert en la matière aura du mal à discerner ces sources dans la musique que produit Tim Hecker sur Konoyo.

Comme sur Love Streams, Hecker laisse encore beaucoup d’espace entre les sons et donne à tout ce qu’il touche une certaine uniformité esthétique. Tous les instruments manipulés deviennent des basses feutrées et résonnantes, des grincements cristallins, des ridules synthétiques dans des mares de statique, et le tout est disposé avec l’intention claire de se délester, de réduire la densité.

Parce que Hecker joue dans une palette plus restreinte qu’à son habitude, Konoyo ne me semble pas la porte d’entrée idéale pour les non-initiés, mais je ne veux surtout pas suggérer que l’album ternit son parcours ou son processus créatif. C’est encore une fois transcendant, très bien dosé, et surtout instantanément reconnaissable. Hecker est de ces originaux qui donnent envie de continuer à tendre l’oreille vers ce qui se passe à contre-courant.

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