Critiques

Stromae

Multitude

  • Mosaert Label / Universal Music France
  • 2022
  • 36 minutes
8
Le meilleur de lca

C’est l’un des disques les plus attendus dans la francophonie en ce début d’année. Stromae est un monstre de popularité assez exceptionnel. Les trois Centre Bell qui l’attendent en novembre 2022 sont un bel exemple. Rares sont les artistes qui passent autant de temps entre les murs de l’amphithéâtre. Les Cowboys Fringants et Marie-Mai à une autre époque pouvaient se permettre ces folies. Stromae par contre est belge. C’est un exploit non négligeable.

Ça fait huit ans et demi que Racine Carrée a été lancé ce qui a fait de Stromae une vedette incontournable qui a même officié sur la scène de Coachella. 200 concerts ont suivi l’album et un rythme de vie effréné. Le tout l’a poussé au surmenage, à la dépression et à sa disparition de l’espace public pendant environ cinq ans. D’ailleurs, ces périodes sombres occupent une place sur Multitude, un album pop de bon goût qui pousse plus loin l’intégration de sonorités multiculturelles et qui redonne un souffle de fraîcheur à cette pop qui s’inspire de rythmes exotiques.

On peut également affirmer que Multitude est un grower. Même si les rythmes dansants sont au rendez-vous, Stromae refuse la facilité et nous offre des rythmes légèrement off-beat, particulièrement sur Santé qui célèbre les travailleurs de l’ombre, les travailleurs essentiels, bref ceux qui ont porté la société à bout de bras pendant deux ans. C’est un grower parce que ceux qui seraient tentés de le snober parce que l’homme est trop populaire auraient avantage à prendre le temps de s’attarder aux textes et surtout aux compositions impressionnantes qu’on y retrouve.

Y a d’abord eu Natasha
Mais avant y avait Natalie
Puis tout d‘suite après y a eu Laura
Et ensuite y a eu Aurélie
Évidemment y a eu Emma
Mon Emmanuel et ma Sophie
Et bien sûr y a eu Eva
Et Valérie, mais…

Mon amour, mon amour, tu sais qu’il n’y a que toi et que je t’aimerai pour toujours

Mon amour

La Solassitude est un bel exemple des nuances et de la palette sonore que Stromae présente. Même chose du côté de Fils de joie avec ses cordes entraînantes. Le narratif du texte plonge dans la prostitution via différents angles. D’ailleurs, les sujets délicats se succèdent sur Multitude : la dépression (Mauvaise journée), le suicide (L’enfer), avoir des enfants (C’est que du bonheur), la monogamie et la solitude (Mon amour) et bien plus.

Fait à noter, le fait d’être père a marqué Stromae qui parle abondamment de « caca » sur Multitude. C’est présent dans trois chansons. Rien de moins. Avec des extraits particulièrement intimes et graphiques. Tout comme la pandémie et les confinements. D’ailleurs les deux se retrouvent dans l’extrait suivant de la convaincante Bonne journée :

Le réveil est facile (wouh)
Le caca est parfait
Même pas besoin qu’je l’essuie
Sentiment universel
Dehors il fait soleil
Et dedans aussi
[…]
C’est indécent
J’rigole pour rien, j’souris bêtement
La vie est biscuit
Comme une journée d’déconfinement

Bonne journée

Une autre pièce qui sort du lot est la féministe Déclaration qui rappelle que : « Et si être féministe est devenu à la mode / C’est toujours mieux vu d’être un salaud qu’une salope. » Il livre un texte avec de beaux atours qui trouvent des moyens inventifs et accessibles de livrer un message compliqué. C’est essentiellement la force de Stromae à travers Multitude.

Multitude s’inscrit directement dans la direction qu’avait pris Racine Carré. C’est un album qui aborde des sujets difficiles avec des trames dansantes qui repiquent des influences issus des grandes traditions musicales de nombreux peuples. C’est aussi un album qui fait son chemin avec le temps et un matin, sans s’en rendre compte, on chante Bonne journée sous la douche.