Critiques

The Strokes

The New Abnormal

  • Cult Records / RCA Records
  • 2020
  • 45 minutes
6

Ils ont jadis été canonisés comme les sauveurs du rock avec la sortie de leur premier album, le classique Is This It, en 2001. Une série d’albums inégaux les a par la suite relégués au rang de groupe surévalué. N’empêche, il y a peu de formations aussi polarisantes que The Strokes (on les adore ou on les déteste) et The New Abnormal risque tout simplement de confirmer les certitudes de chacun, chacune.

En 2013, la bande menée par Julian Casablancas lançait le très ordinaire Comedown Machine, pourfendu dans une critique aussi assassine que savoureuse par le collègue Stéphane Deslauriers. Je ne suis pas de ceux qui jugent aussi sévèrement la formation new-yorkaise. Is This It reste un de mes albums fétiches, même si j’admets que The Strokes n’a rien inventé, avec son mélange de post-punk et de rock garage à la Velvet Underground. Oui, le groupe a pris un virage grand public par la suite, tapissant son rock de clins d’œil aux années 80, mais des disques comme Room on Fire (2003) ou First Impressions of Earth (2006) restent encore pertinents à mes yeux.

Le problème d’un disque comme Comedown Machine, c’est que The Strokes avait l’air d’être carrément sur le pilote automatique. La formation n’avait même pas pris la peine de faire une tournée pour en faire la promotion. Sur The New Abnormal, on sent que les gars ont peut-être retrouvé le plaisir de jouer ensemble, même si la réalisation signée Rick Rubin leur coupe un peu les ailes, tellement elle est saturée.

La première partie de l’album s’écoute franchement très bien. Je persiste à croire que Casablancas est l’un des meilleurs mélodistes dans le monde de l’indie rock, et ça se confirme sur The Adults Are Talking, un véritable vers d’oreille dans la tradition des morceaux les plus accrocheurs de The Strokes, même si la batterie électronique risque de déplaire à plusieurs. C’est d’ailleurs un des principaux traits de The New Abnormal : ce n’est pas un disque très rock, peut-être même le plus tranquille de leur discographie. Ce n’est pas un défaut en soi, et la suivante Selfless atteint la cible avec un riff efficace typique de la formation et une belle montée d’intensité.

Comme c’est désormais la tendance chez The Strokes, le côté années 80 reste très présent, mais la formation s’en sert pour faire un peu d’ironie. Sur Brooklyn Bridge to Chorus, Casablancas se demande à voix haute : « The ‘80s song, how did it go? », sur un accompagnement synth-pop. Comme moi, vous pourriez faire le saut à la première écoute de Bad Decisions, qui cite la mélodie de Dancing with Myself. Heureusement, un ami m’a vite rassuré en me disant qu’ils avaient donné le crédit à Billy Idol et à son co-auteur Tony James et, pour être honnête, la chanson reste assez accrocheuse, avec un riff de guitare à la Modern English ou Echo & the Bunnymen.

Malheureusement, ça se gâte ensuite. Eternal Summer est difficilement écoutable (et interminable), avec un autre emprunt, cette fois aux Psychedelic Furs (j’entends aussi du mauvais Muse, avec la voix de fausset de Casablancas qui rappelle celle de Matt Bellamy). Why Are Sundays So Depressing? n’est pas un grand cru non plus. Quant à Ode to the Mets, elle combine une introduction à la Daft Punk (on se souvient que Casablancas a chanté sur Random Access Memories) et une mélodie pop qui ressemble un peu trop à Bad Romance de Lady Gaga (pas de crédit ici, toutefois).

L’impression qui nous reste après l’écoute de The New Abnormal est un sentiment d’inachevé. La première partie est certes prometteuse, mais on décroche ensuite (si on exclut At the Door, plutôt efficace). Cela dit, cet album n’est pas une catastrophe à la Angles et s’avère supérieur, selon moi, à Comedown Machine. Sauf que ce n’est pas non plus l’album du renouveau pour The Strokes (il y a trop de clichés pour cela). Si vous êtes fans du groupe, vous y trouverez assez de bons titres pour vous contenter. Mais si vous êtes dans l’autre camp, vous pouvez passer votre chemin.