Critiques

Speedy Ortiz

Twerp Verse

  • Carpark Records
  • 2018
  • 36 minutes
7,5

Sadie Dupuis est la meneuse incontestée de la formation Speedy Ortiz. En plus d’être la compositrice attitrée de toutes les chansons de la formation, elle est aussi la fière détentrice d’une maîtrise en écriture poétique, diplôme décerné par l’Université du Massachusetts (UMass Amherst). On a donc affaire à une talentueuse artiste, lettrée en bonne et due forme.

Si le premier album de Speedy Ortiz, intitulé Major Arcana (2015), nous replongeait dans le rock alternatif lo-fi des années 90 (Pavement, Sebadoh, Liz Phair, Superchunk, etc.), le second, Foil Deer (2015), propulsait un cran plus haut l’inclinaison pop du groupe. Un disque apprécié par l’ami LP Labrèche (lire ici sa critique).

C’est donc aujourd’hui même que paraît le nouvel album du quatuor originaire de Northampton. Intitulée Twerp Verse, la première mouture de l’album était pratiquement complétée lorsque l’élection de vous savez qui à la présidence états-unienne fut officialisée… forçant ainsi Dupuis et ses acolytes à jeter aux poubelles tout le travail accompli.

Tout ce beau monde s’est donc retrouvé de nouveau en studio pour créer un disque plus près de leurs préoccupations et convictions collectivistes. Sans être un disque totalement « politique », Twerp Verse est plus engagé qu’à l’accoutumée. Dans la conclusive, You Hate the Title, Dupuis utilise une arme bien connue – l’ironie – afin de passer un message clair à tous ces trolls qui s’amusent à ridiculiser les artistes qui conçoivent une musique pas assez « avant-gardiste », du moins, pas assez conformes à leurs goûts pseudo-snobinards :

You hate the title but you’re digging the song

You like it in theory but it’s rubbing you wrong.

You Hate the Title

Que ce soit sur les plans personnels ou « sociaux », Dupuis n’est jamais avare de propos sarcastiques. Dans I’m Blessed, elle y va de ce passage, baveux à souhait :

I’m blessed with perfect pitch

I wrote it on songs that that you’ve never heard of.

I’m Blessed

Musicalement, l’univers suggéré est situé à mi-chemin entre une sorte de rock synthétique et fiévreux à la Deerhoof (en moins tortueux) et un rock alterno à la Pixies/Pavement. L’ajout de claviers, synthés et boîtes à rythmes ne diminue en rien l’explosivité des guitares. L’esthétique lo-fi disparaît et la transition vers le pop-rock est totalement réussi. Twerp Verse est aussi accrocheur que pertinent. Pas un mince exploit à mon humble avis.

Mes pièces de prédilection ? Buck Me Off propose un jouissif riff à la mi-parcours qui se transforme en un hymne qu’un Stephen Malkmus n’aurait sûrement pas renier. Le refrain de Backslidin’ est mémorable : une chanson rock parfaite. La conclusion d’I’m Blessed évoque les Pixies de Bossanova. Sport Death évoque Veruca Salt, et finalement, un minuscule bémol pour Lucky 88; un morceau trop formaté pour la radio commerciale.

Ceux qui me lisent régulièrement savent à quel point le pop-rock est l’un des genres musicaux qui m’ennuient le plus. Twerp Verse est l’exception qui confirme la règle. Avec un peu d’inventivité et en évitant la falsification de l’art au profit du sacro-saint marketing, en misant sur la sincérité, on peut réussir de grandes choses. Speedy Ortiz vient de produire son meilleur album à ce jour.

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