Critiques

Saåad

Présence Absente

  • Hands in the Dark
  • 2018
  • 38 minutes
7,5

Saåad est encore bien loin d’être connu du grand public, mais roule pourtant sa bosse depuis un bon petit bout de temps dans le domaine parfois élitiste de la musique expérimentale. Assez productif, le duo nous aura offert au cours des 8 dernières années pas moins de 17 sorties, que ce soit des EP, des albums ou des « splits » collaboratifs avec des artistes comme Mondkopf, Postdrome ou EUS. C’est toutefois leur petit dernier, le remarqué Verdaillon (2016), qui leur aura valu les meilleurs éloges à ce jour, avec de bons mots dans plusieurs médias spécialisés comme Arctic Drones.

Présence Absente, leur nouvel album prévu pour le 13 avril prochain reprend le travail du groupe sur une formule moins ambitieuse peut-être que le précédent opus, mais sans toutefois tomber dans la facilité pour autant. S’éloignant de l’orgue et de la liturgie (bien qu’on n’en est pas si loin sur Temps étranger), Saåad retourne plutôt aux expérimentations en direct retravaillées. Il faut dire que Barbot et Buffier sont des experts de la musique et du bidouillage, improvisant et composant presque à chacune de leurs apparitions publiques, parfois endisquées directement. Le résultat est sombre, froid, presque post-apocalyptique, mais intelligent et sobre.

Plus exploratoire et varié que certains de leurs travaux passés, Présence Absente témoigne presque d’une certaine rapidité. Le terme est ici à relativiser et à prendre avec un grain de sel : on se parle quand même de drone au final, mais des pièces bien évolutives comme l’excellente 22 :22 (Esveil) viennent tout de même donner du rythme à l’ensemble.

Plus contemplative, Ire (An euphonic discord) vient offrir un contraste intéressant. Plus lente, plus introspective également, la pièce se décline sous une composition plus bruitiste, quasi concrète, qui nous offre autant des claviers longuement soutenus et entêtants en strates solides que des touches subtiles de guitares. Composition peut-être plus classique du groupe, on y trouve toutefois amplement son compte et le duo se renouvelle encore une fois avec une finale naturelle et pleine d’espoir sur des chants d’oiseaux tout sauf éculés.

L’album se décline presque comme une longue pièce suivie, déclinable en quelques mouvements tous bien intéressants, grâce à des transitions douces et bien conçues. Rien n’est brusque sur Présence Absente. L’opus prête plutôt à l’introspection et la réflexion, traitant, si l’on en croit les annotations accompagnant l’album, de la déconstruction de nos modes de communications modernes et de la crise d’identité majeure qui affecte notre génération. Ça peut avoir l’air grandiloquent dit comme ça, mais ça reste très subjectif et laissé à l’interprétation.

Présence Absente témoigne donc d’une belle maîtrise et d’une belle subtilité de la part du duo toulousain. Sans révolutionner entièrement la musique drone contemporaine, reste que l’album nous offre une plage juste assez variée pour ne pas se perdre en elle-même ou trop suggérer, mais assez pour ne pas endormir non plus.

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