Critiques

Red Hot Chili Peppers

Unlimited Love

  • Warner Bros. Records
  • 2022
  • 73 minutes
5,5

Il y a une théorie voulant que les meilleurs disques des Red Hot Chili Peppers soient ceux avec John Frusciante. Ça se vérifie dans le cas de Blood Sugar Sex Magik (1991) et Californication (1999), moins dans le cas de Stadium Arcadium (2006). Après une absence de 16 ans, le guitariste est de retour sur Unlimited Love, un effort mieux senti que les précédents, mais qui pèche par longueur et manque d’énergie.

Plus que n’importe quel autre album des RHCP, Unlimited Love est propulsé par le pouvoir de la nostalgie, par le désir de renouer avec une époque révolue. En effet, non seulement le disque marque le retour de Frusciante, mais il a aussi été réalisé par Rick Rubin, qui revient à la console après « l’expérience » Danger Mouse sur le tiède The Getaway (2016). Si Rubin mérite une part du crédit pour avoir réalisé les meilleures offrandes du groupe, il a également montré par le passé qu’il était capable d’offrir des productions sans saveur, comme sur l’ennuyant I’m With You (2011).

Même si la production de Rubin reste somme toute assez fade, Unlimited Love n’est pas un ratage comme on aurait pu le craindre. Bien sûr, le jeu inventif de Frusciante demeure une force qui permet à lui seul de rehausser des morceaux souvent moyens. Mais au-delà de ça, on sent le groupe content de se retrouver, ce qui aboutit en une atmosphère assez bon enfant, avec plusieurs chansons mid-tempo qui évoquent le bon vieux temps et les après-midis à chiller sur la plage (She’s a Lover, Watchu Thinkin’). Bref, on est très loin du mélange de hard rock et de funk qui a fait la renommée de la formation, d’où cette impression d’un long-jeu qui manque de tonus.

Avec 17 titres et une durée frôlant les 75 minutes, l’expression « long-jeu » prend tout son sens ici. Honnêtement, c’est trop et le groupe californien aurait certainement gagné à faire le tri de ses idées pour éviter de diluer le produit. N’empêche, les Chili Peppers offrent ici certaines de leurs chansons les plus inspirées depuis longtemps. Avant-dernier titre sur l’album, The Heavy Wing est particulièrement réussi, surtout grâce au solo de guitare signé Frusciante, qui chante en plus le refrain, ce qui nous donne une pause méritée d’Anthony Kiedis (j’y reviendrai). Un des rares morceaux à lorgner (avec These Are the Ways) vers le rock, Black Summer atteint aussi la cible, avec ses variations de dynamiques et un refrain d’inspiration grunge.

Il y a très peu de surprises sur Unlimited Love, et il est clair que le groupe n’avait pas l’intention de sortir de sa zone de confort. Les synthés de Bastards of Light étonnent un peu au départ, mais l’effet tombe rapidement à plat. Je préfère de loin la finale un tantinet country de White Braids & Pillow Chairs, propulsée par la batterie de Chad Smith. À la basse, Flea est toujours aussi efficace, même si son jeu est devenu un peu plus prévisible avec les années. Il y a quand même des chansons où il vole la vedette, notamment dans One Way Traffic, grâce à un solo à l’emporte-pièce.

Il y a néanmoins un éléphant dans la pièce sur ce douzième album en carrière des Chili Peppers, et c’est la voix d’Anthony Kiedis. On s’entend, Kiedis n’a jamais été un virtuose de la chanson, mais son énergie et son phrasé caractéristique ont contribué à bâtir l’identité sonore du groupe. Or, son chant manque cruellement de mordant ici, et c’est particulièrement frappant sur des morceaux un peu sans saveur tels Let ‘Em Cry et Veronica. On se surprend également à le trouver agaçant dans les couplets rap de Poster Child. En ce qui me concerne, sa performance dans Tangelo, une chanson bâtie dans l’esprit de Road Trippin’, me semble la plus convaincante.

Au final, il y a assez de matériel potable ici pour satisfaire les fans de longue date, qui se réjouiront de retrouver les RHCP en mode « classique ». Mais cela ne doit pas servir à masquer le fait qu’il s’agit d’un album un peu pépère, tourné vers un passé idéalisé, et sur lequel la prise de risque est minime, voire inexistante.