Critiques

Rammstein

Rammstein

  • Universal Music Group
  • 2019
  • 46 minutes
6

Sur son nouvel album homonyme, Rammstein est un cheval musclé qui tire trop fort sur une fragile charrette. Une mégapuissance qui commence peut-être à s’effondrer.

Les fans ont attendu avec patience; Liebe Ist Für Alle Da sortait il y a maintenant 10 ans. Est-ce que cette longue pause a permis à Rammstein de se renouveler? Les six musiciens ont-ils encore quelque chose à dire, après plus de 25 ans d’activité? Malheureusement, on commence à en douter un peu.

Des «fillers» se retrouvent sur l’album, et cela pourrait être dû au fait que les Allemands poursuivent leur tradition d’avoir 11 chansons par opus. Sur cet album, on rencontre des formules déjà bien établies. Quelques trucs intéressants ressortent ça et là, «dépassent» quelques fois de l’ensemble trop formaté. Toutefois, a-t-on demandé à Rammstein d’innover maintenant? Et qu’est-ce que cela pourrait réellement signifier?

La patriotique Deutschland ne réinvente rien, avec ses riffs assez conventionnels (presque empruntés au power métal?) et sa suite d’accords déjà maintes fois entendus. De plus, cette chanson semble plutôt constituer une trame sonore accompagnant le clip très élaboré qu’une pièce en elle-même, comme si le groupe devait s’appuyer très fort sur son esthétique visuelle pour parvenir à faire passer son message.

Par contre, on doit admettre que certains titres sont des vers d’oreille, comme Was Ich Liebe et plus particulièrement Radio, avec des paroles en hommage au pouvoir bienfaiteur de la musique en général. C’est entraînant, les mélodies simples du refrain s’impriment dans le cerveau. On reste toutefois un peu sur notre faim, car c’est assez «facile».

Radio, mein Radio
Ich lass’ mich in den Äther saugen

Meine Ohren werden Augen
Radio, mein Radio

So höre ich, was ich nicht seh’
Stille heimlich fernes Weh

Radio

Zeig Dich, débutant avec des chants religieux traditionnels en latin, parle du droit à l’avortement et de la pression exercée par l’Église. On peut dire que c’est d’actualité. Grâce au très bon riff d’ouverture et une basse mise de l’avant, cette chanson résume bien les sonorités chères au groupe et on y dénote les grandes lignes de ce qui a pu rendre Rammstein innovateur.

Les germanophones démontrent qu’ils sont bel et bien citoyens du monde en insérant quelques mots en français, en espagnol, en anglais, en italien et en russe dans Ausländer. Cela donne un étrange amalgame qui sonne un peu vide, mais on apprécie malgré tout cette légèreté. On perçoit ici aussi un autre élément essentiel du groupe: des couplets sans guitares, qui rajoutent de la tension.

Suit l’inquiétante Puppe, où Till Lindermann s’époumone et semble même être à bout de souffle. Est-ce voulu? Est-ce causé par sa grande sensibilité, par le thème personnel de la pièce? On se questionne. D’autre part, certains titres s’étirent en longueur comme Weit Weg, malgré un solo de guitare rempli d’émotion. Les choses se calment un peu avec Diamant, une ballade sans batterie avec un clavier léger, qui rappelle Ein Leid de Rosenrot. Pour un magnifique moment triste, on se pose sur un oreiller qu’on va se faire enlever bien vite de sous la tête.

Le côté incisif manque. La fougue de Rosenrot, la hargne et le ton vindicatif de Reise, Reise sont absents. La mélancolie pesante de Mutter est plutôt diffuse, sur ce nouvel opus. Mais surtout, on veut plus de «devil», de «sale», de méchant… C’est vraiment trop gentil, propre et un peu surfait. En somme, le résultat est disparate. Est-ce l’ordre des chansons? Les tempos lents qui font que l’album s’étire et semble «mou»? Surtout, on en vient à se demander si Rammstein a encore besoin de repos. Ce serait tout à fait normal, quand on oeuvre depuis un quart de siècle… Mais pour l’instant, gardons en tête les morceaux accrocheurs, afin de profiter de la puissance restante des Allemands.

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