Critiques

Phantogram

Ceremony

  • Republic Records
  • 2020
  • 38 minutes
7

Phantogram est le projet électro-pop new-yorkais de Sarah Barthel et Josh Carter, duo qui a commencé à sortir des maxis à partir de 2007 avant de publier un très bon premier album, Eyelid Movies (2010). En trois ans leur sonorité a trouvé un équilibre entre les inspirations dream pop et trip hop, un mélange complété par la voix angélique de Barthel, et celle plus rythmique de Carter. Voices (2014) a fait réaliser que l’album précédent était pas mal propre et qu’il fallait salir un peu la palette sonore et égratigner les thèmes mélodiques, un défi relevé au point d’être probablement leur meilleur album jusqu’à présent. Three (2016) a renouvelé en partie cet élan créatif, mais avec une production telle qu’il s’est retrouvé aplati dans le compresseur, comme pour pouvoir passer à travers le minuscule format de la pop de masse. Le changement de contenant n’était pas plate comme tel; au contraire, la section rythmique placée complètement en avant était très stimulante, mais on perdait en même temps une partie équivalente de subtilités musicales et vocales. Le phénomène se poursuit sur leur quatrième album, Ceremony, publié en mars dernier, qui confirme (et maîtrise) le virage commercial au point de ressembler à une publicité de trente-huit minutes, sans sacrifier complètement l’identité du projet, heureusement.

Dear God passe d’abord à travers un effet radiophonique et tombe ensuite dans un moule pop R&B dans lequel Barthel chante une lettre d’amour envers son dieu. Le groove est superbe, et le contraste entre les basses bien gonflées et les hautes compressées crée une dynamique très efficace. In A Spiral ouvre sur un ingénieux montage d’échantillons de Navajo Joe de Morricone qui mène à une structure lourde de trip hop conquérant. Barthel garde une distance au-dessus de l’armée d’événements sonores, comme un filament de lumière éclairant le thème mélodique sombre, presque industriel. Into Happiness marque une petite pause délicate au piano avant de passer à un nouveau rythme trip hop raisonnablement lourd qui sert de trame de fond au duo vocal de Carter et Barthel. Le thème de la présence/absence est bien représenté à travers la ligne mélodique, mais le texte est un peu trop simple pour pouvoir résonner à la même hauteur. Barthel ouvre Pedestal placé en avant d’une pulsation en écho; pendant un moment on anticipe une balade, mais le motif devient très dense tout d’un coup et emprisonne la voix dans un bloc de hip-hop saturé. La spatialisation revient au couplet, le temps de reprendre son souffle avant de repartir dans la forme de cube compressé.

Love Me Now revient au moule pop R&B dans lequel Barthel prend les commandes du thème musical durant toute la pièce, à part peut-être pendant un mini solo de guitare électrique de Billy Corgan à mi-chemin, un détail difficile à apprécier tellement l’événement est aléatoire. Let Me Down démarre à partir d’échantillons fragmentés et s’ancre dans un nouveau motif entre le trip hop et le trap, avec un bloc rythmique bien compacté par-dessus lequel Barthel chante une promesse de ne pas laisser tomber son amoureux. News Today part comme un ruban magnétique qui tourne à vitesse variable, créant une mélodie molle soutenue par des percussions réverbérées. La voix trafiquée de la chanteuse accentue l’aspect décousu de la pièce, qui passe comme un interlude avec ses deux petites minutes. Mister Impossible commence avec une certaine ampleur et élégance avec sa timbale réverbérée et ses cuivres entre lesquels Barthel chante en contretemps. Le motif reprend la forme trip hop de façon très efficace, Carter revenant en duo pour donner la réplique à sa collègue.

Glowing marque une nouvelle pause à la densité absolue, laissant beaucoup d’espace à Barthel et suffisamment au piano étouffé qui l’accompagne. Heureusement, la pièce reste posée et évolue en balade jusqu’à la conclusion plutôt atmosphérique. Gaunt Kids reprend la combinaison trip hop et trap pour supporter le duo, qui joue vocalement avec la ligne rythmique. Ceremony commence tout doucement en ballade, permettant à Barthel de prendre place au centre juste avant que le rythme trip hop fasse passer la pièce en deuxième vitesse. Le thème musical se densifie progressivement de manière à créer un crescendo qui conclut en fin de concert rock dans un stade, rien de moins.

L’impression d’avoir écouté une suite de bandes-annonces est forte sur Ceremony, on ressent que le contenant est en compétition avec le contenu, et ça prend deux ou trois écoutes avant de pouvoir se rapprocher de l’univers créatif du duo. Une fois l’enveloppe commerciale franchie, on retrouve une des plus belles voix féminines de l’électro pop, celle-ci placée au centre de thèmes mélodiques accrocheurs, avec des textes un peu abstraits qui ne font pas toujours du sens, mais qui créé une présence humaine avec laquelle connecter. Même si on aimait beaucoup la formule underground, on leur souhaite maintenant la prochaine chanson thème d’un James Bond, ou un album électro jazz en robe cocktail.

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