Critiques

Patrick Watson

Better in the Shade

  • Secret City Records
  • 2022
  • 22 minutes
7

Patrick Watson l’a dit en entrevue avec le collègue Philippe Renaud, qu’il soit court ou non, qu’on l’appelle album ou non, il s’en fout un peu. Il veut maintenant créer des histoires qui se tiennent en elles-mêmes. Dans cet ordre d’idée, il a fait paraître A Mermaid in Lisbon l’an dernier. C’est dans ce même ordre d’idée qu’il présente Better in the Shade.

On retrouve sur Better in the Shade une plus grande place donnée aux synthétiseurs, une tendance qui avait pointé le bout de son nez avec Love Songs For Robots en 2015. Par contre, ici, l’intégration avec le piano traditionnel de Watson est plus organique. Comme s’il devait revenir à quelque chose de plus naturel comme sonorités sur Wave pour ensuite expérimenter sur A Mermaid in Lisbon et vraiment se commettre envers une esthétique sonore hybride sur Better in the Shade.

Ça fonctionne particulièrement bien quand on suit l’enfilade d’Ode to Vivian et Little Moments. C’est d’ailleurs dans les clichés de Vivian Maier, une photographe qui n’a connu la gloire qu’une fois morte, qu’il a trouvé une partie de l’inspiration pour ce nouvel album. Même si Patrick Watson ne parle jamais de pandémie sur Better in the Shade, les réflexions qui sont mises de l’avant sur l’importance de l’amour et du contact humain, sur les moments du quotidien qui recèlent une magie ou encore sur une certaine recherche des blues sur Blue, sont des questionnements ou des carences vécues au cours des dernières années.

L’album repose sur 5 pièces plus importantes qui sont reliées par des moments de transitions. Ça coule naturellement et on se retrouve assez rapidement au bout des 22 minutes de l’album. Je sais qu’on se fout des étiquettes, mais ça demeure assez court. Par contre, contrairement à bien des EPs, dont la trame narrative est mince, ici, Patrick Watson s’est assuré de nous broder un fil conducteur musical et thématique. Les deux pièces qui agissent à titre de transitions sont relativement intéressantes, mais comme elles servent plus de liant que de matière, on en fait vite le tour.

Il faut parler de la magnifique et délicate pièce Height of the Feeling qui le voit échanger le chant avec La Force (Ariel Engle). Un fond de synthétiseurs aux sonorités sobres, mais vraiment plus tournées vers la percussion sert de trame à ces deux voix qui font une danse, comme un ballet élégant et mélancolique. Une des meilleures pièces que j’ai entendue cette année. Le côté sensible des deux interprètes est émouvant et nous fait languir d’une étreinte que nous ne connaissons pas encore.

D’ailleurs, sur Better in the Shade, Patrick Watson est bien entouré : Andrew Barr et Mishka Stein signent quelques compositions avec lui et la chanteuse Charlotte Loseth l’accompagne sur Stay et Blue. On y retrouve aussi Sarah Pagé et Sam Woywitka (FHANG).

Bref, on peut dire que c’est plutôt réussi pour Patrick Watson sur Better in the Shade. Le principal défaut est la courte durée de 22 minutes qui est encore plus petite si on retire les deux pièces qui servent de liant. N’en demeure pas moins que Patrick Watson refuse le surplace, continue d’évoluer comme auteur-compositeur-interprète et n’est pas tombé dans le piège de reproduire sans cesse la même chose qui avait fonctionné la fois précédente. Better in the Shade vaut entièrement le détour.