Critiques

fhang

Fhang

Fhang

  • Hidden Ship
  • 2021
  • 31 minutes
7

Projet né de la pandémie, le duo FHANG, composé du bassiste Mishka Stein et du réalisateur Samuel Woywitka, s’est donné pour défi de créer des chansons à distance, s’échangeant des démos par courriel et des idées par téléphone. Paru il y a quelques semaines, l’album issu de ce partenariat prend la forme d’une courtepointe éclectique où s’entremêlent expérimentation électro, post-punk et même hip-hop!

Stein et Woywitka sont des amis de longue date et sont tous les deux très actifs au sein de la scène montréalaise. L’idée d’une collaboration musicale semblait tout de même intrigante, étant donné leurs parcours respectifs très différents. Si le premier a entre autres fait ses armes aux côtés de Patrick Watson, en plus de faire partie du groupe de rock psychédélique japonais TEKE::TEKE, le second a travaillé avec des formations au profil aussi éloigné que GrimSkunk ou Half Moon Run.

En décidant d’inscrire leur projet dans une mouvance clairement électronique, le duo s’est toutefois assuré de maintenir une certaine cohérence sur le plan sonore. Même si l’instrumentation inclut quand même pas mal de guitares, ce sont les synthés qui sont à la base des constructions musicales érigées par Stein et Woywitka. C’est d’ailleurs par le biais de fichiers créés sur le logiciel Appleton que les neuf titres de Fhang ont tranquillement pris forme jusqu’à devenir des chansons à part entière.

L’univers de FHANG est baigné d’une certaine nostalgie, avec certaines textures qui évoquent les trames sonores de John Carpenter ou de David Lynch, entre autres sur l’instrumentale Stanza Fresca en ouverture, très « rétrofuturiste » dans ses sonorités. D’autres titres rappellent une esthétique clairement « do-it-yourself », comme s’ils avaient été bricolés avec presque rien. C’est le cas de Vaudevillain, une des pièces les plus décalées, avec ses sons de claviers enfantins et sa voix robotique.

Les chansons les plus réussies sont celles où la voix prend davantage de place, ce qui permet de faire contrepoids aux pièces de facture plus ambiante. FHANG verse même dans le hip-hop expérimental sur Many Moons, en collaboration avec le duo américain TiRon & Ayomari, et ça lui réussit plutôt bien. Ailleurs, Stein et Woywitka pigent dans le post-punk sur l’excellente King Blame, dont la pulsation rythmique et le chant me rappellent des formations comme Bauhaus et Sisters of Mercy. Il s’agit de loin de la chanson la plus énergique de l’ensemble, venant ainsi briser une certaine monotonie qui peut s’installer en deuxième moitié d’album. La ballade Fleur du mal en fin de parcours est très efficace aussi, elle qui bénéficie d’une production plus léchée évoquant le travail de Danger Mouse sur certains de ses projets.

S’il y a un reproche que l’on peut faire à ce premier album de FHANG, c’est qu’on en ressort avec un léger sentiment d’inachevé, comme si certains titres n’avaient pas été poussés à leur plein potentiel. Ça tient évidemment à la nature du projet, porté par une esthétique volontairement bricolée, mais n’empêche qu’on reste parfois sur notre faim. Un titre comme Didn’t Tell You To semble manquer de direction précise, tandis que My Crown se perd un peu dans ses expérimentations électroniques.

Considérés dans leur contexte, ces quelques bémols n’entachent en rien toutefois le plaisir suscité par cet album qui déjoue bien des codes des projets nés de la pandémie. Alors que plusieurs artistes ont profité du confinement pour produire des disques un peu plus introspectifs, Stein et Woywitka ont laissé libre cours à leur créativité pour offrir quelque chose qui refuse de se prendre trop au sérieux, avec en prime un côté dystopique qui reflète bien ce drôle de monde qui est devenu le nôtre.