Critiques

Norman Westberg

13

  • Room40
  • 2015
  • 31 minutes
8
Le meilleur de lca

Norman WestbergNorman Westberg est le guitariste en chef de l’immense formation Swans, dirigée de main de maître par Michael Gira. Sa première présence aux côtés de Gira a été colligée sur l’album Filth, paru en 1983. Ce musicien atypique (quand on joue avec Swans, c’est carrément un prérequis) s’est associé régulièrement à une panoplie d’instrumentistes issus du no-wave, mouvement musical révélé à la fin des années 70. En 2013, Westberg s’est enfermé dans son studio personnel afin d’enregistrer trois «drones» guitaristiques. Désirant conserver un certain anonymat autour du projet, l’artiste a de prime abord fait imprimer 75 copies de cet album titré 13… pour usage confidentiel seulement, semble-t-il.

Qu’à cela ne tienne, le maestro derrière la maison de disques Room40, le créateur australien Lawrence English, a mis la main sur l’étrange créature et a décidé d’en faire un album en bonne et due forme. Sage décision, car Westberg propose un concept sonore post-apocalyptique, aussi menaçant qu’introspectif, qui s’écoute magnifiquement bien aux dernières lueurs du jour quand la clarté se confond avec l’obscurité. Le guitariste n’a que pour seul artifice son instrument de prédilection, utilisant une multitude d’effets, passant ainsi d’un son évoquant un violoncelle lugubre à un larsen totalement frémissant. D’une beauté à couper le souffle!

L’approche paraîtra d’une simplicité enfantine pour l’auditeur distrait et hyperactif, mais pour celui qui s’en donnera la peine, il fera la découverte de lentes variations menant toujours à un crescendo minimaliste parfaitement maîtrisé. Westberg est totalement en contrôle, malgré le petit côté improvisé de l’affaire. La pièce Oops, Wrong Hat est éloquente à ce chapitre avec cette superbe catharsis en conclusion. Au fil des écoutes, vous serez subjugués par la subtilité des intensités et des mélodies.

Ce 13 est parfait pour repousser l’inutile jacasserie et l’hyperactivité galopante de ce monde qui court sérieusement à sa perte. Un disque qui fait du bien, malgré «l’impact spleenétique» qui pourrait vous assaillir aux premières écoutes. Bien entendu, ça s’écoute sans interruption du début à la fin. D’un dépouillement franchement brillant, Westberg ne propose rien de moins que le complément parfait à cette Troisième Guerre Mondiale sonore que représente The Seer et To Be Kind de Swans. Vous vous sentirez probablement comme le seul être humain survivant d’une catastrophe nucléaire planétaire. Anormalement apaisé.

En ces temps troubles, si vous faites partie de ceux dont le jovialisme simplet camouflé derrière un patriotisme de pacotille vous irrite au plus point, vous trouverez un refuge dans ce 13 de Norman Westberg. Une création qui force la réflexion dans un moment où l’humanité tout entière s’active frénétiquement vers une lente destruction… à moins d’un soubresaut de sens commun.

Ma note: 8/10

Norman Westberg
13
Room40
31 minutes

http://normanwestberg.com/home.html

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